L’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a estimé, mardi 24 avril, qu’il ne fallait pas demander de miracles à l’UE et l'ONU pour relancer le processus politique, si les trois garants d’Astana – Russie, Iran et Turquie – ne remplissaient pas leur rôle.
« Genève devrait être l’endroit où tout est utilisé pour relancer le processus politique. Chacun doit faire son travail. Demander à l’ONU ou l’UE de faire des miracles quand les principaux acteurs ne font pas leur part, c’est trop », a-t-il souligné lors d’un point presse avec la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, à l’issue d’une rencontre avec des membres de la société civile syrienne, à Bruxelles.
M. de Mistura a appelé les garants à respecter les engagements pris dans le processus d’Astana, soit œuvrer pour une baisse des tensions militaires. « Ce que nous voyons ces dernières semaines, ces derniers jours - les gains militaires, les gains territoriaux et l'escalade militaire - n'apporte pas de solution politique, cela n'a apporté aucun changement. Au contraire », a-t-il dénoncé. « Les trois garants ont une responsabilité et un intérêt à garantir que la situation militaire se calme », a ajouté Mme Mogherini, précisant qu’Astana avait apporté un espoir d’apaisement, mais que cet espoir avait disparu. « Plus d’actions militaires n’ouvrent pas la voie (à une solution politique). Les armes doivent se taire pour des raisons humanitaires et politiques », a-t-elle précisé.
Revenant sur les discussions entre les membres de la société civile, Mme Mogherini a estimé que, si toutes les parties au conflit avaient autant de maturité que ces derniers, « le conflit aurait été réglé il y a longtemps ». « Ils sont un bon modèle pour ceux qui devraient s’assoir autour de la table de l’ONU à Genève et trouver une solution politique à la crise », a-t-elle ajouté.
M. de Mistura a également mis en garde contre une détérioration de la situation à Idlib, où vivent 2,5 millions de personnes et où les offensives du gouvernement s’intensifient. « Cela ne doit pas devenir un nouvel Alep ou Ghouta orientale », a-t-il prévenu. Selon lui, si une « célèbre » solution politique est attendue, il ne faut pas abandonner l’aspect humanitaire. (Camille-Cerise Gessant)