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Bulletin Quotidien Europe N° 12054
REPÈRES / RepÈres

Le devoir est d’en revenir d’urgence à l’esprit de la Résistance

Le compromis dégoté à la fine pointe de l’aube par le Conseil européen vendredi dernier laisse un goût amer dans la bouche des Européens (EUROPE 12051, 12052).

De tous les Européens.

Il est considéré insuffisant par ceux qui, à l’instar du ministre allemand de l’Intérieur et président de la CSU bavaroise, Horst Seehofer, jugent que les migrants cachés sous la dénomination de ‘réfugiés’ pourront continuer à s’incruster dans des pays qui n’ont pas vocation à être leur terre promise, du moins leur refuge temporaire.

À l’inverse, il est considéré honteux par ceux qui considèrent que l’Europe intergouvernementale succombe une nouvelle fois, une fois de trop, à la tentation de vivre les demandeurs d’asile – et plus largement les migrants, même les légaux… – comme une agression identitaire.

Jamais la société européenne et les sociétés nationales d’Europe, en un mot le peuple européen, n’ont été à ce point fracturées depuis les années vingt et trente du siècle dernier. L’austérité aveugle imposée aux citoyens les plus fragiles de l’Union n’avait en apparence créé du ressentiment que dans la périphérie européenne. En réalité, des politiques favorisant les inégalités sociales et territoriales et le déclassement de la classe moyenne ont alimenté les craintes et les rancœurs même dans les pays les plus prospères. Même en Allemagne, Angela Merkel le découvre désormais de manière cuisante, la peur de l’étranger, de l’Autre, sert les intérêts électoraux des extrémistes et, pire encore, contamine les partis politiques traditionnels.

« Pour arrêter les politiques nationaux dans leur course à l’abîme, les citoyens s’en remettent à des marchands de rêve, ou aux fauteurs de haine », a écrit l’économiste et fédéraliste français, Bernard Barthalay, (blog.mediapart.fr, 29 juin). Il a raison, c’est le cas absolument partout en Europe ; même en France où la victoire d’Emmanuel Macron sur Marine Le Pen ne peut occulter l’évidence d’une dangereuse radicalisation des idées.

« Tous les éléments d’un basculement vers la droite extrême et les nationalismes et racismes sont bien présents. Cette fois, ce sont les réfugiés dits illégaux, ou les Roms en Italie, qui sont les boucs émissaires. Ou les ressortissants mexicains aux USA. On reparle, comme si c’était normal ou anodin, de centres de… regroupement. (…) Partout certains veulent reconstruire des murs et des grillages »…

Ce propos exprimé sur Facebook est le fait d’une démocrate-chrétienne pondérée, longtemps porte-parole d’un Premier ministre belge qui a fini sa carrière comme président du Parti populaire européen. Que dirait aujourd’hui Wilfried Martens de la prise en otage d’Angela Merkel par le chrétien-démocrate Horst Seehofer, des agissements de Viktor Orbán ?

Même s’il a longtemps fermé les yeux sur les outrances berlusconiennes et conclu des accords affligeants avec les conservateurs britanniques pour asseoir la mainmise du PPE sur le Parlement européen, pourrait-il se complaire longtemps encore dans la posture d’un Ponce Pilate au service de la realpolitik ?

Non, le temps est venu que toutes les consciences démocrates prennent acte de l’évidence que la mondialisation débridée et la realpolitik européenne des dernières décennies mettent désormais gravement en danger les démocraties. En Europe comme aux États-Unis – pour ne pas parler de pays comme la Russie ou la Turquie où la démocratie n’est jamais que le cache-sexe de régimes autoritaires.

Le temps est venu aussi que les démocrates d’Europe prennent définitivement conscience que c’est l’Europe intergouvernementale incarnée par un Conseil européen omnipotent, mais en réalité impotent, qui les renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire du continent.

Notre consœur Shada Islam, aujourd’hui active chez Friends of Europe, a raison d’affirmer que « les dirigeants européens – ceux qui croient encore aux valeurs de l’Union européenne et à la solidarité au sein de l’Union – doivent cesser d’être sur la défensive en matière d’immigration et doivent résister à la pression visant à ce qu’ils adoptent une rhétorique populiste toxique » (Carnegieeurope.eu, 28 juin). Elle a mille fois raison aussi quand elle assène dans la foulée : « Au contraire, ils doivent contester les fausses affirmations selon lesquelles l’immigration entraîne une augmentation du chômage, du crime et du terrorisme. En ne le faisant pas, ils amplifient le récit populiste ».

Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, les membres du Conseil européen n’ont pas résisté à la pression ; Orbán, Salvini, Seehofer les ont conduits à amplifier le récit populiste. Ils ont, par les conclusions qu’ils ont adoptées, confirmé que de nouveaux fascistes en puissance avaient mis le pied dans la porte en Europe.

Il appartient dès lors aux démocrates européens, de partout en Europe, d’entrer en résistance face aux dérives qui mettent en jeu non seulement l’Union, mais la paix sur notre continent à terme. Il leur faut se souvenir que, ainsi que l’a écrit Henri Lastenouse, « le projet européen répond historiquement et quasi ontologiquement à l’expérience des régimes fascistes en Europe au cours du XXe siècle » (Témoignage Chrétien, 28 juin). Il leur faut entrer en résistance pacifique en se souvenant de ceux qui, les armes à la main dans la Résistance des années 40, voulaient bâtir sur les décombres fumants de la Seconde Guerre mondiale une fédération européenne au service de ses citoyens.

Ce que le Conseil européen n’a jamais voulu.

Michel Theys

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