La Cour des comptes européenne est d'avis que les réformes mises en place dans le cadre des trois plans de sauvetage grecs ont eu des effets limités, dans un rapport sur l’intervention de la Commission européenne dans la crise financière grecque qu'elle a publié jeudi 16 novembre.
L’analyse de la Cour des comptes a porté tant sur la manière dont les trois plans de sauvetage ont été élaborés en 2010, 2012 et 2015, pour des montants respectifs de 110 milliards, 172,6 milliards et 86 milliards d'euros, que sur les résultats en termes de réformes et de maîtrise des finances publiques auxquels sont parvenus Athènes et ses créanciers en sept ans (EUROPE 10116).
Si les services de la Commission européenne ont été auditionnés pour la rédaction de ce rapport, la Banque centrale européenne (BCE) n’a néanmoins pas collaboré pleinement avec la Cour des comptes et cette dernière n’a, de fait, pas fourni d'informations sur le rôle de la BCE dans la mise en œuvre des différents programmes.
Se refusant à toute évaluation politique, les auditeurs notent que, lors de l’élaboration et la conduite du premier plan d'aide, la Commission n’avait pas d’expérience en la matière et que les conditions et termes des deux premiers plans d’aide manquaient de précision. La Cour estime, en outre, que les mesures n’avaient pas été priorisées et qu’il manquait une stratégie claire pour la Grèce. Les projections économiques n’étaient, par ailleurs, pas suffisamment documentées.
Les auditeurs considèrent néanmoins que, sans pour autant être parfaite, l’élaboration du troisième programme qui a été initié mi-2015 était plus documentée et a permis de fixer des objectifs plus clairs.
Impact limité sur les réformes. S’attachant également aux réformes entreprises par Athènes ces dernières années, la Cour des comptes reste mitigée sur celles-ci, tout spécialement dans quatre secteurs : la fiscalité, l’administration publique, le marché du travail et le secteur financier. Les mesures mises en œuvre ont ainsi, d’après elle, eu des effets structurels limités ou ont été trop coûteuses pour l’économie grecque. De manière plus générale, les auditeurs sont d’avis que, dans tous les secteurs, plusieurs réformes-clefs ont connu d’importants retards ou n’ont pas été aussi efficaces que ce qui était attendu.
À l’heure où la rédaction de ce rapport était achevée, la Cour estimait qu’Athènes « n’était pas en mesure de se financer sur les marchés financiers », d'après Baudilio Tomé Muguruza, responsable du rapport. Entre temps, la Grèce a émis des titres obligataires à 5 ans le 25 juillet dernier, mais elle ne l'a pas encore fait pour des titres à 10 ans (EUROPE 11836). Son objectif est de finaliser mi-2018 le 3ème plan de sauvetage en s'émancipant de toute tutelle financière (EUROPE 11870).
Afin d'aider la Commission dans l’élaboration et la conduite de potentiels futurs programmes, la Cour des comptes lui recommande d’améliorer les procédures d’élaboration de plans d’aide, de mieux prioriser les mesures pour corriger les déséquilibres les plus importants, de mieux documenter les projections économiques ou encore d’analyser le soutien nécessaire à un pays une fois un programme clôturé. (Lucas Tripoteau)