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Bulletin Quotidien Europe N° 11714
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BIBLIOTHÈQUE EUROPÉENNE / BibliothÈque europÉenne

N° 1168

*** GORAN ADAMSON : Populist Parties and the Failure of the Political Elites. The Rise of the Austrian Freedom Party (FPÖ). Peter Lang (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Demokrit – Studien zur parteienkritik und parteienhistorie », n° 6. 2016, 263 p., 48,60 €, 39 £, 63,95 $. ISBN 978-3-631-66158-1.

Cet ouvrage est à lire de toute urgence par tous ceux qui cherchent à comprendre les raisons qui ont conduit à l’élection de Donald Trump, à ce qu’une majorité de Britanniques optent pour le Brexit ou à ce que les partis extrémistes, nationalistes et/ou populistes aient le vent en poupe un peu partout en Europe. A travers sa thèse consacrée en 2010 à la montée en puissance du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) de Jorg Haider entre 1986 et 2000, le sociologue Göran Adamson met à nu de manière particulièrement convaincante les véritables raisons profondes qui ont conduit un nombre conséquent de citoyens autrichiens à poser ce geste démocratiquement douteux. Les leçons précieuses qu’il en tire ne valent pas que pour l’Autriche !

Au fil des dix chapitres que compte cette thèse conçue pour être à la portée du plus grand nombre, il apparaît très vite que les analystes et commentateurs ont commis l’erreur d’attribuer les succès du FPÖ et de son dirigeant charismatique à leurs tendances d’extrême-droite. Celles-ci étaient évidemment patentes, mais bien moins séduisantes, pour une majorité d’électeurs autrichiens, que « la rhétorique antiélitiste et l’attrait populiste de Haider ». En clair, le phénomène Haider aurait été « une réponse populiste conservatrice ou d’extrême-droite à des phénomènes sociaux modernes tels que la mondialisation, l’immigration et (plus tard) l’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne », ainsi que la preuve de la capacité de ce politicien disparu d’obtenir « le soutien des électeurs aliénés par la double élite » des partis traditionnels qui se partageaient le pouvoir depuis des décennies. L’auteur explique aussi combien le populisme se révèle être un « concept très lâche » qui se donne pour cœur un « peuple » idéalisé qu’il oppose systématiquement aux « élites », un concept qui peut être associé au nationalisme, à l’exclusion, à la xénophobie et au racisme s’il s’acoquine avec l’extrémisme de droite, mais aussi, s’il s’affiche plus modéré, prendre l’aspect d’une force préoccupée par le sort de l’Etat-nation ou des conditions de travail. Au final, jugeait Göran Anderson en conclusion de sa thèse, le FPÖ aura bel et bien toujours été « un refuge pour les racistes, les fascistes, les ultra-nationalistes et les Nationaux-Socialistes », mais ses électeurs n’étaient pourtant « que marginalement plus sensibles à la rhétorique d’extrême-droite, aux vues antisémites », leurs motivations étant de répondre aux thèmes « typiquement anti-élite » que sont, par exemple, la lutte contre la corruption et la mise à nu des scandales.

Depuis, des vents mauvais ont continué à souffler sur l’Europe, y faisant prospérer des partis tels que le Front National français, le Jobbik hongrois, le Parti National Slovaque, le Parti de la Liberté de Geert Wilders, bien d’autres encore, soit autant de formations « souvent bien plus racistes, plus anti-establishment, anti-Bruxelles, anti-FMI, etc., que ne l’a jamais été le FPÖ ». L’auteur a donc tenu à jauger ses constats à l’aune des nouvelles évolutions en apportant des réponses à deux questions : d’abord, « pourquoi les partis populistes de droite prospèrent-ils ? » ; ensuite, « qu’est-ce qui ne va pas avec les gens en Europe ? » A la première question, il répond notamment que leurs adversaires politiques, ainsi que les observateurs et journalistes, tous pétris d’antiracisme, se méprennent sur le combat à mener face à des populistes qui ne disent « des choses qu’afin d’inciter à la rébellion parmi l’électorat face au tollé de l’élite ». D’autre part, les antiracistes commettraient l’erreur de sous-estimer la profondeur des convictions politiques de ceux qui apportent leurs voix aux populistes, tant il est vrai que « les électeurs considérés comme populistes de droite sont méprisés comme s’ils choisissaient de voter contre leurs propres intérêts, et personne n’est plus heureux que le leader populiste ». Göran Adamson donne ensuite la parole à d’autres scientifiques qui, dans le même esprit que le sien, cernent de manière moins confortable les causes des succès populistes, par exemple en pointant du doigt la tentation à laquelle la classe politique cède souvent de s’exonérer de toute responsabilité car « les récents changements sociaux sont tous dus à l’UE et la mondialisation », soit des forces qui échapperaient à leur contrôle. L’auteur trouve d’autres alliés aussi pour considérer que l’emploi est une motivation essentielle pour les personnes qui se laissent aller à un vote extrémiste, le néolibéralisme étant à l’évidence un facteur essentiel de cette dérive citoyenne à laquelle seule « la résurrection de l’Etat-providence » pourra mettre fin. Faute de quoi, est-il encore ajouté, les partis populistes de droite continueront de croître « parce que le néolibéralisme crée la division et l’animosité entre les groupes de travailleurs marginalisés et d’immigrés ». Ce sont autant d’éléments qui placent sous un jour différent les résultats électoraux engrangés par certains, notamment un certain Donald Trump qui lui aussi, à sa manière, a bâti sa victoire sur le rejet d’élites ayant oublié les exclus des bienfaits de la mondialisation. La dernière idée avancée par Göran Adamson est qu’un parti populiste n’est pas taillé pour le pouvoir et que lorsqu’il y accède, ce qui faisait sa magie se dissipe très vite au point de l’en éjecter rapidement. Il n’empêche que l’élection de Trump et la victoire des partisans du Brexit sont de phénoménales mises en garde pour les dirigeants politiques qui seraient enclins à faire comme si de rien n'était face à ce divorce citoyen. Michel Theys

