Destruction de la biodiversité - pollinisateurs, insectes vertébrés, oiseaux et mêmes mammifères -, pollution des eaux de surface et de la nappe phréatique, mais aussi exposition de tous les êtres humains à la toxicité des pesticides : un constat alarmant et implacable de l’impact environnemental des pesticides a été dressé jeudi 6 septembre par trois scientifiques et les ONG qui sont intervenus lors de la dernière audition organisée par la commission spéciale PEST du Parlement européen.
La prise en compte de ces impacts dévastateurs dans la procédure d’évaluation et d'autorisation des pesticides dans l’UE est essentielle, ont estimé les membres de la commission, même si certains, comme Angélique Delahaye (PPE, française), se sont dits inquiets pour l’avenir de l’agriculture.
Les experts ont, eux, assuré qu’un autre modèle d’agriculture est possible sans ou avec très peu de pesticides et que des méthodes d’atténuation des risques existent. Ils ont appelé à la formation des agriculteurs à des méthodes alternatives et battu en brèche le mythe de l'utilisation incontournable des pesticides pour nourrir la population mondiale.
Éric Andrieu (S&D, français), qui préside la commission, s'est dit confiant que ces contributions de la société civile seront mises à profit dans le rapport que préparent le Belge Bart Staes (Verts/ALE) et l'Allemand Norbert Lins (PPE) et qui sera voté le 6 décembre « selon le calendrier prévu », espère-t-il.
Jeroen P. Van der Sluijs, professeur à l’Université de Bergen et Utrecht (Pays-Bas) a fustigé les pesticides systémiques, utilisés préventivement, et en particulier les néonicotinoïdes, « grands coupables » de la mortalité des abeilles et qui représentent 40 % du marché des pesticides. Selon lui, il faut un traité mondial pour protéger les oiseaux, restaurer les pollinisateurs, mettre un terme à l'utilisation des néonicotinoïdes.
À Bart Staes qui lui demandait quel était l'impact des pesticides sur la santé humaine, le professeur a fait état d'une étude de 2015 aux États-Unis montrant que 100 % des fruits et légumes contiennent au moins un résidu et 45 % des légumes en contiennent au moins deux. Il a cité une étude de 2008 montrant que les néonicotinoïdes influent sur la chimie hormonale, une étude de 2014 prouvant leur génotoxicité et une étude japonaise établissant un lien avec l'autisme. Et d'ajouter : « Nous savons qu'il y a une toxicité neuro-environnementale pour les mammifères. »
La Française Mireille d'Ornano, coordinatrice du groupe ELDD, s'est étonnée qu'une « majorité des députés » n'ait « pas voté un amendement » qu'elle avait déposé en mars pour demander l'interdiction totale de tous les néonicotinoïdes.
Noa Simon-Delso, du Centre apicole belge de recherche et d’information sur la protection des abeilles (CARI), a souligné qu'en matière de toxicité des néonicotinoïdes, c'est la durée de l’exposition qui compte. « Si on réduit la concentration, il y aura quand même des effets sublétaux. Jamais pris en compte dans l’évaluation des néonicotinoïdes. Même à des concentrations très faibles il est possible que les abeilles meurent. Les abeilles sont un excellent indicateur de ce qui se passe dans un environnement. Les pesticides sont beaucoup plus mobiles dans l’environnement que prévu », a-t-elle dit.
Ettore Capri, professeur à l’Observatoire européen de l’agriculture durable (OPERA), a présenté une méthode d'atténuation des risques des pesticides, « une boîte à outils pouvant être appliquée en pratique pour aider les États membres. Il s'agit d'un cadre d’utilisation pérenne qui permet de diffuser les meilleures pratiques, de les encourager au niveau local » pour gérer les risques dans les champs et en dehors de l’exploitation agricole.
Prenant l'exemple du glyphosate, Franziska Achterberg, experte en alimentation de Greenpeace Europe, juge regrettable que la Commission, « quand elle prend des mesures, laisse aux États membres le soin de gérer les risques » et que la moitié des États membres recourent à l'article 53 du règlement 'Pesticides' (1107/2009) sur les utilisations d'urgence pour obtenir des dérogations. Elle recommande qu'à l'avenir l'EFSA et l'État rapporteur procèdent à une évaluation véritablement indépendante, fondée sur une analyse exhaustive des données scientifiques ; que la Commission, « qui a un énorme pouvoir discrétionnaire », restreigne ou interdise l'utilisation des pesticides présentant un risque pour l'environnement et la santé publique sans se défausser de ses responsabilités ; qu'elle fasse appliquer l'article 53 du règlement 1107/2009. (Aminata Niang)