Les eurodéputés, en grande majorité, ont exprimé leur déception, mardi 3 juillet, dans l'après-midi, quant aux résultats du sommet européen sur la migration, qui a abouti à un accord fragile (EUROPE 12052).
Le premier mécontent est le président du Parlement européen lui-même, Antonio Tajani, qui, s’il adhère globalement au principe de renforcer la protection des frontières extérieures de l’UE, a exhorté le Conseil européen à valider la réforme du règlement de Dublin d’ici à « la fin de l’année ». Le président a rappelé que « les traités ne prévoient pas l’unanimité sur cette question », mais « la majorité qualifiée » et le PE se tient prêt à lancer une action contre les États membres pour forcer le Conseil de l’UE à agir sur la base des traités.
Pour l’Allemand chef de file du S&D, Udo Bullmann, « on fait passer nos actes pour des victoires alors que les progrès ne sont pas suffisants ». « On perd chaque semaine des vies en Méditerranée, c’est indigne de ne pas réussir à régler cette question », a-t-il insisté. Au sein du groupe S&D, l'on réfléchit aussi, comme le président Tajani, à faire plier le Conseil européen sur le règlement de Dublin, y compris, s’il n’y a pas d’autre moyen, « en prenant certains dossiers en otage, comme celui sur l’interopérabilité », a suggéré une source du groupe.
Le socialiste allemand a en tout cas été suivi par le groupe CRE qui a jugé que les réponses essentiellement volontaires adoptées au sommet n’étaient pas en mesure de répondre aux demandes d’actions précises des Européens. « On sait que, dans certains pays, il y aura une situation politique inacceptable » avec de forts sentiments « anti-européens ». « Les institutions doivent y faire face », a estimé l’Italien Raffaele Fitto pour le groupe des conservateurs.
Guy Verhofstadt, pour l’ADLE, n’a pu qu’approuver ces propos. « Pour les centres d’accueil, on dit qu’on va examiner, cela veut dire qu’on va avoir besoin de temps. » Pointant les vues divergentes, entre « centres fermés, centres ouverts pour d’autres », le libéral belge s’est demandé « où se trouve la décision du Conseil ».
Ska Keller, la coprésidente du groupe des Verts/ALE, a déploré que le Conseil européen n’ait « avancé sur rien », entre la migration ou encore la zone euro. Sur la migration, « vous ne parlez pas des centaines de vies perdues au cours des derniers jours. À Lampedusa [en 2013, NDLR], on s’est dit effondré » ; or, « ça se reproduit et on fait l’autruche ». Le PE lui-même a réussi son compromis sur le règlement de Dublin, a-t-elle fait valoir, « alors que ce sont les mêmes partis que vous ». Avec ces « plates-formes de débarquement dans le Sahara, la réinstallation » dont on parle seulement comme une chose « volontaire », « on signe l’arrêt de mort de toute possibilité de demander l’asile en Europe », a-t-elle constaté.
Le groupe ENL, par la voix du Français Nicolas Bay, s’est par contre réjoui de ce Conseil européen qui n’a pas abouti à une « réponse européenne », mais a consacré des « décisions nationales courageuses », largement à mettre au crédit de l’influence de Matteo Salvini. (Solenn Paulic)