*** IOANNIS VARTZOPOULOS, THANOS VEREMIS (sous la dir. de) : La tentation du populisme. Les aventures de la parole. Editions Armos (11 rue Mavrokordatou, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3304196 – fax : 3819439 – Courriel : info@armosbooks.gr – Internet : http://www.armosbooks.gr ). 2016, 224 p., 14 €. ISBN  978-960-527-982-0.

Le phénomène endémique de la vie sociale et politique qu’est le populisme est toujours exacerbé en période de crise, moment où il affecte particulièrement l'évolution des choses. Il concerne l'individu, la société et leur relation d'une manière qui met en évidence la nature et le contenu des liens individuels avec les expressions collectives. Les moyens de surmonter les effets corrosifs du populisme et les difficultés à y parvenir sont abordés dans ce livre coordonné par le psychiatre et psychanalyste Ioannis Vartzopoulos, directeur de l'Association Psychanalytique grecque et internationale, et par le Pr. Thanos Veremis, qui enseigne l'histoire politique à l'Université d'Athènes et à celles de Harvard, de Princeton et au St. Collège d'Antony à Oxford, étant en outre chercheur actif à l'Institut international d'études stratégiques à Londres. Les autres auteurs, une dizaine au total, sont eux aussi chercheurs, écrivains, professeurs, tous bien connus en Grèce. Dans leurs textes, ils notent que la psychanalyse, discipline éminemment humaniste, va à la rencontre des représentants de la science sociale et politique, de la philosophie, de l’art et de l'église. Cet ouvrage a comme fil conducteur la notion psychanalytique de séduction, les auteurs cherchant par ce biais à mieux comprendre le populisme. (AKa) 

*** Futuribles. L’anticipation au service de l’action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 53633770 – fax : 42226554 – Courriel : revue@futuribles.com – Internet : http://www.futuribles.com ). Novembre-décembre 2016, n° 415, 192 p., 22 €. Abonnement annuel : 115 €. ISBN 978-2-84387-428-4.

Ce numéro de la revue française de prospective qui fait autorité porte loin le regard puisqu’il s’ouvre à quelques éléments essentiels des « futurs possibles à l’horizon 2030-2050 », puisés dans le rapport « Vigie » élaboré en 2016 par les membres de l’association Futuribles International que conduit François de Jouvenel et les spécialistes qu’elle réunit. De la sorte sont détectés et analysés des tendances lourdes et émergentes – « les faits porteurs d’avenir » ou « émergences », précise Hugues de Jouvenel dans son éditorial – qui se dessinent dans différents domaines, ainsi que les incertitudes et les risques de rupture majeurs qui y sont observables. Ainsi, le ralentissement de la croissance économique pourrait bien se révéler durable, explique l’économiste Charles du Granrut en n’hésitant pas même à envisager la possibilité de sa disparition à terme. Il convient dès lors, selon lui, de mener des politiques structurelles en lien avec les contraintes environnementales et tenant compte des évolutions sur le marché du travail, tout en revoyant aussi les modes de coopération économique à l’échelle mondiale. Pour sa part, tandis qu’André-Yves Portnoff discerne sept défis à relever par les entreprises et le monde du travail dans l’économie impactée par le numérique, le Pr. Julien Damon (Sciences Po Paris) discerne quatre grandes tendances qui sont appelées à marquer les sociétés et les modes de vie dans le monde des trente prochaines années. Les deux premières peuvent a priori paraître un tantinet paradoxales en Europe puisqu’il s’agit du « désappauvrisement du monde » et de « l’affirmation mondiale des classes moyennes », ce qui ne s’explique évidemment que par les évolutions observables en Asie et en Afrique. Les autres regards prospectifs à long terme sont portés sur la démographie (qui, vu ce qu’elle est et devrait rester en Afrique, ne manquera pas d’alimenter longtemps encore la question migratoire), la problématique des ressources (laquelle doit être abordée aussi à la lumière de leur impact sur l’environnement), l’éducation, la santé (avec la menace de la réémergence de maladies infectieuses et de risques pandémiques) et la science qui est en marche « vers de nouvelles frontières ». A noter aussi, en marge de ce dossier, l’habituelle « Tribune européenne » de Jean-François Drevet qui, cette fois, invite le lecteur à considérer que la Turquie a refermé elle-même les portes de l’Union européenne de par le comportement du président Erdogan. « A la question des limites de l’Europe, nous avons désormais des réponses », estime l’ancien fonctionnaire européen en invitant les responsables à prospecter plutôt du côté de l’idée de partenariat continental avancée par l’Institut Breugel dans la foulée du Brexit. (MT)

