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Bulletin Quotidien Europe N° 11874
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1193

*** JACQUES GENEREUX : La déconnomie. Quand l’empire de la bêtise surpasse celui de l’argent. Editions du Seuil (25 bld. Romain-Rolland, F-75993 Paris Cedex 14. Internet : http://www.seuil.com ). 2016, 410 p., 19,50 €. ISBN 978-2-02-124119-8.

Professeur à Sciences Po où il enseigne l’économie depuis plus de trente-cinq ans, Jacques Généreux dédie ce livre à la mémoire de Bernard Maris « qui œuvra tant pour une meilleure intelligence de l’économie », notamment en étant la conscience économique du journal Charlie Hebdo où il perdit la vie lors de l’attentat islamiste du 7 janvier 2015. Voilà qui explique sans doute le caractère percutant des titre et sous-titre donnés à cet ouvrage qui est aussi la preuve éclatante de l’appartenance de son auteur au club des Economistes atterrés. Le ton est donné sans équivoque dès le premier paragraphe : « Comme dans les années 1930, le capitalisme dérégulé, la spéculation financière et des politiques imbéciles ont conduit le monde vers une catastrophe économique que des gouvernements bornés s’acharnent à transformer en désastre politique », tant il est vrai que prospèrent à nouveau « chômage, pauvreté, nationalisme, xénophobie et dégoût de la politique ». On l’aura compris, ce livre a tout d’un pamphlet. A raison, estimeront sans doute beaucoup de ceux qui le liront.

C’est que le Pr. Généreux est diantrement convaincant dans sa dénonciation « des économistes et des politiques dont les cerveaux, farcis à l’idéologie du marché efficient, se trouvaient bien désarmés pour affronter la déficience générale du marché » observée à partir de 2008. Depuis, accuse-t-il, le monde est gouverné « par des aveugles » qui, empêtrés dans un « fatras d’âneries économiques », continuent plus que jamais à créer « les conditions d’une prochaine catastrophe financière, sans doute plus dramatique encore que la précédente ». Dans un premier temps, il s’emploie à expliciter ce qu’est « la déconnomie de marché », à savoir « un système calamiteux que la cupidité de quelques-uns et, plus encore, la faiblesse ou l’ignorance de tous les autres nous interdisent de réformer ». Il s’attaque ensuite à l’absurdité du « capitalisme financiarisé » ou « actionnarial » qui, dominant depuis les années 80, ne profite qu’aux « 10% les plus riches » et se révèle même préjudiciable aux « intérêts de la plupart des entrepreneurs ». De la sorte, le capitalisme en arrive ni plus ni moins à saper les bases de sa propre prospérité... Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi les dirigeants politiques n’ont-ils rien fait pour remplacer un régime économique clairement « déconnant » par un autre qui serait à l’avantage du plus grand nombre de citoyens. « Est-ce là l’effet du pouvoir extraordinaire des plus riches, ou de la soumission imbécile de tous les autres ? Empire de l’argent ou empire de la bêtise ? » : ces questions sont au cœur de l’ouvrage.

Dans le cadre de cette Bibliothèque européenne, attardons-nous quelques instants sur la « déconnomie européenne » que Jacques Généreux appréhende comme « la mort programmée de l’Union européenne ». A ses yeux, « l’automutilation de la puissance politique dans la zone euro est proprement hallucinante », tant il est vrai que la zone euro a constitutionnalisé « une doctrine économique erronée ». Il dénonce ainsi tour à tour « la mutilation irrationnelle de la politique budgétaire » (il voit « une sorte de sacrifice expiatoire » dans la volonté de punir ceux qui, comme les Grecs, « s’écartent du dogme de l’équilibre à moyen terme », l’intérêt général des peuples européens n’étant pas pris en compte), celle de la politique monétaire (monnaie, budget, taux de change sont cadenassées dans un cadre rigide qui fait que « les erreurs de politiques économiques y sont obligatoires et, de fait, irréversibles) et, enfin, « la constitutionalisation d’une politique économique conservatrice » qui ne laisse libre cours qu’aux politiques dites « néolibérales » en favorisant le « moins-disant fiscal et social ». Le prix à payer dans la zone euro est que « la démocratie n’est plus qu’une machinerie institutionnelle qui tourne à vide, privée de sa fonction première : le vote des électeurs n’a plus la capacité de déterminer l’orientation des politiques économiques et sociales ». Voilà qui condamnerait inéluctablement « l’Union européenne à l’explosion », tant il est vrai qu’elle ne serait rien d’autre qu’une « machine folle, programmée pour l’autodestruction » car au seul service de l’Allemagne. Souvent, l’auteur force un peu le trait. A-t-il pour autant tout à fait tort ? Certainement pas, par exemple quand il observe que modifier les statuts de la Banque centrale européenne ou le Pacte de stabilité et de croissance impliquerait de négocier un nouveau traité et d’obtenir sa ratification dans tous les Etats membres. Donc, lance-t-il, « c’est comme si, pour changer l’objectif prioritaire de la politique monétaire américaine, il fallait renégocier un traité entre les cinquante Etats de la fédération ! » Pourquoi ce qui serait une aberration pour les uns ne le serait-elle pas pour d’autres ?  Michel Theys

*** THOMAS PIKETTY : Aux urnes citoyens ! Chroniques 2012-2016. Editions Les liens qui libèrent (2 impasse de Conti, F-75006 Paris. Internet : http://www.editionslesliensquiliberent.fr ). 2016, 268 p., 19,50 €. ISBN 979-10-209-0443-0.

