*** SABINE MENU : Paul Collowald, pionnier d’une Europe à unir. Une vie à dépasser les frontières. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (41 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : brussels@peterlang.com et order@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Europe des cultures – Histoires vivantes », n° 17. 2018, 293 p., 25 €. ISBN 978-2-8076-0762-0.
Enseignante et chercheuse à l’Ecole de management intégrée à l’Université de Strasbourg, Sabine Menu raconte avec sobriété, dans ces pages, ce qu’a été le parcours de l’un « de ces personnages » qui, comme l’écrit Alfred Grosser dans sa préface, « contribuent à faire l’Histoire sans pour autant accéder à la notoriété ». Si ce n’est, toutefois, dans les microcosmes européens de Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg.
Sa carrière européenne, Paul Collowald l’a contée lui-même, dans son livre J’ai vu naître l’Europe (voir Bibliothèque européenne n° 11198/1070 du 18 novembre 2014) Le mérite de Sabine Menu est de s’attarder aussi, cette fois, sur les années de formation de ce jeune Alsacien né en 1923. A la fin de la guerre franco-allemande de 1870, son grand-père maternel était douanier pour contrôler les frontières de l’Union douanière du Reich, mais l’Alsace et la Lorraine revinrent dans le giron de la France au sortir de la Grande Guerre. Dans son enfance, plusieurs frontières se dressent comme des murs entre les pays qui voisinent sa région natale. Pourtant, jamais cet « enfant qui va volontiers à l’Eglise pour servir la messe » ne verra dans l’Allemand un ennemi irréductible. Imprégné des valeurs en phase avec le catholicisme social qui a émergé en France et en Alsace-Lorraine à partir de la publication de l’Encyclique sociale Rerum Novarum par Léon XIII en 1891, « il se démarque de la droite catholique légitimiste en acceptant le fait démocratique et la réforme sociale » ; le scoutisme alsacien lui permet de participer à des débats sur le danger totalitaire alors même que Hitler embrigade la jeunesse allemande. Voilà pourquoi, comme le mouvement politique démocrate d’inspiration chrétienne, il sera très vite « enclin à la résolution pacifiste des tensions européennes, tout en restant patriote ». La guerre déclarée, il participe à des actions de résistance pacifique, en particulier pour s’opposer à l’incorporation de force dans les activités du régime avant d’accepter, pour épargner sa famille qui risquait la déportation pour rééducation, le « destin des Malgré-Nous, ces jeunes hommes alsaciens et mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht », ce qui lui vaudra une formation en Pologne.
Au sortir du conflit, Paul Collowald peut donc avoir le sentiment d’avoir « dit ‘non’ à la barbarie puis gagné la guerre » ; il ne savait pas alors qu’il se battrait ensuite pour « gagner la Paix ». Celui qui rêvait « de préparer le concours de l’Ecole militaire de Saint-Cyr » pour devenir à son tour un « officier social » doit y renoncer, pour une question d’âge ; c’est désormais le journalisme qui l’attend, après avoir repris ses études à l’Université de Strasbourg où il s’active très vite au Foyer de l’étudiant catholique et parmi les Intellectuels chrétiens sociaux. A partir de là, il ne cessera plus de jeter des ponts afin que, ainsi que Robert Schuman l’écrivait en captivité en 1942, « les frontières qui nous séparent » ne soient plus « la barrière entre des peuples foncièrement différents les uns des autres, mais le lien entre les hommes qui, en fin de compte, n’ont jamais été eux-mêmes à l’origine des conflagrations ». Il l’a fait d’abord comme journaliste, pour des publications alsaciennes mais aussi comme correspondant du monde et de… l’Agence Europe. Comme haut fonctionnaire européen, l’auteure apportant des éclairages nouveaux sur les différentes étapes d’une carrière qui l’a vu, entre autres, être engagé par Jacques-René Rabier au Service de presse et d’information de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, puis être le porte-parole des vice-présidents de la Commission Robert Marjolin et Raymond Barre, directeur général faisant fonction de la DG X de la Commission qui le « dégagera » en mai 1981, sauvé par le président du Parlement européen Pierre Pflimlin qui l’appelle au sein de son cabinet avant de plaider sa cause, avec succès, pour le poste de directeur général de la DG Information et Relations publiques du Parlement européen.
