Le président de l'Autorité bancaire européenne (ABE), Andrea Enria, a émis, jeudi 1er juin, lors d'une conférence du CIRSF à Lisbonne, des recommandations pour s’attaquer aux créances bancaires douteuses en Europe, qui pénalisent la reprise économique.
Le stock de créances douteuses ('non performing loans' ou NPL), qui s'entendent comme des crédits dont les échéances de remboursement ont dépassé 90 jours, s'élevait à près de 1000 milliards d'euros fin 2016 et était inégalement réparti selon les États membres.
Excluant une solution basée uniquement sur le marché ainsi qu’une solution qui serait exclusivement fondée sur une intervention publique, le président de l’ABE s’est prononcé pour une « stratégie globale et un large éventail d’actions » afin de s’attaquer au problème des NPL. Face à un « problème européen », il faut une « solution véritablement européenne », a-t-il ajouté.
Une de ses propositions phares, déjà annoncée en janvier 2017 (EUROPE 11714), est la création d’une structure européenne de défaisance (‘bad bank’) pour gérer les NPL et éviter toute mutualisation des risques.
Valorisées selon leur valeur économique réelle et non leur valeur de marché, les créances douteuses seraient transférées pour une durée de trois ans à une structure de gestion des actifs ('assets management company' ou 'AMC'). Si, au bout de la période, cette valeur n'était pas atteinte, la banque ayant transféré la créance douteuse devrait supporter la différence entre la valeur économique réelle et le prix de cession final.
Revenant sur les réactions négatives à sa proposition, qui soulignaient notamment son manque de détails, le président de l’ABE a précisé qu’elle avait été conçue comme une « esquisse », permettant de promouvoir le débat sur cette question.
Dans le cas où une « solution véritablement européenne » se révèlerait être trop « ambitieuse », il a émis une alternative qui viserait à établir un plan d’action européen instaurant des structures nationales de défaisance. Il s’agirait du même modèle d’‘AMC’, mais appliqué de manière cohérente dans chaque pays de l’UE et assorti d’éléments communs fixés en amont, tels que les critères d'entrée, les exigences en matière de données, ainsi que les critères de sortie.
Le même jour, au Brussels Economic Forum, le ministre italien des Finances, Pier Carlo Padoan, s’est lui aussi prononcé pour une stratégie européenne sur les NPL, en utilisant les outils du marché et par une introduction progressive des règles. (Marion Fontana)