*** LORD LOTHIAN : Le pacifisme ne suffit pas, le patriotisme non plus (et autres textes). Presse fédéraliste (c/o Maison de l’Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet : http://www.pressedefederaliste.be ). Collection « Textes fédéralistes », n° 13. 2016, 280 p., 22 €. ISBN 978-2-9558710-0-3.

Ce treizième ouvrage de la collection « Textes fédéralistes » est consacré à l’une des personnalités marquantes de l’école fédéraliste britannique qui, dans les années 30 du siècle dernier, a fortement contribué à diffuser les idées fédéralistes dans l’Europe entière, jusqu’à influencer notamment Altiero Spinelli lorsqu’il était relégué à Ventotene par le pouvoir fasciste. Mort en 1940 aux Etats-Unis alors qu’il y était ambassadeur du Royaume-Uni, Philip Henry Kerr, plus connu sous le nom de Lord Lothian, était d’avis que pour réaliser la paix dans le monde de manière définitive, il convenait de créer un « Etat mondial fédéral ». Pourquoi ? Parce que, résument les fédéralistes français Jean-Francis Billion et Jean-Luc Prevel, compilateurs des textes réunis dans ces pages, il s’agissait avant tout, à ses yeux, de soustraire les Etats « au jeu aveugle des rapports de force sans effacer les individualités ». Pour le penseur britannique, il s’agissait avant tout de limer les canines et les incisives de l’Etat national qui, arc-bouté sur la défense de sa souveraineté absolue, lui apparaissait comme la « cause première de l’anarchie internationale et de la guerre ». Sans nul doute tiendrait-il toujours ce propos aujourd’hui. Ce texte majeur, contribution fondamentale à la théorie du fédéralisme, est précédé d’une longue introduction de John Pinder et Andrea Bosco qui, en complément de la préface de Luigi Majocchi, replacent le marquis de Lothian dans le contexte de son époque et le situent au sein du groupe dirigeant de la Federal Union britannique. La naissance de celle-ci est présentée par Charles Kimber à la fin du livre, John Parry revenant pour sa part sur la proposition britannique d’Union irrévocable avec la France de juin 1940, offre très largement inspirée par les fédéralistes britanniques et par un certain… Jean Monnet. (MT)

*** IRNERIO SEMINATORE : Waterloo 2015. Vie et mort de l’Union européenne – Fiction sur un coup d’Etat post-moderne. Editions Godefroy de Bouillon (119 rue Lecourbe, F-75015 Paris. Tél. : (33-1) 45821661 – Courriel : editions@godefroiydebouillon.fr – Internet : http://www.godefroydebouillon.fr .) 2016, 382 p., 33 €. ISBN 978-2-841-91229-2.

Fondateur de l'Institut européen des relations internationales, le Pr. Seminatore est un personnage qui détonne dans le quartier européen de Bruxelles, où il ne compte pas que des amis et laudateurs. Son dernier livre ne devrait pas arranger les choses puisqu’il s’agit d’une fiction historique qui n’annonce rien de moins que la mort de l’Union européenne. Sous une forme allégorique et analogique, l’auteur y décrit « la faillite d’un système de pensée et d’une classe politique » ayant eu le tort, aux yeux de ce politologue affichant avec fierté son appartenance radicale à l’école réaliste, de bien trop bouleverser les catégories mentales héritées du passé. Dans ces pages sont notamment dénoncées une capitale du « Bien » ressemblant étrangement à Byzance pour ses palabres sur le sexe des anges alors qu’elle serait assiégée par les forces de l’islam radical, les dégâts d’un « intégrationnisme bureaucratique » qui aurait fait le lit du Brexit en attendant le Grexit, une Angela Merkel qui ne serait rien de moins que la fossoyeuse de la civilisation européenne pour avoir niaisement ouvert toutes grandes les portes de l’Europe aux réfugiés, ce qui lui vaudra même d’être traduite devant le Tribunal pénal international qui la condamnera pour crimes contre l’humanité... Le propos est d’une grande érudition et servi par une flamboyance peu ordinaire, mais la posture intellectuelle aux antipodes de la « soumission » de Houellebecq qu’adopte intellectuellement l’auteur tout en nageant dans les mêmes eaux conduira certainement à ce qu’il irrite, lui aussi, beaucoup de ceux qui le liront. (MT)

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