Le Parlement européen a présenté, lundi 2 octobre, les six nominés pour le Prix Sakharov pour les droits de l’homme 2017, lors d’une réunion conjointe des commissions 'affaires étrangères', 'développement' et de la sous-commission 'droits de l’homme' (EUROPE 11863).
Anna Elżbieta Fotyga a ainsi défendu la candidature de la Pakistanaise Asia Bibi, proposée par son groupe, le CRE. Asia Bibi est la première femme au monde à avoir été condamnée à mort selon la loi pakistanaise sur le blasphème. Condamnée à la peine capitale en première instance, puis en appel, elle attend la décision de la Cour suprême pakistanaise. « Son comportement en prison est plein de dignité. Une dignité propre aux défenseurs des droits de l’homme, même face aux pires circonstances », a expliqué Mme Fotyga.
Le groupe des Verts/ALE a présenté, la Guatemaltèque Aura Lolita Chavez Ixcaquic, qui défend les droits des indigènes et de la terre et qui est menacée de mort pour ses actions. « Il est vital de protéger ceux qui se battent pour défendre la planète », a expliqué Molly Scott Cato ajoutant que défendre la planète c’est « défendre la vie ». « Voter pour Lolita, c’est voter pour la vie », a-t-elle ajouté. Florent Marcellesi a appelé à « donner pour la première fois le Prix à une femme qui défend l’environnement et le droit des indigènes ».
Au nom du groupe GUE/NGL, Marie-Christine Vergiat a défendu la candidature des coprésidents du HDP kurde, Selahattin Demirta et Figen Yüksekda, emprisonnés en Turquie. « Pour nous, ils sont le symbole de la répression qui sévit en Turquie; Figen et Selahattin sont des parlementaires et le sort fait aux parlementaires doit nous tenir particulièrement à coeur, d’autant plus quand il s'agit de défenseurs des droits de l’homme, comme Selahattin Demirta, et des droits des femmes, comme Figen Yüksekda », a-t-elle justifié.
L’opposition démocratique au Venezuela a été proposée à la fois par le PPE et l’ADLE, alors que l’opposition est durement réprimée. Selon José Ignacio Salafranca, pour le PPE, lui donner le Prix Sakharov serait « un prix pour toutes les personnes qui ont perdu leur liberté au nom des valeurs que nous défendons ». Pour Beatriz Becerra Basterrechea, au nom de l’ADLE, le Parlement doit « rendre hommage aux députés emprisonnés, aux centaines de prisonniers politiques, emprisonnées en raison de leur liberté de conscience, aux étudiants qui ont perdu la vie dans les rues vénézuéliennes ». « On doit utiliser le Prix pour défendre ceux qui subissent la tyrannie (du président Nicolas Maduro, NDLR), pour envoyer un signal au monde pour dire que nous ne nous défilons pas », a-t-elle expliqué.
Le groupe S&D, mais aussi Cecilia Wikström et 46 autres députés ont défendu le suédo-érythréen Dawit Isaak, arrêté en Érythrée il y a plus de 16 ans. « Le régime l’a condamné à être un mort vivant, son seul crime est d’avoir exprimé son opinion, de défendre liberté de la presse, ce qui qui est considéré comme une atteinte à la sûreté nationale », a expliqué Elena Valenciano pour le S&D. « Lui donner ce prix c’est redonner sa voix à quelqu’un que l’on a voulu faire taire, mettre la pression internationale sur l’Érythrée », a-t-elle estimé. Rappelant que M. Isaak était un citoyen européen, Mme Wikström a estimé que « chaque jour loin de sa famille était un échec pour UE ». « Personne ne sait s’il est encore en vie. Nous devrions tout faire pour le faire libérer », a-t-elle exhorté.
Enfin, pour le ELDD, Fabio Castaldo a présenté le Burundais Pierre Claver Mbonimpa. « Pierre est un héros qui a combattu toute sa vie et continue de combattre pour son peuple terrifié et qui vit sous l'ombre d’un régime qui tue et torture des milliers de personnes. (…) Sa parole véhicule ce que nous avons de plus précieux, ce que nous risquons de perdre (…) l’humanisme », a-t-il déclaré.
Les députés européens des commissions des affaires étrangères et du développement choisiront les trois finalistes le 10 octobre et la Conférence des Présidents annoncera le ou les lauréats le 26. Le Prix Sakharov 2017 sera officiellement remis le 13 décembre à Strasbourg. (Camille-Cerise Gessant)