En guise de conclusion, Sabine Menu observe que l’action de Paul Collowald « rejoint celle d’une génération qui a pris ses responsabilités pour changer l’Europe ». Les « bouteille à la mer » qu’il ne cesse depuis sa retraite de jeter sous forme de contributions diverses à des journaux et de conférences témoigne de son action inlassable pour que la génération actuelle ne trahisse pas sa devancière et pour qu’une information européenne digne de ce nom s’impose dans l’esprit des citoyens, ce qui nécessite d’y « consacrer un minimum de temps avant de clamer que c’est trop compliqué ». Michel Theys
*** JEROME JAMIN : Le populisme aux Etats-Unis. Un regard pour l’Europe. Editions du Centre d’Action laïque (Campus de la Plaine – ULB CP. 236 (accès 2), B-1050 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6276811 – fax : 627680 – Courriel : cal@laicite.net – Internet : http://www.laicite.be ). Collection « Liberté j’écris en ton nom ». 2019, 96 p.. ISBN 978-2-87504-034-3.
Les populistes, souvent brandis comme l’une des menaces principales qui pèsent sur l’Union européenne, semblent aujourd’hui à ce point… populaires qu’ils pourraient, selon les sondages, engranger des résultats importants aux élections européennes de mai prochain. Toutefois, que recouvre ce terme en apparence un peu « fourre-tout » qui peut renvoyer autant à des partis d’extrême-gauche qu’à des partis d’extrême-droite ? Pour répondre à cette question, Jérôme Jamin, professeur au département de science politique de l’Université de Liège, se penches sur les Etats-Unis, là où, « d’un point de vue historique, le populisme de ‘référence’ apparaît très tôt, dès la fin du XIXe siècle » et reviendra ensuite, au XXe siècle, au sein même du parti républicain et du parti démocrate, restant ainsi ancré dans la vie politique américaine depuis ses origines.
Le postulat de cet ouvrage est que le populisme n’est pas une idéologie en soi, mais une rhétorique, une stratégie mobilisatrice, qui peut se greffer sur toutes les idéologies et qui consiste à présenter une vision dichotomique du monde. En bas, il y aurait le peuple, majoritaire et homogène, un peuple laborieux qui effectue un travail physique difficile et contribue à la richesse collective à la sueur de son front. En haut, l’élite, dont les « défauts correspondent aux qualités du peuple », et serait ainsi une minorité hétérogène, paresseuse et cupide. Dans cette lutte, qui constitue l’essence même du populisme, intervient un homme providentiel « qui sait ce qu’il faut faire pour lutter contre les menaces qui pèsent sur le peuple par les élites », qui vient du peuple, qui s’est fait tout seul sans l’aide des élites et qui dénonce la dimension représentative de la démocratie en exigeant des formes de démocratie plus directe. A partir de là, selon les idéologies que le populisme épouse, le peuple, l’élite et leur opposition prennent des figures particulières. L’auteur développe ensuite les « populismes historiques », comme le People’s party, né en 1892 dans le Missouri dans la foulée de la révolution industrielle, ou encore Huey Long, ce gouverneur de Louisiane qui s’impose lors de crise économique et financière de 1929. Il évoque également les exemples de Jesse Jackson à ‘gauche’, Arnold Schwarzenegger et Donald Trump à ‘droite’, Ross Perot et le Tea Party (populisme fiscal), et enfin Pat Buchanan à l’extrême droite.
