La Commission européenne a pris note, mardi 1er mai, de la prolongation pour un mois, jusqu'au 1er juin, de l'exemption pour l'UE des droits de douane américains de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium, déplorant toutefois l'incertitude entourant cette décision pour les entreprises et réclamant de nouveau une exemption permanente et sans condition.
Quelques heures avant l'expiration des exemptions provisoires accordées à plusieurs pays lors de la promulgation de ces droits de douane, le 23 mars, le président américain, Donald Trump, a décidé, lundi 30 avril, de prolonger d'un mois les exemptions de droits de douane sur l'acier et l'aluminium accordées aux pays de l'UE, au Canada et au Mexique afin de poursuivre les discussions avec ces pays.
M. Trump a précisé que des accords avaient été conclus pour des exemptions permanentes avec la Corée du Sud, l'Argentine, l'Australie et le Brésil.
« La décision américaine prolonge l'incertitude pour le marché, qui affecte déjà les décisions commerciales. L'UE doit être totalement et définitivement exemptée de ces mesures, car elles ne peuvent être justifiées par des raisons de sécurité nationale », a commenté la Commission mercredi.
« Les surcapacités dans les secteurs de l'acier et de l'aluminium ne proviennent pas de l'UE. Au contraire, au cours des derniers mois, l'UE s'est engagée à tous les niveaux possibles avec les États-Unis et d'autres partenaires pour trouver une solution à ce problème », a-t-elle poursuivi.
« L'UE a indiqué à maintes reprises qu'elle était disposée à discuter des questions actuelles d'accès au marché présentant un intérêt pour les deux parties, mais, en tant que partenaire et ami de longue date des États-Unis, (l'UE) ne négociera pas sous la menace. Tout futur programme de travail transatlantique doit être équilibré et mutuellement bénéfique », a-t-elle conclu.
« Nous réitérons notre appel à rendre cette exemption inconditionnelle et permanente. Les mesures américaines ne sauraient être justifiées par des considérations de sécurité et d'ordre public. Cela n'a pas lieu d'être entre alliés. Nous exigeons l'abandon de ces mesures. Nous refusons de négocier sous la menace », a répété le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, devant le Parlement européen mercredi.
La commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, reste en contact avec le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, et le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.
Mardi, M. Ross a évoqué « des discussions potentiellement fructueuses pour réduire globalement les tensions commerciales transatlantiques ». « Je ne pense pas que nous ayons l'intention d'offrir des prolongations de très longue durée, ce serait contraire à l'objectif recherché », a-t-il ajouté.
Mercredi, la Commission a rappelé qu'elle avait préparé un paquet de contre-mesures à l'imposition de taxes américaines visant l'acier et l'aluminium européens, prévoyant notamment des droits de douane sur des exportations américaines d'une valeur de 2,8 milliards d'euros (3,4 milliards de dollars) (EUROPE 11983).
Pour régler la question, Mme Malmström et M. Ross, ont ouvert, le 21 mars, un processus de dialogue sur les contentieux commerciaux transatlantiques - avec la constitution possible d'un groupe de travail - qui n'a pour le moment débouché sur rien de concret (EUROPE 11986, 11988).
En coulisses, toutefois, la Commission et les États membres échangent sur des discussions à envisager avec l'administration américaine, une fois confirmée l'exemption définitive, sur l'abaissement de barrières douanières sur certains produits ou d'autres questions en matière de réglementation.
Aux exigences de M. Trump concernant un meilleur accès au marché européen pour les voitures américaines, Mme Malmström a opposé, en mars, une longue liste de « griefs commerciaux » de l'UE visant les États-Unis, concernant les restrictions américaines à l'accès aux marchés publics (EUROPE 11990).
Les négociations pour un accord de libre-échange UE/États-Unis (TTIP), engagées en 2013, sont au point mort depuis le départ du prédécesseur de M. Trump à la Maison-Blanche, Barack Obama.
Plusieurs dirigeants européens ont souligné, lors du Conseil européen du 23 mars, qu'ils ne souhaitaient pas de pourparlers avec les États-Unis en vue d'un « TTIP light » qui inclurait le seul traitement des barrières tarifaires (EUROPE 11989).
L'association des entreprises européennes, BusinessEurope, a jugé « positif » le nouveau sursis offert par Washington, déplorant toutefois l'absence de prévisibilité pour les affaires. (Emmanuel Hagry)