*** WOLFGANG BENEDEK, PHILIP CZECH, LISA HESCHL, KARIN LUKAS, MANFRED NOWAK (sous la dir. de) : European Yearbook on human rights 2018. Editions Intersentia (Sheraton House, Castle Park, Cambridge, CB3 0AX, UK. Tél. : (44-1223) 370170 – fax : 370169 – Courriel : mail@intersentia.co.uk – Internet : http://www.intersentia.com ) et NWV Verlag (9 Seidengasse, A-1070 Vienne. Tél. : (43-1) 7963562-24 – fax : 7963562-25 – Courriel : office@nwv.at – Internet : http://www.nwv.at ). 2018, 625 p., 65 €, 62 £, 78 $. ISBN 978-1-78068-706-3 (Intersentia) ou 978-3-7083-1244-6 (NWV).
Ce dixième Annuaire européen des droits de l’homme confirme sans conteste le caractère irremplaçable de cette publication. C’est que l’année 2017 qui est passée en revue par l’équipe éditoriale au travers des contributions de trente-cinq chercheurs ayant été retenues témoigne du sort préoccupant qui est réservé à la protection des droits humains par les temps qui courent. Cet ouvrage est par conséquent une précieuse piqure de rappel qui est adressée aux responsables politiques quant aux risques qui enflent en Europe et, en même temps, un appel à la vigilance qui est lancé aux juristes et, plus largement, à tous les citoyens soucieux d’éviter que l’Etat de droit ne s’y trouve par trop malmené.
Une fois encore, l’ouvrage est structuré en trois grandes parties : la première porte sur les défis relatifs aux droits de l’Homme que les institutions de l’Union européenne ont eu à relever ; la deuxième sur ceux auxquels le Conseil de l’Europe a été confronté, tandis que la troisième s’intéresse à la manière dont l’Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe a été amenée à agir en la matière. L’ouvrage s’ouvre toutefois fort utilement sur un « Sujet de l’Année » qui, personne ne sera réellement surpris du choix de l’équipe éditoriale, porte sur la crise (toujours) en cours de l’état de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux en Pologne. Ancien juge très renommé du Tribunal constitutionnel polonais, le Pr. Miroslaw Wyrzykowski y dénonce méthodiquement une « Constitution en voie de disparition », à savoir un processus de « prise de contrôle hostile » de l’ordre constitutionnel par le biais de la législation ordinaire, les autorités gouvernementales de Varsovie en arrivant ainsi à violer les principes de base de l’Etat de droit. Cette situation résulte, fait-il valoir dans une analyse juridique imparable, d’un « abus de pouvoir des autorités de l’Etat » qui lui semble appelé à se prolonger aussi longtemps que Varsovie et le pays resteront aux mains du parti Droit et Justice, c’est-à-dire quand celui-ci sera enfin évincé par de nouveaux acteurs politiques résolus à « respecter l’ordre constitutionnel, la démocratie, la prééminence du droit et les droits des individus ».
S’ouvrant sur un relevé de la jurisprudence « ambivalente » de la Cour de justice en matière de droits humains, la partie consacrée à l’Union européenne accorde une place significative, soit, pas moins de six contributions, à la thématique migration et asile. Ainsi, Lisa Heschl et Alma Stankovic, toutes deux chercheuses à l’Université de Graz, relèvent par exemple que la Cour de justice a, par ses arrêts en 2017, plutôt contribué à valider les approches restrictives du Régime d’asile européen commun et, partant, à prolonger les violations des droits humains dont pâtissent ceux qui risquent leur vie en Méditerranée. Deux autres contributions de cette section s’intéressent de manière critique à la manière dont l’Union européenne contribue à une intégration des Roms qui soit respectueuse des droits de l’Homme et à l’application efficace de ses Lignes directrices sur la promotion et la protection de la liberté de religion ou de conviction adoptées en 2013. Enfin, Theodor Rathgeber analyse de manière plutôt positive le rôle stabilisateur joué par l’Union au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies.
Les sections consacrées au Conseil de l’Europe et à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe sont tout aussi riches, recoupant naturellement certains thèmes abordés par l’Union mais élargissant néanmoins le panorama de manière substantielle. Il y est question, entre autres, de l’intérêt de l’enfant dans les cas d’expulsion, du salafisme et de la montée du populisme. Un regard est encore porté sur l’Ukraine, des recensions de livres portant sur les droits de l’Homme ponctuant utilement ce point de repère tout à fait indispensable.
Pierre Bouvier
*** The Year Ahead 2019. The Great Disruption. Project Syndicate (PO Box 130, 12012 Prague 2, République tchèque. Tél. : (420) 607887761 – Internet : http://www.project-syndicate.org ). 2018, 116 p., 25 $. ISBN 978-0-578-42225-1.
