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Bulletin Quotidien Europe N° 11808
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Climat

Accord de Paris, le PE déplore la décision de retrait de M. Trump et rassure la présidente des Îles Marshall

Le Parlement européen a été quasi-unanime, mercredi 14 juin, à Strasbourg, à regretter et critiquer la décision de retrait de l’Accord de Paris annoncée par Donald Trump et à rassurer les pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique, en réitérant l’engagement de l’UE à mettre en œuvre ce premier accord universel pour lutter contre le changement climatique. Seuls quelques députés d’extrême droite ont jugé hypocrite l’indignation de l’UE face à une décision sans surprise et « légitime » du président américain à l’égard d’un accord dont les objectifs ne sont pas contraignants.

De nombreux députés et l’UE dans son ensemble avaient déjà exprimé leur vive réprobation d’une décision unilatérale préjudiciable à la planète et leur engagement indéfectible envers l’Accord de Paris dès le 1er juin (EUROPE 11801).

Les petits États insulaires comptent sur l'UE. L’intervention devant la plénière de Hilda Heine, la présidente des îles Marshall, menacées d'être englouties si le réchauffement moyen planétaire dépasse 1,5 degré, et son vibrant appel à l’UE, « au nom de la famille Pacifique », pour qu’elle continue à prendre la tête des efforts mondiaux pour la lutte contre le changement climatique, a été entendu. Son appel à ce que l'UE compense la défection du gouvernement américain a été surtout entendu par la gauche, la droite considérant qu'il convient surtout de poursuivre la coopération avec tous les acteurs américains - États fédérés, villes, entreprises -  toujours engagés à mettre en oeuvre l'Accord de Paris, le temps que la décision de retrait soit effective, soit en 2020, selon les dispositions de l'accord conclu par 196 parties le 12 décembre 2015, signé par les États-Unis et ratifié par presque 150 pays. 

« Nous regrettons la décision du gouvernement américain de sortir de l’Accord de Paris, notre détermination à lutter contre le changement climatique mondial n’en sera pas affaiblie. Nous ne manquerons pas l’occasion d’agir dans l’intérêt de la planète, des citoyens, de notre économie », a déclaré le président du Parlement, Antonio Tajani (PPE, italien), à l’ouverture du débat. Et de rappeler, comme l’a fait le commissaire à l’Action pour le climat et à l’Énergie, Miguel Arias Cañete, que la Coalition des pays les plus ambitieux, cette alliance entre pays industrialisés et pays en développement qui avait assuré le succès de la COP 21, se poursuivra.

« Je viens d’un pays dont la beauté est époustouflante, autant que l’est sa vulnérabilité », a déclaré Mme Heine, qui préside un État à mi-chemin entre l’Australie et les États-Unis, composé de plus de 1000 îles dans 29 atolls différents et peuplé de 50 000 habitants dont la survie pourrait être menacée. « Nous croyons, comme l’UE, dans l’approche multilatérale pour résoudre les problèmes mondiaux ; nous sommes tous vulnérables, mais nos îles sont en première ligne. Avec une élévation moyenne de 2 mètres du niveau de la mer, nous n’aurons nulle part où aller », a-t-elle déclaré, martelant l’importance que le monde respecte ses promesses de ne pas dépasser 1,5 degré de réchauffement moyen, « sinon mon pays sera totalement inhabitable avant la fin du siècle. » Cela suppose d'accélérer l'action climatique avant 2020, a-t-elle précisé. Jugeant la décision de l’administration Trump « totalement erronée, décevante et source de confusion », elle a rappelé que « l’Accord de Paris est là pour durer, il offre la souplesse pour la contribution des différents pays ».

« J’aimerais vraiment que les pays européens jouent un rôle au G20, notamment l’Allemagne, pour montrer la voie à suivre », a-t-elle déclaré. En septembre 2018 les îles Marshall présideront le Forum du groupe des 48 pays en développement qui visent 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050. « Si nous pouvons réussir ça, vous le pouvez aussi ! », a-t-elle lancé. Elle a aussi remercié l'UE pour sa « politique climatique ambitieuse » et sa contribution à « 40% de la finance publique » pour le climat, l'invitant à « poursuivre » dans ce sens.

Le Président ivoirien, Alassane Ouattara, lance aussi un appel. S’exprimant plus tard devant la plénière, le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a, lui aussi, jugé « plus urgent que jamais de mettre en œuvre l’Accord de Paris » (voir autre nouvelle). Il a encouragé l’UE à « continuer de faire du climat une priorité », pour contrer les effets du changement climatique et son cortège de sécheresses, de pluies diluviennes, de déplacements forcés. Selon lui, « L’Europe peut montrer la voie, mobiliser l’opinion publique, les financements technologiques » pour tirer parti de « l’opportunité unique » qu’offre la lutte contre le changement climatique en termes de croissance verte.

Au nom de la Présidence maltaise du Conseil de l’UE, Helena Dalli a assuré que le Conseil continue de travailler pour boucler toutes les législations du cadre Climat/Énergie visant une réduction d’au moins 40% des émissions de l’UE à l’horizon 2030 et que le Conseil 'Affaires étrangères' aura, le 19 juin prochain à Luxembourg, une discussion sur le retrait américain de l’Accord de Paris.

« Vous pouvez compter sur la Commission européenne pour conserver l'élan de l'Accord de Paris et pour la mise en œuvre de la législation », a assuré le président de l'institution, Jean-Claude Juncker.

Au nom du PPE, l’Allemand Manfred Weber a déclaré : « Nous n’allons pas suivre l’exemple de l’administration américaine. Le changement climatique c’est une grande chance, si on relève le défi », a-t-il estimé, ajoutant que l’UE oppose au slogan de Donald Trump le slogan « Europe first, pour des solutions communes à des défis communs ».

Au nom du groupe S&D, l’Italien Gianni Pittella a plaidé pour que l’UE « envisage des représailles en réintroduisant des droits de douane ». S’exprimant au nom du groupe CRE, la Britannique Julie Griling a dénoncé de la part du président américain « une vision à court terme, totalement irresponsable, alors que M. Trump reconnait que le changement climatique est réel et que les engagements des États-Unis au titre de l’Accord de Paris sont modestes (une réduction de 28% des émissions à l’horizon 2025 par rapport à 2005), bien en deçà de ceux de l’UE » alors que les émissions américaines par tête d’habitant sont supérieures à la moyenne mondiale.

La Britannique Catherine Berarder (ADLE) a plaidé pour que l’UE soit « dure dans les négociations de Brexit en matière d’environnement », rappelant que, « si le Royaume-Uni quitte l’UE, il doit respecter ses obligations environnementales, comme le doivent les États-Unis ».

La Polonaise Katerina Koncecna (GUE/NGL) a estimé qu'il fallait « plus que jamais être unis » après la décision de Trump « moyenâgeuse », puisque « sur la base de considérations empiriques elle nie des preuves scientifiques » et des phénomènes comme la désertification et les inondations « avec, à la clé, des millions de réfugiés climatiques ».

Ska Keller (Verts/ALE, allemande) a affirmé que « si Trump quitte l’accord de Paris, nous devons compenser le retrait des États-Unis ». » Au nom du groupe ELDD, l'Italienne Rosa D'Amato a rappelé que « l’UE a une responsabilité envers les pays en développement » et qu’il convient aussi pour l'UE de balayer devant sa porte eu égard « au dieselgate et au financement des énergies fossiles par l’EFSI ». (Aminata Niang)

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