Avec les élections européennes du printemps 2019 en ligne de mire, les leaders européens ont accepté, vendredi 20 octobre, de plancher sur une réforme en profondeur du projet européen - notamment l'approfondissement de la zone euro, les perspectives financières post-2020 et la composition du Parlement - et de s'impliquer davantage pour débloquer des dossiers épineux actuellement dans l'impasse, tels que la réforme du système d'asile.
Intitulé l'Agenda des leaders (EUROPE 11886), ce programme de travail s'appuie sur la réflexion entamée après le référendum britannique de juin 2016, reflète l'appel à l'unité formulé lors des célébrations du soixantième anniversaire du traité de Rome en mars et se nourrit de récents discours sur l'avenir de l'UE du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, au Parlement européen et du président français, Emmanuel Macron, à l'Université de la Sorbonne.
« Je suis heureux d'avoir reçu un soutien univoque de tous les leaders de l'UE pour aller de l'avant avec ce plan d'action », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk. Il a évoqué « une nouvelle méthode de travail », « plus directe » et « plus informelle », afin que les leaders européens confrontent leurs opinions divergentes dans un état d'esprit constructif et « respectueux ». Et cette méthode peut être testée parce que les dirigeants de l'UE sont d'avis que l'Europe a surmonté sa période de crise existentielle, connue lors de la crise de la zone euro en 2012 ou de l'arrivée massive de migrants en Europe en 2015.
M. Tusk s'est affiché en tant que garant de l'unité. « Aucun des leaders aujourd'hui n'a remis en cause le fait que nous devons travailler unis, main dans la main, avec tous les États membres à bord », a-t-il noté. Le Premier ministre croate, Andrej Plenković, l'aurait même intronisé 'gardien de l'unité des Vingt-huit', en comparaison avec la Commission qui est la gardienne des traités.
Toute la difficulté du processus sera de trancher des dossiers controversés afin de montrer que l'Europe s'intègre davantage, règle les problèmes concrets des citoyens, sans laisser de côté les États membres les moins ambitieux.
À ses côtés, M. Juncker a assuré que la feuille de route agréée faisait écho aux préoccupations de la Commission, institution pourtant peu encline à ce que l'avenir de l'Europe appartienne uniquement aux États membres. Nous sommes d'accord pour que la feuille de route repose sur « la méthode communautaire », a indiqué le Taoiseach irlandais Leo Varadkar, pour qui, l'avenir de l'UE est « aussi important que le Brexit ».
M. Macron s'est réjoui de la volonté réaffirmée par le Conseil européen d’aller de l’avant en se dotant d'un agenda qui repose sur le triptyque : « souveraineté, unité, démocratie ». Selon lui, « il ne faut pas nécessairement tomber d’accord sur tout, mais avancer et laisser la porte ouverte ». Si on avance sur la migration, la défense, l'énergie et l'environnement, le numérique, le voisinage et le développement, l'Union économique et monétaire, on aura un budget commun, a-t-il affirmé.
Sur la réforme de l'asile qui doit être réglée d'ici à l'été 2018, un accord définitif ne sera pourtant pas aisé. Pour M. Tusk, l'imposition de quotas obligatoires pour relocaliser des demandeurs d'asile n'est pas la solution, notamment parce que les Européens sont convaincus de la capacité de l'UE à tarir le flux de migrants. Or, l'Italie applaudit des deux mains la position des députés européens qui introduit un mécanisme obligatoire de relocalisation (EUROPE 11887).
Prochaine étape : le sommet informel de Göteborg du 17 novembre. « Je voudrais que, lors de ce sommet, on se mette d’accord sur l’agenda social de l’Europe, sur le pilier social, sur les droits minimaux en matière sociale ».
L'autre échéance importante pour 2017 est le sommet de la zone euro qui aura lieu mi-décembre. Début décembre, la Commission aura fait des propositions spécifiques, notamment : la transformation du Mécanisme européen de stabilité en Fonds monétaire européen, une proposition de fonction de stabilisation pour les pays de la zone euro, une proposition d'instrument de préadhésion à la monnaie unique pour les pays désireux de rejoindre les Dix-neuf. L'objectif pour les Européens sera de lancer les discussions, en attendant que le gouvernement allemand soit formé, afin que des décisions soient prises à l'été 2018.
Voir la proposition d'Agenda des leaders européens à l'adresse : http://bit.ly/2zj9QTL . (Mathieu Bion avec la rédaction)