Lancée en Europe centrale et orientale au début des années 90 pour y asseoir la démocratie, l’initiative Project Syndicate est sans conteste la plus belle des réussites de presse de ces dernières années. Elle a acquis désormais une envergure mondiale, son réseau d’éminents chroniqueurs étant lu et publié aux quatre coins de la planète. Dotée d’une riche iconographie, cette publication annuelle atteste de la qualité et de la pertinence des analyses véhiculées par Project Syndicate qui, cette année, voit « la grande perturbation » prendre la place de la « grande dépression » des années 30, puis de la « grande modération » des années 80 et, enfin, de la « grande récession » qui vient d’être enregistrée. D’éminents économistes (Joseph Stiglitz notamment), des personnalités politiques (par exemple l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown) et représentants du monde académique éclairent certains aspects de cette actualité troublante, Jean-Claude Juncker et Federica Mogherini s’y exprimant au nom de l’Union européenne. (MT)
*** Politique. Revue belge d’analyse et de débat. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : info@politique.eu.org – Internet : http://www.revuepolitique.org ). Décembre 2018, n° 106, 132 p., 12 €. Abonnement : 45 € (40 € pour PDF, 50 € pour les deux versions).
La revue progressiste de référence en Belgique francophone consacre son dossier, dans ce numéro, à la thématique « conflits importés et diasporas », avec des regards diversifiés sur les retombées en Belgique (mais aussi, en filigrane, dans d’autres pays de l’Union européenne) du conflit Israël-Palestine, de l’adhésion que suscite le président turc Recep Tayyip Erdogan et des tensions en Afrique. Pour le conflit du Proche-Orient, Michèle Sibony analyse notamment le soutien massif que les juifs de France apportent à Israël tandis qu’un débat contradictoire porte sur le boycott universitaire de ce pays. Pour l’Afrique, le récent conflit dans le Rif marocain fait l’objet de plusieurs contributions, deux autres parlant de la manière dont les diasporas vivent les conflits dans l’Afrique des Grands Lacs. Par ailleurs, un regard est porté sur les interprétations très diverses dont est porteur le concept de « revenu de base » ou d’allocation universelle, tandis que plusieurs intervenants s’intéressent à la posture des médias face à la culture démocratique, notamment avec un échange entre Jean-Jacques Jespers (Université libre de Bruxelles) et le patron de Mediapart, Edwy Plenel. A retenir également à ce propos la réflexion d’Edgar Szoc selon laquelle, au-delà de « la médiocrité généralisée qui a accompagné l’essor des réseaux sociaux », il convient aussi de « ‘s’autoriser à penser’ le formidable espace de démocratisation qu’il ouvre ». La « chroniqueuse médiatique » Maryam Benayad rappelle, elle, que le rôle du journaliste était toujours, aux yeux d’Albert Londres, « de porter la plume dans la plaie », quelle que soit la nature de celle-ci. (MT)
*** EMMANOUIL GOUNARIS : Questions d'actualité de la politique étrangère grecque et du droit international. Droit de la mer, mer Égée, mer Ionienne, mer Adriatique, Méditerranée du Sud, Arctique, Antarctique et le problème avec l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Editions Nomiki bibliothiki (23 rue Mavromichali, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3678800 – fax : 3678922 – Courriel : info@nb.org – Internet : http://www.nb.org ). 2018, 328 p., 25 €. ISBN 978-960-622-450-8.
Ambassadeur grec spécialisé dans le droit de la mer, l’Arctique, l’Antarctique et les noms géographiques, Emmanouil Gounaris présente, dans cet ouvrage, diverses études sur des questions d'actualité de la politique étrangère grecque et du droit international. La première partie s’intéresse aux zones marines de la Grèce en mer Égée, en mer Ionienne, dans l’Adriatique et la Méditerranée du Sud. L’auteur y accorde une attention particulière aux relations de la Grèce avec la Turquie sur les questions de la délimitation du plateau continental et, plus généralement, aux allégations de la Turquie contre la Grèce. Il fait aussi référence aux problèmes auxquels la Grèce est confrontée en ce qui concerne la délimitation de ses zones maritimes avec d’autres voisins tels que l’Egypte, Chypre, la Libye, l’Italie et l’Albanie, ainsi qu’à leurs répercussions sur la politique étrangère grecque. Une étude est également consacrée à l'Organisation maritime internationale. La deuxième partie est composée d’études sur l'Arctique et l'Antarctique, régions pour lesquelles les dirigeants grecs ont manifesté de l’intérêt par le Traité de Svalbard/Spitzberg de 1920, le Traité juridique antarctique de 1959, le Traité de protection des ressources biologiques marines de l'Antarctique de 1980, le Traité de Wellington de 1988 pour l'exploitation des ressources minières antarctiques et le Protocole de Madrid de 1991 pour la protection de l'Antarctique. La troisième partie comprend des études et des documents cartographiques historiques sur le soi-disant le problème de « Skopje » et la grécité de la Macédoine grecque, ce à la lumière de l'histoire grecque et internationale. Enfin, la quatrième partie contient des cartes et des photographies relatives aux réunions et aux conférences internationales au cours desquelles les traités internationaux mentionnés dans le livre ont été arrêtés, le tout étant assorti d’une bibliographie conséquente. (AKa)