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Bulletin Quotidien Europe N° 12109
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ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

Pour l’ambassadeur Sondland, un accord commercial entre l’UE et les États-Unis a pour objectif ultime de peser face à la Chine

Le nouvel ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE, Gordon Sondland, a estimé, mercredi 3 octobre, que le « véritable avantage de la conclusion d'un accord commercial avec l'UE » serait de donner plus de poids à l’UE et aux États-Unis face à la Chine. 

 « Une partie des avantages [d’un accord] réside dans le fait que le déficit commercial [des États-Unis] devient neutre ou même excédentaire, mais ce n'est pas le grand avantage. Le jackpot est d'avoir un ensemble d’environ 40 trillions de dollars de PIB combiné, fonctionnant comme un bloc pour s’occuper de la croissance chinoise [...], de ses activités nuisibles [...] et de toutes les activités dont nous avons demandé la fin à la Chine », a-t-il expliqué lors d’une interview avec EUROPE, Euractiv et EUobserver. Ainsi, pour lui, plus tôt l’accord sera conclu, « plus tôt nous pourrons nous tourner vers de réelles opportunités, c'est-à-dire nous occuper de la Chine et faire en sorte que la Chine agisse comme un bon citoyen du monde des affaires »

Et, selon l’ambassadeur, un tel accord est à portée de main. Il a espéré que des « progrès significatifs » seront réalisés d’ici la fin de l’année et un accord conclu avant la fin du mandat de la Commission Juncker. Malgré son optimisme, l’ambassadeur n’a pas caché les divergences. Présent lors des discussions entre les présidents Trump et Juncker, fin juillet à Washington, il a expliqué que, selon l’accord obtenu, « toutes les questions relatives au commerce [seraient] sur la table et ouvertes à la discussion », notamment « l'agriculture, l'entrée sur le marché européen de la défense, les voitures, sur tout ». « C’est un point de divergence entre l'interprétation de l'UE et la nôtre », a-t-il reconnu. 

D'après M. Sondland, M. Trump avait clairement expliqué à M. Juncker qu’il aimerait bien « ne pas avoir à négocier toutes ces questions point par point et [serait] prêt à conclure un accord très ouvert avec l'UE. Pas de droits de douane, pas de barrières, pas de subventions, grand ouvert, mais pas non plus de choix à la carte ». « Je pense que le président Juncker apprécie ce geste, mais je ne pense pas que la volonté politique de l'UE de conclure un tel accord existe encore », a estimé l'ambassadeur, qui a précisé que ni Bruxelles ni Washington ne voulaient d’un nouveau TTIP. 

Interrogé sur la future sortie du Royaume-Uni de l’UE, M. Sondland a expliqué qu’il souhaitait que l’UE et Londres soient des partenaires forts et qu’ils puissent être en mesure de conclure des accords commerciaux indépendants avec les États-Unis. « Nous voudrions que chaque partie ait le maximum de flexibilité dans ses relations avec nous », a-t-il ajouté. 

Une coopération au quotidien

Mais les relations entre l’UE et les États-Unis sont plus étendues que le commerce. Et s'il reconnaît que ces relations sont « dans une phase compliquée » avec des divergences sur l’Iran, le commerce et les dépenses en termes de défense, qui « nécessitent des négociations point par point », M. Sondland tient à souligner le travail quotidien entre les deux parties. 

Interrogé par EUROPE sur la nature de la relation 'mariage d’amour ou de complaisance ?', l’ambassadeur a décrit le lien transatlantique comme un « mariage fidèle à long terme qui a des hauts et des bas, à l'occasion ». « Tant de choses se passent avec l'UE qui sont positives, à part l'Iran et les questions commerciales », a-t-il souligné, citant la coopération sur le Venezuela, la mobilité militaire, l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, la gestion des frontières, l'Ukraine ou encore la Géorgie. 

Mais les relations semblent avant tout de raison. « Si les États-Unis ne travaillaient pas avec l'UE » sur un nombre important de sujets « soit l'UE serait obligée de le faire toute seule, ce qui nécessiterait un engagement financier supplémentaire important, soit quelqu'un d'autre devrait venir aider. Et qui d'autre pourrait le faire ? La Chine, la Russie, je ne le pense pas », a-t-il lancé. Alors que les Européens semblent se chercher de nouveaux interlocuteurs de par le monde, l’ambassadeur ne s’est pas montré inquiet. « L'UE a des priorités et des temps différents de ceux des États-Unis. Les interlocuteurs avec lesquels elle choisit de s’engager répondent à ces priorités qui ne sont pas nécessairement les nôtres, ce qui ne signifie pas que notre relation est en danger », a-t-il expliqué. 

Coopérer avec les Américains sur la défense européenne

Revenant sur les relations en matière de défense, l’ambassadeur a jugé que les États-Unis avaient « l’autorité morale », en tant que plus grand contributeur à l’OTAN, pour dire aux Alliés de respecter leur engagement financier. « Si nous partageons le fardeau de la défense d'un continent lointain avec lequel nous avons une relation longue et précieuse [...] au moins prenez une part équitable » du fardeau, a-t-il justifié. 

Interrogé sur les efforts de l’UE en termes de défense, l’ambassadeur a plaidé pour une plus grande coopération avec Washington. « Nous n'avons rien contre le fait que l'UE dépense son propre argent pour sa propre défense. En fait, nous nous félicitons de l'augmentation des dépenses de défense. Un dollar dépensé par l'UE est, espérons-le, un dollar de moins que les États-Unis doivent dépenser en fin de compte », a-t-il expliqué. Avant d’ajouter : « ce qui nous pose problème, c'est lorsqu'un dollar dépensé [...] fait double emploi ou n'est pas dépensé judicieusement afin de réaliser la mission dont l'OTAN est principalement responsable. Ajoutez à cela le fait que les États-Unis envoient leurs dollars pour défendre l’Europe et souhaiteraient au moins être assis à la table des négociations et aider à donner des conseils ou à commenter la manière dont les fonds européens supplémentaires sont dépensés », soulignant, par exemple, le travail en cours sur la mobilité militaire en Europe. 

Travailler malgré tout ensemble sur la question iranienne

Enfin, sur l’Iran, l’ambassadeur a précisé qu’il « comprenait et respectait » la position de la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité concernant l'accord sur le nucléaire iranien. Selon lui, les États-Unis vont essayer de l'amener à travailler avec eux pour s'engager dans un nouveau dialogue avec Téhéran et résoudre certains des problèmes identifiés par les États-Unis, et qui ne sont pas abordés dans l’accord nucléaire. M. Sondland a aussi estimé que les mesures prises par les Européens n’empêcheraient pas les entreprises européennes de quitter l’Iran pour éviter des sanctions américaines. (Camille-Cerise Gessant)

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