*** ANNE DRUMAUX, PAUL JOYCE : Strategic Management for Public Governance in Europe. Palgrave Macmillan (The Campus, 4 Crinan Street, London, N1 9XW, UK. Tél. : (44-20) 78334000 –Internet : http://www.palgrave.com ). Collection “Governance and Public Management”. 2018, 255 p., 121,89 € (e-book : 95,19 €). ISBN 978-1-137-54763-7.
Cet ouvrage procède d’un intérêt académique pour une idée partagée par ses deux auteurs : celle que « les gouvernements de l’Union européenne doivent être plus efficaces dans leur poursuite du développement économique et social » et que, à cette fin, ils ont à « devenir plus stratégiques » dans leur approche, celle-ci devant viser le long terme. C’est à vérifier qu’il en va effectivement ainsi au sein de l’Union que la Pr. Anne Drumaux (co-directrice de la recherche en gestion publique à la Solvay Brussels School en économie et gestion de l’Université libre de Bruxelles) et le chercheur Paul Joyce (Institut des études gouvernementales locales de l’Université de Birmingham) se sont consacré à travers une analyse qualitative détaillée des actions menées par les gouvernements des Etats membres dans le contexte de la Stratégie EUROPE 2020 qui a fait suite à la Stratégie de Lisbonne. Le résultat de leurs recherches approfondies et scientifiquement étayées est une impitoyable justification des doutes que de nombreux observateurs nourrissaient à leur propos...
La démarche des auteurs se caractérise par un recours à la science de la gestion publique qui les voit notamment utiliser des outils et instruments pour comprendre les textes stratégiques comme des « récits » donnant un sens à la pratique de la gouvernance publique. Ils ont également appréhendé la mise en œuvre de la Stratégie EUROPE 2020 à la lumière de documents du Conseil européen et de la Commission, mais aussi des plans nationaux de réforme des Etats membres et même de documents stratégiques internes de directions générales de la Commission. Enfin, ils ont eu recours à un logiciel appelé Alceste qui leur a permis d’offrir une analyse lexicométrique des documents stratégiques. Ainsi ‘armés’ scientifiquement, ils ont voulu vérifier qu’un nouveau type de gouvernance publique se mettait en place au niveau de l’Union et de ses Etats membres, cette gouvernance nouvelle s’organisant à travers des « Etats stratégiques » et délivrant de meilleurs résultats, que ceux-ci soient économiques, environnementaux ou relatifs à la qualité de vie des citoyens. De la sorte, ils s’emploient à voir si la gouvernance économique a été, au sein de l’Union, cohérente et intégrée, leur but étant aussi de jauger la crédibilité des différents acteurs de la gouvernance européenne.
Au fil de leur huit chapitres, Anne Drumaux et Paul Joyce font méthodiquement apparaître qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Ainsi que le président Juncker l’avait lui-même relevé au Parlement européen en 2016, la gouvernance – économique, mais pas seulement... – de l’Union européenne laisse largement à désirer, tant est patent, indiquait-il, le manque de « terrain d’entente » et de coopération entre les Etats membres, l’étude confirmant que le Luxembourgeois n’avait pas tort de laisser entendre que « l’unité derrière un objectif stratégique était largement absente ». Pourquoi en est-il ainsi ? Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union se retrouvent au banc des accusés : « Il semble probable que plus les membres du Conseil européen se définissaient comme les champions des intérêts nationaux de leur pays, plus il leur était difficile d’agir au sein du Conseil en tant que leaders stratégiques, que ce soit pour la Stratégie de Lisbonne ou la Stratégie EUROPE 2020 ». La Commission a bien tenté de plaider en faveur d’une perspective pleinement européenne, mais c’est la « fragmentation stratégique » qui a finalement prévalu, tant il est vrai que « la diversité » découlant du fait que chaque pays membre a son propre agenda et ses priorités ne pouvait que « rendre la possibilité d’une stratégie pour l’ensemble de l’Union européenne impraticable ». Il va de soi que les enseignements à tirer de cette étude qualitative détaillée sont trop nombreux que pour être valablement résumés dans une recension. C’est pourquoi la lecture de ce livre se révélera précieuse, indispensable même, pour ceux qui, à Bruxelles ou dans les enceintes gouvernementales, ont réellement à cœur de mettre en œuvre une stratégie à long terme qui ne soit pas le jouet d’appétits nationaux à courte vue mais qui serve bel et bien les intérêts bien compris des citoyens européens. Il importe donc notamment que la gouvernance économique soit à l’avenir assumée politiquement et non plus subie comme un joug technocratique, et qu’elle entre également en résonance tant avec les attentes que les objections des citoyens. Il faut en somme, même si les auteurs gardent le silence à ce propos, qu’elle soit assortie d’objectifs contraignants, faute de quoi elle restera très longtemps encore prisonnière des intérêts et égoïsmes nationaux, donc un fantasme plus qu’un projet.