Ce livre rassemble des chroniques de l’économiste Thomas Piketty publiées dans Libération de janvier 2012 à octobre 2015, puis dans Le Monde de novembre 2015 à juillet de l’année dernière. Beaucoup de ces textes concernent l’Union européenne et, en particulier, la zone euro et ses errements. Conseiller économique du candidat socialiste Benoît Hamon lors de la récente campagne présidentielle française, celui qui enseigne à l’Ecole d’économie de Paris et est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales s’y révèle critique de la pensée orthodoxe selon laquelle il existerait une seule « loi économique » valable à toutes les époques. Il n’en est rien, assure-t-il en observant la question de la dette publique, certains ayant réussi à faire croire ces dernières années que les Grecs et autres Européens du Sud n’avaient « d’autre choix que de repayer d’énormes excédents budgétaires pendant des décennies » alors même que l’Europe s’était « bâtie dans les années 1950 sur l’annulation des dettes du passé, en particulier au bénéfice de l’Allemagne et de la France », ce qui avait alors « permis d’investir dans la croissance et dans l’avenir ». Il se positionne en défenseur de la construction européenne pour autant qu’on permette à celle-ci de se démocratiser. Il s’en prend avec virulence et opiniâtreté au Conseil européen et aux ministres des Finances qui, s’étant arrogés le pouvoir, « constituent une machine à dresser les intérêts nationaux les uns contre les autres ».

Si bon nombre de ses critiques sont fondées et même carrément pertinentes, certaines des solutions qu’il esquisse en vue de développer des espaces de délibération démocratiques laissent par contre circonspect, par exemple quand il prône « la création d’une véritable Chambre parlementaire de la zone euro composée de membres des Parlements nationaux, au prorata des populations et des groupes politiques ». Par contre, nul doute qu’il soit dans le vrai lorsqu’il rappelle que « ce sont les institutions collectives que l’on se donne – institutions politiques, règles électorales, systèmes sociaux et fiscaux, infrastructures publiques et éducatives – qui permette à la solidarité d’exister ou de disparaître ». Avec ses mots, le président Juncker n’a rien voulu dire d’autre dans son discours sur l’état de l’Union européenne. Sans doute sera-t-il aussi inaudible que Thomas Piketty pour beaucoup de dirigeants des Etats membres...   (MT)

*** PANOS KAZAKOS, PANAGIOTIS LIARGOVAS, SPIROS REPOUSSIS : La dette publique de la Grèce. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 429 p., 25 €. ISBN 978-960-02-3275-2.

Dans cet ouvrage, Panos Kazakos (professeur émérite de l'Université d'Athènes.et directeur de recherche au Centre hellénique d'études européennes), Panagiotis Liargovas (professeur associé à l'Université du Péloponnèse) et l’économiste Spiros Repoussis, spécialiste du secteur bancaire et de la fraude financière, examinent la dette de la Grèce depuis l’indépendance du pays en 1821 jusqu’à nos jours. Cette chronique donne très vite l'impression que les dirigeants politiques grecs ont périodiquement eu tendance à considérer les prêts – et l'aide accordée au pays... – comme un « revenu régulier », les auteurs en cherchant la raison. A quatre reprises, la Grèce s’est trouvée à devoir faire défaut ; après chaque faillite, le pays a été exclu un certain temps par les marchés, ceux-ci faisant chaque fois clairement savoir que le service de la dette était une condition préalable à l'octroi de nouveaux prêts.

Au fil des pages, les auteurs montrent combien les négociations avec les prêteurs ont été répétitives et lentes. Sont passés en revue et analysés les contrôles internationaux, les astuces comptables, les escroqueries diverses d’intermédiaires locaux et étrangers, certains ayant été poursuivis pour mauvaise gestion. Puis, une fois la situation assainie, tout finissait par recommencer, comme avant... Le livre est utilement enrichit par de nombreux tableaux explicatifs et par une vaste bibliographie.  (AKa)

*** TASOS YANNITSIS, STAVROS ZOGRAFAKIS : Les inégalités, la pauvreté, les bouleversements économiques dans les années de crise. Editions Polis (33 Eolou Str., GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 – Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed.gr ). 2016, 288 p., 18 €. ISBN 978-960-435-535-8.

