Les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de l'UE ont demandé, jeudi 19 octobre à la Commission européenne, de réfléchir à une réduction et/ou une réorientation des fonds de préadhésion à destination de la Turquie, en raison de la situation des droits de l’homme dans le pays.
« Nous nous sommes mis d’accord sur une demande de réfléchir et de faire des propositions sur la réorientation des aides, éventuellement sur leur correction vers le bas », a annoncé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à l’issue du Conseil européen. Ces propositions viendront « bientôt, très bientôt », « dans les prochaines semaines », selon une source européenne.
« Nous ne devons pas oublier qu’avec l'aide de l'adhésion nous voulions rapprocher la Turquie des normes européennes. Cela n'a clairement pas été réalisé et, à cet égard, il est temps de réfléchir au concept (des fonds de préadhésion), sachant que la Turquie continuera à être un partenaire très important pour l'Europe », a expliqué le chancelier autrichien, Christian Kern. Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a plaidé pour que les fonds actuellement donnés au gouvernement turc soient plutôt alloués à des organisations de défense des droits de l’homme. Selon M. Juncker, un tiers des fonds de préadhésion sont déjà à destination de la société civile ou d’organisation de défense des droits de l’homme. « On va probablement amplifier le mouvement », a-t-il expliqué, tout en précisant qu’il n’était pas possible de rediriger les fonds de préadhésion vers l’aide aux réfugiés syriens présents en Turquie.
Le budget prévu pour les fonds pour la Turquie sur la période 2014-2020 s’élève à 4,4 milliards d’euros, mais, à l’heure actuelle, seulement 368 millions d’euros ont été alloués. Pour une source européenne, la décision des dirigeants équivaut à « adresser un message aux Turcs », expliquant que c’était la première fois qu’une telle décision était prise.
Selon un diplomate européen, la discussion sur la Turquie a duré plus de 2h30 dans une atmosphère « négative ». « Un scepticisme concernant l’adhésion de la Turquie à l’UE était patent et manifeste », a reconnu le président du Conseil européen, Donald Tusk, ajoutant que l’UE voulait « garder la porte ouverte vis-à-vis d'Ankara, mais que la réalité actuelle en Turquie rendait cela difficile ». Pour l’Italien Paolo Gentiloni, la réflexion sur les fonds de préadhésion « ne constitue pas une annonce de rupture » des relations. « Nous sommes convenus de la nécessité d'éviter une rupture et d'entretenir un dialogue très ferme et très exigeant avec la Turquie », a précisé le président français, Emmanuel Macron. La chancelière allemande, Angela Merkel, à l’origine de la discussion, a estimé que la prochaine étape consisterait à prendre contact avec les Turcs.
Selon le diplomate européen, la discussion a également porté sur une possible rupture des relations avec la Turquie, décidée par l’une ou l’autre partie. Rappelant que la Commission présenterait son traditionnel rapport sur l’élargissement au printemps 2018, ce diplomate a estimé que les relations pourraient évoluer, négativement, après ce rapport et qu’il fallait penser à des alternatives « au cas où ». (Camille-Cerise Gessant, avec la rédaction)