Comprendre le populisme c’est comprendre pourquoi l’Union européenne, explique le Pr. Jamin, en souffre aujourd’hui : « Les populistes ont trouvé dans l’Union européenne et plus particulièrement dans la Commission européenne un terrain fertile pour illustrer la force de leur grille de lecture : les peuples d’Europe sont soumis à une élite ‘non élue’, technocratique et arrogante, ‘vagabonde et apatride’, ajouterait un populisme d’extrême-droite”. Il va de soi que c’est bien sur ce registre que jouent tous les populistes d’Europe qui attendent le prochain mois de mai avec de grands espoirs… (MU)
*** KOSTAS BOTOPOULOS : Anti-populisme. Un pari international axé sur l'Europe. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. :(30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr )..2018, 328p., 15,90 €. ISBN 978-960-02-3415-2.
Ces dernières années, la communauté internationale et la scène politique grecque sont prises d’assaut par une sorte de « populisme postmoderne ». À côté des prétentions classiques à une représentation prétendument sans intermédiaire, le phénomène s’est traduit essentiellement par la distorsion de la volonté populaire et un discours simpliste selon lequel les partis politiques se sont servis de l'Etat pour leurs propres profits. Le « populisme du 21ème siècle », à droite ou à gauche, au pouvoir ou en le réclamant, s’est enrichi de préoccupations nouvelles, à savoir la répulsion de la mondialisation au nom du retour aux Etats-nations, le déclin de l'état de droit et l'éviction de la tension classique entre droite et gauche. En se concentrant sur deux événements majeurs qui ont changé le visage de la politique internationale ces derniers temps, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis et le Brexit, l’auteur de cet ouvrage, conseiller juridique auprès de la Banque de Grèce qui enseigne le droit européen comparé à l'Université Panteion, examine les aspects qui sous-tendent aujourd’hui le populisme dans un certain nombre de pays en accordant une attention particulière au cas grec. Il parvient ainsi à la conclusion que le pari populiste est centré sur l'Europe. Parlementaire européen entre 2007 et 2009, l’auteur explique que, bien compris, le projet politique des peuples et des pays de l'Union européenne disposerait des outils pour dépasser l’actuelle tendance internationale qui menace les acquis démocratiques de base, à savoir le populisme qui ferme les frontières et les âmes. La dette historique de l'Europe lui impose, selon lui, de trouver le moyen de convaincre les gens et les pays membres à jouer la carte de l’union et de l’ouverture afin de consolider la démocratie. (AKa)
*** ISAIAHS KONSTANTINIDIS : La crise. Comment la Grèce est tombée dans le mémorandum d'Hadès. Editions Hilectron (81 rue Skoufa, GR-10680 Athènes. Tél. :(30-210) 3605305 – fax : 3605325 – Courriel : info@hilektron.gr – Internet : http://www.hilektron.gr ). 2018, 152 p., 12,78 €. ISBN 978-618-5254-42-1.
Le 23 avril 2010, dans la petite île éloignée de Kastellórizo, à quelques mètres des côtes turques, les téléspectateurs grecs ont vu apparaître sur leurs écrans des images surréalistes, comme sorties d’un rêve. Celles d’un Premier ministre, Georges Papandréou, prenant le relais… d’Homère et annonçant, depuis un petit port tranquille, qu’Ulysse, incarnation des Grecs, y entame son voyage afin d’atteindre un jour son « Ithaque », soit sa sortie des entraves du Mémorandum dans lesquelles il est tombé de façon dramatique précisément ce jour-là. Ce fut donc le début de l'Odyssée moderne de la Grèce, avec une crise qui ne devait rien laisser en Grèce comme auparavant, elle qui plongeait dans une histoire de mort et de résurrection décidées par avance. Philosophe, Isaiahs Konstandinidis analyse dans ce livre les principales causes qui ont conduit la Grèce, et George Papandréou en particulier, à demander l'aide du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et de sa Banque centrale. Également responsable du groupe d'analyse géopolitique "Vega", qui est composé de jeunes chercheurs grecs et étrangers, l’auteur se réfère aux exemples d'autres pays qui ont eu recours à l'aide du FMI avant d’expliquer combien les conditions du premier mémorandum étaient parfaitement insupportables, d’examiner de manière critique les programmes qui existaient pour garantir son respect et d’analyser les raisons pour lesquelles ce protocole n’a pas pu et n’aurait pu être respecté. (AKa)