Les ministres européens chargés de la Compétitivité ont approuvé, lundi 18 février au terme d'une discussion publique, des conclusions qui reconnaissent l'importance d'une intelligence artificielle 'Made in Europe'. Malgré ce soutien unanime, il semble toutefois que certains pays, comme l'Irlande, ne respecteront pas le délai de la mi-2019 pour adopter leur stratégie nationale.
En 2018, la Commission européenne avait publié deux communications pour stimuler le développement de l'intelligence artificielle (IA) en Europe afin de combler le fossé entre, d'une part l'UE, et, d'autre part, la Chine et les États-Unis. La première communication, publiée en avril 2018, identifie les principaux chantiers à mener au niveau européen (EUROPE 12009) tandis que la seconde, publiée en décembre 2018, vise à dégager au moins 20 milliards d'euros d'investissements privés et publics d'ici à fin 2020 (EUROPE 12155).
C'est dans ce contexte que les 28 ministres de la Compétitivité ont procédé à un tour de table et ont adopté des conclusions sur l'intelligence artificielle (EUROPE 12189).
État des travaux et mesures additionnelles à prévoir
Lors du tour de table, chaque délégation était invitée à se prononcer sur l'état de travaux engagés au niveau national et sur les mesures additionnelles nécessaires au niveau européen.
Alors que le plan coordonné de l'UE encourage les États membres à se doter d'une stratégie nationale d'ici la mi-2019, seuls la France, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni et l'Allemagne disposent à l'heure actuelle d'un tel programme. La République tchèque a annoncé qu'elle présenterait sa stratégie au printemps 2019, l'Autriche en août, tandis que l'Irlande a parlé de la « fin de l'année ». La Slovaquie a indiqué que la sienne était en passe d'être adoptée.
À propos des mesures additionnelles, citons par exemple l'intervention de Malte qui a demandé « plus de souplesse pour répondre aux mutations, y compris en matière d'aides d'État pour pouvoir développer des solutions à court terme ». La République tchèque a plaidé pour des instruments de financement innovant, comme le financement participatif ou les partenariats public-privé. La France a, quant à elle, insisté sur le fait qu'il ne fallait pas introduire des interdictions de principes, qui pourraient avoir des effets délétères sur le développement de l'industrie, l'industrie de la défense ainsi que la base industrielle et technologique de la défense.
Rappelons que le groupe de haut niveau sur l'intelligence artificielle doit remettre en mars une version définitive de ses lignes directrices sur l'éthique dans l'intelligence artificielle ainsi que des recommandations en matière de politique et d'investissements, en mai.
Investissements, R&D et excellence technologique
Le tour de table ministériel s'est soldé par l'adoption des conclusions préparées par la Présidence roumaine du Conseil sur le plan coordonné en matière d'IA.
Comme anticipé (EUROPE 12189), ce texte met l'accent sur l'importance de l'investissement, la R&D et l'excellence technologique. Il plaide aussi pour une révision de la législation lorsque cela s'avère approprié, conformément à l'approche 'Mieux légiférer'. Ce, afin de tenir compte des défis et des opportunités posés par l'intelligence artificielle, y compris sur des questions telles que la sécurité, la vie privée et la responsabilité ainsi que les décisions et actions prises sans interaction humaine.
Pour le reste, le projet de texte reconnaît la nécessité de renforcer les capacités fondamentales de l'intelligence artificielle dans l'Union, notamment les ressources de données, les mécanismes de confiance pour l'échange de données tels que les entrepôts virtuels de données et les bibliothèques d'algorithmes. Il souligne aussi la nécessité de mettre en place des actions spécifiques au niveau de l'Union pour garder les chercheurs et les spécialistes de l'IA en Europe, en complément des mesures nationales.
Voir les conclusions : https://bit.ly/2X9cjwU. (Sophie Petitjean)