Face à la très grande prudence de la Commission européenne au lendemain du vote référendaire sur l'indépendance de la Catalogne, la Catalogne est en train de sonder différentes voies de médiation, dont une hybride, « européenne et non européenne », pour chercher une solution à la crise successive au référendum catalan sur son indépendance, a expliqué le représentant de la communauté autonome auprès des institutions européennes, Amadeu Altafaj i Tardio, à un groupe de journalistes, lundi 2 octobre.
La Commission a en effet réagi sobrement, dans un communiqué lu par son porte-parole, Margaritis Schinas, à la suite du référendum catalan où le « oui » l’a remporté avec une majorité de 90% pour un taux de participation à 42% et qui a été émaillé de violentes répressions policières, causant plus de 800 blessés. Le porte-parole a ainsi appelé à l’instauration d’un dialogue et a déclaré que « la violence » ne pouvait être « un instrument politique », sans être plus spécifique.
Une déclaration que le représentant catalan n’a pas jugée à la hauteur auprès d’un groupe de journalistes, notant qu’aucune mention n’avait été faite à l’égard des plus des 800 victimes catalanes des violences policières. Il a globalement regretté l’attentisme de la Commission. M. Altafaj a expliqué qu’il avait contacté, dimanche 1er octobre à la suite des premières violences policières à l’encontre des citoyens catalans, l’équipe du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour lui demander de lancer un appel pour limiter le recours à la violence. Une demande qui aurait été repoussée, a-t-il déclaré. Par ailleurs, il a expliqué qu’on lui avait confirmé que la Commission n’avait pas changé sa position quant à la tenue du référendum.
À l’instar du président du gouvernement catalan, qui a appelé plus tôt dans la journée à la tenue d’une médiation internationale, M. Altafaj est resté vague quant à la forme que pourrait prendre cette médiation, déclarant qu’une solution « européenne et non européenne » était envisagée, sans en dire plus. Il a laissé dire qu’il y avait peu de chance que la Commission puisse jouer seule ce rôle, car, selon lui, l'institution est dans une position de fragilité. « Une Commission européenne n'est forte que quand les États membres la soutiennent ». Or, il lui parait difficile que la Commission, prise dans la tourmente du ‘Brexit’ et de diverses crises, notamment avec la Pologne, engage une action vers un grand État membre comme l’Espagne.
Par ailleurs, à ses yeux, il y a une solidarité politique, étant donné que Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, appartient à la même famille politique que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. À cet égard, M.Altafaj a souligné que trois grandes fonctions européennes étaient tenues par le parti PPE, que ce soit Antonio Tajani, président du Parlement européen, ou Donald Tusk, président du Conseil européen. Pour M. Altafaj, même si la Commission européenne ne devait pas jouer un rôle de médiation, elle pourrait entreprendre de multiples actions « publiques » et « discrètes ».
Du côté de la Commission, les velléités pour endosser un rôle de médiateur ne sont pas visibles pour l’heure. Ainsi, sur la question de la médiation, M. Schinas a expliqué qu'il revenait à l’Espagne et à la Catalogne de décider des étapes suivantes. « La Commission n’a pas un rôle à jouer à ce stade », a-t-il commenté.
Comme nous l’explique une source institutionnelle, il faut que les deux parties concernées demandent à la Commission de jouer un rôle de médiation, pour que celle-ci puisse le faire.
Signal positif ? Dans l’après-midi, le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, se sont entretenus téléphoniquement. Le contenu de l’échange n’était pas connu à l’heure où ces lignes ont été rédigées, mais, pour le représentant permanent catalan, cela reste « un signal positif ».
Les présidents du Conseil européen et du Parlement européen sont restés frileux. Donald Tusk, président du Conseil européen, a déclaré sobrement ce lundi sur son compte Twitter, après avoir discuté avec le Premier ministre espagnol, qu’il partageait « ses arguments constitutionnels », avant d’appeler à « trouver une voie pour éviter toute escalade et éviter la force ». Quant au président du Parlement européen, Antonio Tajani, il n’a pas pris position.
Les présidents du Comité européen des régions et du Comité économique et social européen dénoncent, quant à eux, les violences. Le président du Comité des régions, Karl-Heinz Lambertz, a déclaré sur la RTBF, lundi 2 octobre, être « extrêmement triste » en raison des images qu’il a vues, avant d’appeler les parties au dialogue. Il a critiqué le silence politique au niveau européen: « Dire: ‘on ne fait pas de commentaire’, ça ne va pas durer très longtemps, si ça continue dans la voie de l'escalation (sic) ». De même, le président du Comité économique et social européen, Georgios Dassis, répondant à EUROPE, a dit « condamner totalement les violences », les jugeant « inacceptables », avant d'appeler, lui aussi, au dialogue. Pour le président du CESE, les Catalans sont en droit de demander une plus grande autonomie, jugeant toutefois qu'un changement de frontière ne constitue pas une solution.
Après des atermoiements, le Parlement européen se saisit finalement de la question
Réuni en session plénière à Strasbourg, le Parlement européen tiendra mercredi 4 octobre en début d'après-midi un débat extraordinaire sur les événements survenus en Catalogne.
Cette décision a été prise lundi à l'ouverture de la session, après que le président du PE, Antonio Tajani, a fait une déclaration spécifique sur les victimes des récents attentats terroristes à Marseille et à Las Vegas, mais n'en a pas faite sur la Catalogne.
Les députés ont d'abord décidé, à main levée, qu'ils allaient débattre mercredi de la question catalane. Ils ont ensuite débattu de l'intitulé même de ce débat. Alors que la coprésidente du groupe des Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller, proposait d'axer les discussions sur la condamnation des violences policières contre des citoyens désireux d'exprimer leur opinion, le groupe PPE, par l'intermédiaire de la Française Françoise Grossetête, a prôné un débat focalisé sur le respect de l'État de droit et des Constitutions nationales.
Les députés ont finalement opté pour un intitulé plus large qui permettra à chacun d'apporter son commentaire personnel sur la question. Ils ont ainsi repris à leur compte la suggestion suivante de Mandred Weber (PPE, allemand), qui s'inspirait d'une proposition initiale du groupe S&D soutenue par les libéraux: 'Constitution, État de droit, droits fondamentaux à la lumière des événements en Catalogne'.
En revanche, le Parlement européen n'adoptera pas de résolution spécifique sur le référendum catalan. Une telle initiative constituerait une ingérence dans les affaires internes d'un État membre, selon la présidente du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabriele Zimmer.
Une chose est sûre, selon M. Altafaj, la Catalogne va déclarer son indépendance dans les jours qui viennent. Selon la loi référendaire, la déclaration d'indépendance de la Catalogne devrait avoir lieu dans les 48 heures à la suite du vote, soit vraisemblablement mercredi. (Pascal Hansens avec Mathieu Bion, Solenn Paulic, Lucas Tripoteau, et Camille-Cerise Gessant)