En Grèce, les effets de la crise sont désormais ressentis dans tous les aspects de la vie, ce qui amène certains à vouloir tourner radicalement le dos aux erreurs commises et à « faire quelque chose collectivement » pour repartir du bon pied. En clair, un segment de la société grecque entend se retrousser les manches afin d’améliorer très concrètement les choses, sans verser dans une quelconque utopie. Pour les auteurs de ce livre, ce n’est pas gagné ! Tassos Yannitsis, professeur émérite d'économie (Université d'Athènes) qui fut plusieurs fois ministre, et le Pr. Stavros Zografakis (Université agricole d'Athènes) font valoir que les Grecs se voient comme une société fondée sur des valeurs collectives, à la fois nationales et européennes, mais ils sont dépourvus d’idées précises sur la manière de pouvoir construire un avenir solide, ce qui les amène souvent à bouder les principes clés de la réussite qui, comme la coopération, sont à la base des sociétés prospères. Tout au contraire, expliquent les auteurs, les mesures requises pour bâtir un avenir meilleur leur semblent douloureuses et sont dès lors impopulaires, voir même jugées immorales ou destructrices. Ils analysent ainsi de manière approfondie ce qui, sur les plans économique et politique, traduit une « société fragmentée » manifestant une faible cohésion et un sens de la collégialité défaillant. Dans ce contexte, les démarches s’esquissant en Grèce en vue de créer un partenariat social ne peuvent manquer d’être ardues...   (AKa)

*** GAVRIIL AMITSIS : Sauvegardes emblématiques dues aux initiatives de cohésion sociale au moment des Mémorandums. La stratégie d'inclusion sociale nationale. Editions Papazisi (voir coordonnées supra). 2016, 416 p., 26,50 €. ISBN 978-960-02-3263-9.

Œuvre d’un avocat spécialisé dans le droit social qui enseigne aussi le droit des assurances sociales à l’Université d’Athènes, l’étude présentée dans ce livre vise à mettre en lumière les initiatives phares qui ont été prises par le gouvernement grec lors de la mise en œuvre des deux premiers Mémorandums afin de sauvegarder la cohésion sociale et de veiller à ce qu’un réseau de sécurité sociale puisse continuer à venir en aide aux personnes vulnérables. Ces initiatives ont surtout visé l'inclusion sociale, d’abord avec le Livre vert sur la Stratégie nationale d’intégration sociale (2013), ensuite avec la Stratégie nationale d'intégration sociale (2014). Ces deux textes ont introduit pour la première fois en Grèce des thèmes tels que les actifs de l'État-providence et le modèle opérationnel de l’intégration active, allant au-delà la lutte traditionnelle contre la pauvreté. De la sorte se sont vues dès lors poursuivies trois priorités fondamentales : a) le soutien d’allocations pour assurer un niveau de vie décent aux personnes sans ressources adéquates ; b) la connexion au marché du travail à travers des mesures de promotion de l’emploi ; c) l'amélioration de l'accès au secteur des services. L'auteur montre que ces initiatives stratégiques de la période 2013-2014 n’ont pas été validées par la suite, faute des changements requis afin de parvenir à une révision fondamentale du système grec de sécurité sociale. Les vestiges d’un Etat institutionnellement fragile et la mise en œuvre du troisième plan économique et de politique budgétaire n’y sont pas pour rien. Par conséquent, sept après le lancement des Mécanismes de stabilité, la Grèce reste confrontée à des problèmes structurels majeurs et doit toujours compter avec des lacunes institutionnelles pour mettre en œuvre un réseau d'inclusion active et durable des groupes de population vulnérables. Il en résulte que le développement social et la cohésion sociale restent en danger dans le pays... (AKa)

*** Revue de l’Union européenne. Editions Dalloz (80 av. de la Marne, F-92541 Montrouge cedex. Tél. : (33-820) 800017 – fax : (33-1) 41484792 – Courriel : ventes@dalloz.fr – Internet : http://www.dalloz-revues.fr ). Avril 2017, n° 607, 66 p., 36,76 €. Abonnement annuel : 326,72 € (France), 345,10 € (Union européenne).

L’éditorial de ce numéro d'une revue juridique française est consacré au soixantième anniversaire des traités de Rome, la rédactrice en chef Florence Chaltiel y observant notamment que l’Union européenne « est arrivée, en ce début de XXIe siècle, à la fin d’un cycle, sans qu’un nouveau cycle ne parvienne réellement à être engagé ». Veiller à ce que les citoyens s’approprient l’Union est, dès lors, une piste à suivre afin de sortir de l’impasse. Le numéro contient aussi un dossier consacré à l’outre-mer avec des regards portés sur la fiscalité dérogatoire en faveur des régions ultrapériphériques, la coopération territoriale européenne dans l’océan Indien et, entre Madère, Açores et Canaries, dans l’Atlantique. Pour sa part, un expert dresse le cadre juridique et la structure des organes qui n’ont cessé de fleurir au sein de l’Union depuis le début des années 2000, distinguant et analysant tour à tour les agences de régulation, les agences exécutives et les offices. Deux avocats analysent enfin la jurisprudence de la Cour de justice en matière de marchés publics entre le 1er juillet 2015 et la fin du mois de décembre de l’année dernière.  (MT)

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