Les négociateurs de l’UE perdent patience alors que le gouvernement britannique tient une nouvelle réunion « critique » sur le Brexit.
Les discussions, qui se déroulent vendredi à Chequers, la résidence de villégiature du Premier ministre, ont pour objectif de finaliser le livre blanc de la semaine prochaine sur l’avenir des douanes et du commerce. Les Britanniques espèrent que ce document leur permettra également de trouver une solution au sujet de la frontière irlandaise.
« Nous avons besoin de manière urgente de clarté de la part du Royaume-Uni sur ce qu’il attend du futur partenariat UE-Royaume-Uni », a avancé Guy Verhofstadt, le coordinateur du Brexit pour le Parlement européen, dans une déclaration écrite.
« Il est temps que le Premier ministre, Mme May, fasse passer son pays avant les disputes politiques au sein de son parti et fasse un choix basé sur les modèles de coopération disponibles. Le temps des fantasmes, des compromis et des tentatives de renégociations est terminé. »
Selon deux hauts fonctionnaires de l’UE, le bloc rejettera toute demande du Royaume-Uni d’accéder partiellement ou par des moyens détournés au marché unique.
Cette position s’apparente à un rejet de la dernière idée lancée par le Premier ministre, Mme Theresa May : une sorte de « marché unique des biens » dans lequel le Royaume-Uni s’alignerait sur les normes européennes applicables aux produits, mais divergerait en ce qui concerne les services, la libre circulation et le contrôle juridictionnel de la Cour de justice de l’UE.
Cette proposition est perçue comme une « troisième option » entre le nouveau partenariat douanier d’août dernier, qui verrait le Royaume-Uni percevoir et rembourser des droits de l’UE, et la « facilitation maximale » recourant à la technologie pour réduire les contrôles frontaliers.
Les négociateurs européens font part de leur lassitude alors que des rapports font état de nouvelles querelles internes chez les conservateurs à Londres. Selon le journal Daily Telegraph, David Davis, le ministre en charge du Brexit, a critiqué le compromis de la « troisième option », en avançant qu’il ne serait jamais accepté par l’UE.
« C’est une bonne chose qu’ils aient une discussion interne sur ce qu’ils ne peuvent pas accepter, ça nous évite de devoir le faire pour eux », a réagi un diplomate chevronné de l’UE impliqué dans les négociations. « À l’heure qu’il est, ils doivent savoir ce que nous pouvons accepter et ce que nous ne pouvons pas accepter. »
Un responsable de l’UE a déclaré que le Royaume-Uni a, à maintes reprises, « mal interprété la dynamique de l’UE » non seulement sur le commerce, mais aussi sur le futur partenariat en matière de sécurité. En outre, le pays est en plein « déni du Brexit » et ne voit pas l’issue qui se profile.
La tentative du gouvernement de rallier différents pays de l’UE et de court-circuiter le négociateur en chef Michel Barnier (qui est considéré comme plus intransigeant que certains États membres), n’a pas été bien accueillie non plus (voir autre nouvelle). « Si j’étais à leur place, je ne spéculerais pas sur cette séparation », a ajouté un haut fonctionnaire de l’UE.
Les négociateurs européens examineront le livre blanc au cours des deux prochaines semaines en espérant reprendre les discussions avec le Royaume-Uni à la mi-juillet. (Version originale anglaise par Sarah Collins)