Les ministres européens de l’Industrie se sont montrés prudents, lors du Conseil ‘Compétitivité’ lundi 18 février, sur la stratégie ‘planète propre’ visant à instaurer une économie neutre pour le climat d’ici 2050, un grand nombre, voire la majorité, craignant que l’Union devienne un « îlot à bas carbone » avec un coût intenable pour les industries face à un océan international qui ne respecte pas les mêmes normes environnementales.
D’une manière schématique durant les échanges une ligne s’est dessinée, avec des nuances, entre une Europe du Nord très ambitieuse sur les objectifs de durabilité et une Europe du Sud et de l’Est favorables à des objectifs qui prennent en compte les spécificités nationales et régionales.
Le Danemark a été sans nul doute l’État le plus offensif pour soutenir des objectifs ambitieux, rappelant le coût « gigantesque » de l’inaction et déplorant justement le fait que l’UE n’ait rien fait ces 10 dernières années. Le pays scandinave a insisté sur le fait qu’il fallait voir la transition verte en termes de « croissance » et non seulement en termes de « coûts ».
Toutefois, une majorité d’États membres a tenu un discours ambivalent, consistant à saluer l’ambition des objectifs affichés tout en insistant sur la nécessité d’avoir des objectifs « réalistes », qui prennent en compte les spécificités territoriales et sectorielles (notamment pour les industries énergivores) face à une concurrence internationale qui n’est pas sujette – dans sa très grande majorité - à des normes aussi contraignantes que celles européennes. Ce sont là des points sur lesquels l’Espagne et la Hongrie ont été très claires.
La France a souligné la nécessité de mettre une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne pour atténuer les effets de la concurrence internationale. De nombreux États membres ont martelé la nécessité de revoir les règles européennes en matière d’aides d’État, comme la République tchèque ou la Grèce, et aussi l’importance de garantir « une stabilité » législative pour sécuriser les investissements.
La question énergétique était sur toutes les lèvres également, de nombreuses délégations mettant en avant la nécessité d’investir massivement dans les batteries et dans les technologies de stockage des énergies. L’Italie a insisté sur l’intérêt du GNL pour une période transitoire. La République tchèque et la Slovaquie ont, pour leur part, souligné le rôle de l’énergie nucléaire pour respecter les objectifs climatiques. (Pascal Hansens)