Michel Theys
*** VASSILIS LIOSSIS : Les problèmes tactiques et stratégiques. La relation dialectique entre patriotisme et classe sociale, national et international, attaque et défense, réforme et révolution. Editions Kapsimi (55-57 rue Zoodochou Pigis, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3813838 – fax : 3839713 – Courriel : info@kapsimi.gr – Internet : http://www.kapsimi.gr ). 2017, 298 p., 13,50 €. ISBN 978-618-5156-31-2.
Mathématicien et éditorialiste dans plusieurs journaux grecs, Vassilis Liossis argue dans cet ouvrage que la Grèce est depuis des années dépendante de l'Union européenne, du Fonds monétaire européen et de l'oligarchie domestique. Le résultat en est aujourd’hui un intolérable broyage des couches populaires. Depuis le premier mémorandum et l’accord de prêt octroyé par les partenaires européens, les travailleurs seraient soumis à la torture, ce qui n’est pas près de prendre fin puisque l’actuel gouvernement de coalition entre Syriza et Anel a systématiquement poursuivi la politique des gouvernements précédents. C’est que, avance l’auteur, le capitalisme mondial a décidé depuis le début de la crise mondiale de 2008 de résoudre ses contradictions internes. Dès lors, de nouvelles alliances émergent, une certaine forme de protectionnisme regagne du terrain, les contradictions intra-impérialistes et intra-capitalistes éclatent au grand jour et des guerres en découlent. Dans cette phase particulière de l’histoire, certaines forces sociales et politiques se rendent compte du besoin de résistance et qu’il est nécessaire de réfléchir à la mise au point, en commun, d’une autre structure sociale, ainsi que de coordonner leurs démarches afin de lui donner vie. Ce qui nécessite aussi, souligne aussi l’auteur, qu’ils se dotent entre autres, au préalable, de notions de tactique et de stratégie, et qu’ils revisitent quelques expériences historiques afin d’en tirer les enseignements. (AKa)
*** CELINE SCHOEN : L’Europe des citoyens. « Une nouvelle feuille de route politique pour l’Europe ». Le Cherche-Midi (23 rue du Cherche-Midi, F-75006 Paris. Tél. : (41-32) 42227120 – fax : 45440838 – Courriel : infos@cherche-midi.com – Internet : http://www.cherche-midi.com ). Collection « Documents ». 2017, 142 p., 14 €. ISBN 978-27491-5506-7.
Ce livre (qui a trop longtemps trainé sur les rayonnages de la Bibliothèque européenne mais reste de parfaite actualité puisqu’il porte sur l’avenir – toujours indécis – de l’Union européenne) est né à l’initiative d’une organisation non gouvernementale française, L’Europe des citoyens, qui s’est donné pour belle ambition de rapprocher les citoyens de l’idée européenne. A cette fin, elle a notamment confié à la journaliste Céline Schoen le soin de recueillir la substantifique moelle d’échanges organisés entre quatre députés européens de nationalité française en marge de quatre sessions du Parlement européen, de septembre à novembre 2016. Les regards que portent Nathalie Griesbeck (groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), Françoise Grossetête (vice-présidente du groupe du Parti populaire européen), Michèle Rivasi (groupe des Verts/Alliance libre européenne) et Edouard Martin sur les crises qu’endure l’Europe et sur la manière de les surmonter sont évidemment l’expression de sensibilités politiques différentes, mais ils convergent pourtant sur l’essentiel : la volonté de faire d’une Union renouvelée la matrice des solutions à venir plutôt que le bouc émissaire des problèmes du moment. Les dix propositions concrètes qui sont formulées témoignent de leur engagement en ce sens, leur plaidoyer en faveur d’une Europe plus efficace et réconciliée avec ses citoyens (avec aussi un rôle plus important reconnu au Parlement européen...) étant malheureusement terni dans ces pages par quelques imprécisions très franco-françaises, par exemple celle selon laquelle « les premières réticences à la création d’une union politique remontent aux débuts de l’union économique », ce qui revient à jeter un voile bien trop pudique sur le rejet par l’Assemblée nationale française, en 1954, de la Communauté européenne de défense et de la Communauté politique européenne qui devait la compléter. (MT)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. The Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax : (+39-011) 4732843 – Courriel : info@federalist-debate.org – Internet : http://www.federalist-debate.org ). 2017, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel : 15 € / Internet : 8 €.
