La commissaire européenne chargée du Marché intérieur et de l’Industrie, Elżbieta Bieńkowska, a fait plusieurs déclarations, notamment pour les programmes spatiaux européens que sont Galileo et Copernicus, en annonçant un « service augmenté » avant 2020 pour le premier et un service pour faciliter l’accès aux données pour le second, à l’occasion de la 10e conférence annuelle de la politique spatiale européenne, mardi 23 janvier.
Ainsi, Mme Bieńkowska a dit vouloir renforcer l’exploitation des données produites par le programme d’observation terrestre européen, Copernicus, en facilitant l’accès aux données et a annoncé le lancement, en mai prochain, du ‘Data and Information Access Service’ (DIAS). « C’est une approche révolutionnaire permettant à plusieurs consortiums d’établir des plates-formes sous la houlette de l’industrie afin de rendre plus facile l’accès aux données de Copernicus », a déclaré la commissaire devant une salle bondée.
Concernant le programme de géolocalisation européen, Galileo, qui est censé concurrencer le GPS américain, la commissaire a indiqué vouloir lancer un « service augmenté » (‘enhanced service’) du programme en Europe pour fournir un signal de très haute précision, et ce, avant que le programme soit entièrement opérationnel en 2020. La commissaire a fait savoir que les services de recherche et de sauvetage profiteront de ce service augmenté qui devrait tenir informés les usagers ayant recours à ces services des progrès de l’opération de sauvetage.
La commissaire Bieńkowska a fait savoir à ce titre que le problème des horloges atomiques du programme Galileo a été réglé, mettant un terme aux inquiétudes successives à l’annonce, début 2017, de pannes inexpliquées de certaines horloges atomiques du programme spatial européen peu après le lancement des services initiaux (EUROPE 11706, 11722).
La sécurité et la défense. Mme Bieńkowska a une nouvelle fois clairement plaidé pour un volet 'sécurité/défense' de la politique spatiale, considérant que l’espace est un « élément moteur » (‘enabler’) dans ces domaines ; elle a insisté en ce sens pour que le secteur sollicite le Fonds européen de la défense. Ainsi, la commissaire veut avancer sur le programme de surveillance de l’espace et de suivi des objets en orbite (‘space surveillance and tracking’) et le programme de communication satellitaire gouvernementale (‘GovSatCom’).
Doubler le budget pour l'espace. Lors d’une conférence de presse, le vice-président chargé de l’Union de l’énergie, Maroš Šefčovič, n’a pas caché ses ambitions pour le prochain cadre financier pluriannuel et a dit vouloir « doubler » le budget européen consacré à la politique spatiale, qui est actuellement de 12 milliards d’euros sur la période 2014–2020. Un budget qui serait encore supérieur à celui de 20 milliards d'euros qu'ambitionne l’industrie (EUROPE 11882). Mme Bienkowska, de son côté, souhaite que le prochain budget soit à la hauteur des ambitions et permette la continuité des programmes actuels ainsi que leur évolution pour couvrir de nouveaux champs d’activité, notamment dans le suivi du changement climatique (en lien avec la COP 21) ainsi que dans la sécurité et la défense.
Le rôle du secteur privé renforcé à l’avenir. L’émergence du secteur privé outre-Atlantique dans le domaine spatial marque de son empreinte la stratégie de la Commission européenne. Partant, la commissaire a plaidé pour une adaptation du secteur spatial en Europe à « cette nouvelle réalité ». À ses yeux, les secteurs public et privé doivent travailler main dans la main. L'InnoFin Space Equity Pilot (ISEP), le dispositif de financement européen pour l’innovation à destination des entreprises, doit être étendu, selon elle. La commissaire veut en outre étendre les initiatives technologiques conjointes avec l’industrie dans le domaine sur le modèle de l’initiative-pilote lancée avec le Parlement européen (EUROPE 11911).
Appel pour la préférence aux lanceurs européens. En lien avec les conclusions du Conseil 'Compétitivité' qui entérinent la préférence aux lanceurs européens (EUROPE 11918), Mme Bieńkowska s’est dite favorable au développement et à la mise au point d’une stratégie pour soutenir les lanceurs européens, car « il n’y a pas de politique spatiale sans un accès autonome à l’espace », a-t-elle martelé. De son point de vue, il est nécessaire d’avoir une action « concertée » entre l’Union européenne, l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’industrie. Et de préciser que la Commission européenne compte jouer son rôle en agrégeant ses commandes de lanceurs pour les programmes spatiaux européens et s’apprête à « formaliser » cette approche, une démarche que la commissaire souhaiterait voir adopter par les États membres.
Lancement d’un prix pour promouvoir les lanceurs 'low-cost'. Face aux avancées fulgurantes du secteur privé et des technologies de lanceurs réutilisables outre-Atlantique, la commissaire a annoncé l’ouverture d’un 'Prix Horizon 2020 du Conseil européen de l’innovation' (‘European Innovation Council Horizon 2020 prize’) pour soutenir le développement de lanceurs à bas coût. Une initiative qui n’est pas suffisante, de l’aveu de Mme Bieńkowska, qui a appelé à une intensification forte de la coopération entre l’UE, l’ESA et les États membres dans le domaine. (Pascal Hansens)