Le président américain élu, Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a donné un avant-goût plutôt amer ce week-end de sa politique à venir vis-à-vis de l'Europe, ne cachant pas son enthousiasme à l'égard de la sortie de l'UE du Royaume-Uni ('Brexit'), dont il fait un partenaire privilégié, critiquant le choix de l'Allemagne d'accueillir massivement des migrants et jugeant l'OTAN « obsolète ».
À la veille de son entrée à la Maison-Blanche, M. Trump n'épargne pas l'UE, dans des entretiens au vitriol avec les quotidiens allemand Bild et britannique The Times, publiés lundi 16 janvier.
D'abord, M. Trump choisit clairement son partenaire privilégié en Europe, le Royaume-Uni, dont il loue le choix de quitter l'UE. « L'UE c'est, en gros, un instrument pour l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle je pense que le Royaume-Uni a eu bien raison d’en sortir (…). Les individus et les pays veulent leur identité. Les Britanniques voulaient leur propre identité. Je pense sincèrement que s’ils n’avaient pas été contraints de prendre tous ces réfugiés, avec tous les problèmes qui vont avec, alors il n’y aurait pas eu de 'Brexit'. Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. Si vous me posez la question, je vous dirai qu’il y a d’autres pays qui sortiront [de l’UE] », estime le président américain élu.
« Le 'Brexit' va s’avérer être une chose géniale », insiste M. Trump, se disant impatient de rencontrer le Premier ministre britannique, Theresa May, afin de conclure un accord commercial avec le Royaume-Uni, « rapidement et dans les règles ». Des propos qui tranchent avec ceux du président américain sortant, Barack Obama, qui avait annoncé que le Royaume-Uni se retrouverait en bout de file d'attente pour conclure des accords de libre-échange avec les États-Unis en cas de sortie de l'UE.
Sans ambages, M. Trump qualifie d'« erreur catastrophique » la décision de la chancelière allemande, Angela Merkel, d'accueillir « tous ces migrants illégaux » dont une partie a fui le conflit syrien. « Nous ne voulons pas que des gens de Syrie viennent chez nous, des gens dont nous ignorons qui ils sont. Je ne veux pas faire comme l’Allemagne. J’ai beaucoup de respect pour Mme Merkel. Mais je trouve que ce qui s’est passé là-bas est très malheureux. Je ne veux pas qu’on se retrouve dans la même situation. Nous avons déjà assez de problèmes comme ça », insiste-t-il.
M. Trump a aussi des propos protectionnistes qui ne devraient pas ravir l'Allemagne, où Mme Merkel a fermement défendu les négociations pour un accord de libre-échange UE/États-Unis (TTIP). « L’Allemagne est un pays génial, un grand pays producteur. Quand on va sur la 5ème Avenue [à New York], on voit que tout le monde a une Mercedes garée devant chez lui, pas vrai ? Or le fait est que [les Allemands] sont très injustes avec les États-Unis. Combien de Chevrolet [y a-t-il] en Allemagne ? Pas beaucoup, peut-être aucune, dehors on n’en voit pas une seule. Ça doit marcher dans les deux sens. Moi je veux que ça soit juste. [L'Allemagne peut] fabriquer des voitures pour les États-Unis, mais [elle devra] payer 35 % de taxes sur chaque voiture qui entre aux États-Unis », prévient le président américain élu.
Enfin, M. Trump étrille l'Europe sur les questions internationales, déplorant le choix de l'Allemagne d'accueillir des réfugiés plutôt que de militer pour des zones d'exclusion aérienne en Syrie, condamnant les sanctions « qui font très mal » à la Russie, et critiquant l'OTAN, une organisation « obsolète (...) parce qu'elle ne s'est pas occupée du terrorisme (...) et parce que ses pays membres ne payent pas ce qu'ils devraient ».
Berlin et Paris affirment l'unité de l'UE à 27. Réagissant lundi, Mme Merkel a promis de « continuer à s'engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l'avenir (...) face aux défis du 21ème siècle ». « Mes positions sur les questions transatlantiques sont connues. [M. