Réunis depuis le 20 février à Asunción pour tenter de lever les derniers obstacles à un compromis sur le volet commercial d'un accord d'association entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), négociateurs européens et sud-américains poursuivront leurs discussions au plan technique cette semaine dans la capitale paraguayenne, où les commissaires Cecilia Malmström (Commerce) et Phil Hogan (Agriculture) pourraient se rendre à partir du dimanche 4 mars si elles sont suffisamment mûres, a-t-on appris de source européenne proche du dossier, lundi 26 février.
Les pourparlers sont difficiles faute d'offre suffisante du Mercosur en matière d'accès au marché pour les voitures et pièces détachées ainsi que les produits laitiers de l'UE, nous a-t-on confié.
Par ailleurs, concernant ses concessions sur la viande bovine, l'UE maintient qu'elle n'ira pas au-delà de ce qu'elle a proposé dans le cadre de son offre recalibrée sur ses produits agricoles sensibles et conditionnée à des concessions significatives du Mercosur, mise sur la table de manière informelle fin janvier pour tenter de faciliter un accord, à savoir un quota d'importation tarifaire de l'UE pour le bœuf sud-américain qui serait porté de 70 000 à 99 000 tonnes (EUROPE 11950, 11963).
Arrivée lundi à Sofia où elle doit participer à une réunion informelle des ministres du Commerce de l'UE, mardi 27 février, Mme Malmström a assuré, lors d'une conférence avec la société civile bulgare, que les parties étaient « très proches d'un accord ». « Je pense que les problèmes en suspens peuvent être réglés, mais je ne peux pas donner de date », a indiqué la commissaire, ajoutant que « la perspective des élections au Brésil augmentait la pression ». « Nous identifions les difficultés qui restent, nous avons fait de gigantesques progrès. Nous discutons des questions concernant l'automobile, qui ont beaucoup d'importance pour l'UE. Et, comme toujours dans les négociations commerciales, il y a des questions agricoles à résoudre », a-t-elle ajouté.
L'UE et le Mercosur espèrent toujours dégager un accord de principe avant le début, en mars, de la campagne pour les élections générales au Brésil et les élections générales au Paraguay, fin avril.
Craintes pour le bœuf français et irlandais. En attendant, les pourparlers suscitent de vives préoccupations dans le secteur agricole en France et en Irlande, qui craignent pour leur filière bovine.
Répondant au ministre irlandais de l’Agriculture, Michael Creed, dans un courrier du 21 février, Mme Malmström a dit prendre note de ses « réserves » sur l’impact possible des pourparlers UE/Mercosur sur le secteur de la viande bovine de l’UE et de son inquiétude concernant l'offre de l'UE en la matière, expliquant toutefois qu'il n'était « pas réaliste d’attendre du Mercosur qu’il accepte de (...) supprimer [ses] droits de douane élevés et [ses] barrières non tarifaires affectant les exportations de l’UE dans presque tous les secteurs, y compris l’agriculture, sans aucune concession [sur le bœuf] ».
En France, le gouvernement tente de rassurer face à un secteur agricole fortement mobilisé alors que se tient cette semaine le Salon international de l'agriculture, à Paris.
Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a assuré, dimanche 25 février, qu'un accord UE/Mercosur n'était « pas acceptable en l'état », précisant qu'il était « trop préjudiciable pour les agriculteurs français » et que « la France avait des lignes rouges très claires ».
En visite, la veille, au salon de l'agriculture, le président français, Emmanuel Macron, a assuré aux exploitants qui l'ont interpellé sur le sujet qu'il n'était pas question qu'un accord UE/Mercosur permette d'importer des denrées produites dans des conditions moins contraignantes sur le plan social et environnemental. « Il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux ou sanitaires à travers cette négociation », a-t-il insisté. (Emmanuel Hagry)