Des idées importantes sont avancées dans ce numéro d’une revue fédéraliste incontournable. On en trouve tout d’abord dans l’éditorial que Lucio Levi consacre à la manière dont l’Union européenne devrait se comporter pour bien défendre les valeurs de la démocratie. Celles-ci, explique-t-il, sont menacées par des Etats désormais incapables de trouver la parade à « la contradiction fondamentale de notre temps », à savoir le fossé qui existe entre « l’économie, devenue mondiale, et la politique, qui reste nationale ». Du coup, observe très lucidement le rédacteur en chef de la revue, les objectifs du bien public et de l’intérêt général se retrouvent « sacrifiés aux intérêts privés », ce qui fait courir le risque que « la démocratie devienne une coquille vide ». D’où la nécessité impérative, à ses yeux, que l’Union, désormais « la seule qui continue à défendre les valeurs occidentales », agisse afin que les organisations internationales – Organisation des nations unies, Organisation mondiale du commerce, Banque mondiale, Fonds monétaire international – soient renforcées et, surtout, « soumises au contrôle démocratique », faute de quoi la mondialisation détruira la démocratie... D’où l’invitation de Levi que la zone euro soit dotée d’un siège unique au Fonds monétaire et que la France ‘européanise ‘ le siège dont elle dispose au Conseil de sécurité. A noter aussi tout particulièrement, dans ce numéro, les idées formulées par le Pr. Mario Telò quant à la bonne manière de mettre en œuvre l’indispensable différenciation requise pour relancer la dynamique de l’intégration européenne, tant il est vrai aux yeux du politologue que, « dans le contexte actuel, le statu quo serait un suicide, une réduction supplémentaire de l’efficacité et de la légitimité de l’UE ». Tandis que le fédéraliste espagnol Domènec Ruiz Devesa envisage quelle pourrait être la bonne manière d’avancer sur la voie d’une Union toujours plus étroite, l’économiste Bernard Barthalay offre, pour sa part, une interprétation très éclairante de ce que « la marque Macron » pourrait impliquer pour l’Europe, maintenant que les Français, en votant pour lui, ont admis que le « non » au Traité constitutionnel n’était pas un ‘non’ à l’Europe, mais bien l’appel à une autre Europe, moins prisonnière par exemple des obsessions austéritaires de M. Schäuble et des postures égoïstes de l’Allemagne. (MT)
*** CLAUDIA LESKIEN : Operation Welcome. How Strasbourg Remained a Seat of European Institutions, 1949-1979. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (41 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : brussels@peterlang.com et order@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Multiple Europes », n° 55. 2016, 330 p., 48 €, 38 £, 62,95 $. ISBN 978-2-87574-316-9.
Prolongeant une thèse de doctorat en études européennes soutenue à l’Université d’Aarhus, ce livre est une mise en lumière des artisans de l’ombre qui ont permis à Strasbourg de s’affirmer comme une capitale européenne. Plutôt que de s’intéresser aux décisions intergouvernementales ayant désigné ces capitales, Claudia Leskien se focalise sur l’action des travailleurs locaux qui ont œuvré afin de consolider le rôle ainsi dévolu à la métropole alsacienne depuis que s’y soit installé, en 1949, le Conseil de l’Europe, bientôt suivi par les sessions de l’Assemblée parlementaire de la Communauté européenne du charbon et de l’acier dès 1952 et par celles du Parlement européen élu au suffrage universel direct depuis 1979. Il n’est pas question, dans ces pages, des tractations qui ont conduit à ces attributions, mais bien – ce qui est nettement plus original – d’identifier les acteurs locaux qui se sont engagés dans la consolidation de la vocation européenne de cette ville proche de l’Allemagne et de mettre à jour les activités et stratégies qu’ils ont développées à cette fin. La plongée de l’auteure dans les archives de la ville et de la région du Bas-Rhin lui permet de discerner et d’analyser minutieusement trois aspects majeurs de cet ‘investissement européen’, à savoir les mesures prises pour accueillir au mieux les parlementaires européens au cours des sessions, l’optimisation du réseau de transport et la construction d’infrastructures. Cette étude a aussi permis de confirmer que Pierre Pflimlin, maire de Strasbourg de 1959 à 1983 avant de devenir le président du Parlement européen de 1984 à 1987, a bel et bien été un acteur majeur pour consolider la vocation européenne pérenne, mais l’auteure montre bien par son travail qu’il n’a pas été le seul à s’activer pour défendre et crédibiliser la cause de Strasbourg. (PBo)
*** STEPHANOS ANAGNOSTOU : Le cauchemar de la faillite et le gouvernement de George Papandreou (2009-2011). Editions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3661200 – fax : 3617791 – Courriel : webmaster@livanis.gr – Internet : http://www.livanis.gr ). 2017, 416 p., 16,50 €. ISBN 978-960-14-3158-1.
Avec ce livre, le journaliste Stephanos Anagnostou, rédacteur en chef de plusieurs quotidiens économiques grecs, s’emploie à montrer ce qu’a été l’évolution de l’économie en Grèce entre les élections législatives du 4 octobre 2009 qui ont donné la victoire au Pasok de George Papandreou jusqu’au moment où celui-ci a démissionné de son poste de Premier ministre en novembre 2011. L’ouvrage est bâti uniquement sur des données réelles, qu’il s’agisse de documents officiels, de lettres, de communiqués ou de déclarations des protagonistes de cette période, tous étant référencés chronologiquement. L’auteur explique avoir voulu ainsi permettre à ses lecteurs de comprendre pourquoi et comment le pays a été quasiment conduit à la faillite, de manière à ce qu’ils puissent à l’avenir juger les promesses électorales qui leur seront faites par de nouveaux candidats au pouvoir. (AKa)