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Bulletin Quotidien Europe N° 12015
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Le faux dilemme du Brexit

Cette semaine fut chargée en événements, mais aucun n’a eu d’influence sur le Brexit. 

Au Royaume-Uni, le gouvernement a atteint une (autre) impasse de taille sur la question de l’union douanière, tandis que les élections locales - sur lesquelles reposaient de nombreux espoirs de changement - n’ont, au final, que peu modifié le rapport des forces au sujet du Brexit

En Irlande du Nord, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, et le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, ont réaffirmé leur volonté d’adopter une solution de sécurité sur la question de la frontière irlandaise d’ici le mois de juin, malgré que le secrétaire britannique en charge du Brexit, David Davis, espère en reporter la conclusion en octobre. 

À Bruxelles, les négociateurs européens et britanniques se sont revus pour aborder le projet de traité de retrait et les futures relations, bien qu’ils n’aient pas approfondi le débat (seules des discussions sommaires sur des règles de jeu équitables et la future coopération en matière de sécurité ont eu lieu). 

Alors qu’il ne reste que trois tours de négociations avant le sommet de juin, il n’y a pas encore péril en la demeure. 

Les deux parties discutent toujours des documents de synthèse publiés par le Royaume-Uni en août dernier, dans lesquels le pays proposait un « partenariat douanier » qui lui permettrait de percevoir en substance des droits de l’UE sur les biens destinés au bloc, ou une option de « facilitation maximale » (« maxfac »), où des caméras et des technologies de suivi seraient utilisées à la place des contrôles frontaliers. 

Le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, qui privilégie l’option du partenariat douanier, se défend face à un puissant groupe de députés d’arrière-ban menés par Jacob Rees-Mogg (et les partisans du Brexit de son propre cabinet, y compris M. Davis), qui estiment que cette idée représentera un fardeau pour les entreprises britanniques et sera trop longue à mettre en œuvre. Selon eux, l’option « maxfac » résoudrait le problème irlandais et serait plus facile à déployer. 

Mais pour les responsables européens et irlandais, il s’agit là d’un faux dilemme. Ils rejettent les deux options car, d’après eux, le partenariat douanier est impossible à mettre en place dans sa forme actuelle, et le « maxfac » crée, par définition, des infrastructures à la frontière. 

L’UE s’oppose ainsi à ces deux solutions qui la pousseraient à externaliser ou à déroger à ses règles en matière de douanes et de marché unique. Alors que le bloc souhaite trouver des compromis dans certains domaines (par exemple, l’agriculture et l’énergie) pour maintenir la paix en Irlande du Nord, il refuse de laisser une porte dérobée vers son marché unique via l’île. 

« Certains pensent que nous pourrions avoir deux ensembles de règles distincts sur l’île d’Irlande et continuer sans contrôles frontaliers », a déclaré Michel Barnier en Irlande cette semaine. « Les biens qui entrent en Irlande entrent également dans le marché unique. […] Les biens qui entrent en Irlande du Nord doivent respecter les règles du marché unique et le code de l’union douanière. C’est notre logique. C’est aussi simple que cela. » 

Toutefois, le rejet par l’UE des propositions britanniques n’est pas absolu. 

Oui, le bloc qualifie toujours ces deux options de « pensée magique », mais les hauts responsables s’inquiètent du fait que retirer de la table toute solution, à ce stade - comme le European Research Group de M. Rees-Mogg semble pousser le Premier ministre, Mme May, à le faire - peut s’avérer dangereux. 

M. Barnier a souligné cet état d’esprit dans un discours prononcé en Irlande cette semaine. « Nous sommes prêts à examiner toutes les options de manière constructive afin de répondre à nos objectifs - toutes les options », a-t-il répété. 

En attendant, la presse britannique avance qu’aucune des options douanières ne s’appliquera d’ici janvier 2021, lorsque la période de transition aura pris fin. 

« Nous nous trouvons, une fois de plus, à un stade difficile des négociations », a déclaré M. Varadkar cette semaine. « Et nous assisterons encore à un moment décisif d’ici quelques semaines. » (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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