Le commissaire européen aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a estimé, vendredi 4 mai, que l’état d’urgence en place en Turquie pourrait avoir des conséquences négatives sur les élections présidentielles du 24 juin.
« Nous ne pouvons que regretter que l'état d'urgence ait été prolongé malgré nos appels répétés à sa levée. Cela ne va certainement pas aider à garantir des élections libres et équitables en juin », a-t-il expliqué lors d’une conférence sur la liberté de la presse en Turquie, qui regroupait de nombreux membres de la société civile et des médias turcs. L’état d’urgence a été prolongé pour la septième fois, mi-avril, pour trois mois.
Le commissaire est revenu sur la situation des droits de l’homme en Turquie après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et la réaction « disproportionnée » des autorités. « Il est tout simplement inacceptable que tant de journalistes, de défenseurs des droits de l'homme, d'universitaires et même de membres du Parlement librement élus soient en prison ! », a-t-il résumé, ajoutant qu’il y avait une « répression de la liberté d'expression (…) à grande échelle ».
Selon M. Hahn, environ 500 procès contre des journalistes sont en cours. Il s'est inquiété du « contraste frappant » entre la faiblesse des éléments sur lesquels sont fondées les inculpations et « l'extrême sévérité des peines prononcées par les tribunaux ». « Sans oublier que la présomption d'innocence ne semble pas du tout être respectée », a-t-il ajouté.
« Le droit à la liberté d'expression ne peut être garanti et défendu qu'avec un pouvoir judiciaire impartial et indépendant », a ajouté M. Hahn. Il s'est dit « profondément préoccupé par l'érosion de l'indépendance et de l'impartialité de la justice turque ». Selon Die Zeit, 155 journalistes, arrêtés après la tentative de coup, sont toujours en prison et, selon Amnesty International, 180 médias ont été fermés depuis juillet 2016.
Le commissaire a aussi rappelé qu’il était « clair comme de l’eau de roche » que, pour que s'améliorent les relations entre l’UE et la Turquie, cette dernière devait « s'attaquer de manière crédible au grave recul sur les droits de l'homme, l'État de droit, la démocratie et les libertés fondamentales, y compris la liberté des médias ».
M. Hahn a rappelé que la Commission avait décidé d'axer son programme annuel d'assistance financière envers la Turquie sur le soutien aux droits de l'homme, la société civile et les programmes de l'UE qui favorisent les contacts au niveau des citoyens. « Il va sans dire que nous continuerons nos programmes d'assistance traditionnels aux organisations professionnelles de journalistes turcs et aux ONG qui se sont engagées à défendre la liberté d'expression », a-t-il ajouté. Les fonds de préadhésion pour la Turquie pour 2018 s'élèvent à 534 millions d’euros (EUROPE 11908). (Camille-Cerise Gessant)