Réunis à Bruxelles, jeudi 1er février, pour partager leurs stratégies post-Brexit, plusieurs acteurs européens du secteur financier (voir autre nouvelle) ont appelé le gouvernement britannique à préciser au plus vite sa vision des relations futures avec l’UE.
Le temps presse. En mars, les dirigeants européens adopteront de nouvelles directives de négociation sur les contours des futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni. Selon le président d’Eurofi, David Wright, le Royaume-Uni fait une « énorme erreur» en ne se prononçant pas maintenant, car, une fois les directives adoptées, il sera beaucoup plus difficile de trouver des « solutions innovantes ».
Selon lui, la voie d'une équivalence règlementaire avec l'UE n'est pas idéale. Elle présente beaucoup de problèmes conceptuels et est très complexe, car elle demande un alignement ligne par ligne et prend du temps, a-t-il expliqué. Un accord commercial s’apparentant à un modèle de coopération 'Norvège +', tel qu’espéré par le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar (EUROPE 11947), serait une meilleure solution, a-t-il estimé.
Mais le problème reste que les Européens ne sont toujours pas fixés sur ce que souhaitent les Britanniques. Pour M. Wright, si le Royaume-Uni se prononçait en faveur d'un alignement règlementaire proche de l'UE, les États membres y seraient réceptifs.
Quant au patron de la banque britannique Barclays, Jes Staley, il s’est prononcé pour une ‘Union des marchés de capitaux +’, à savoir une union paneuropéenne qui inclurait les pays membres de l’Association européenne de libre-échange et le Royaume-Uni. Le plan de Barclays, après le Brexit, est de continuer à opérer dans l'UE via ses filiales en Irlande, a-t-il d'ailleurs clairement expliqué.
Néanmoins M. Staley s'est inquiété du manque de temps pour effectuer tous les transferts nécessaires, que ce soit en termes de licences, de contrats, de personnel ou encore de systèmes informatiques.
Selon lui, les orientations de décembre du Conseil européen (EUROPE 11927) ont démontré la bonne volonté des deux parties. La seconde phase des négociations doit aboutir à une relation aussi proche que possible entre l’UE et le Royaume-Uni, a-t-il estimé, tout en insistant sur la nécessité de maintenir la continuité des contrats de services convenus avant le Brexit.
« Nous présumons qu’il y aura un accord. Nous présumons que les choses iront bien. Mais si ce n’était pas le cas ? Sommes-nous préparés à cela ? », s’est questionné l'eurodéputé irlandais Brian Hayes (PPE). Selon lui, il faudra également se poser la question de savoir comment l’issue de ces négociations pourrait affecter les relations futures de l’UE avec d’autres pays tiers.
D'autres, dans la salle, se sont, au contraire, inquiétés d'un retournement de situation : et si le Royaume-Uni décidait finalement de ne pas quitter l'Union ? Les dirigeants européens ont en effet à plusieurs reprises indiqué à leurs homologues britanniques que « la porte reste ouverte ». Mais les entreprises préparent déjà leur plan de relocalisation et certains craignent que cela n'entraîne une situation encore plus incertaine. (Marion Fontana)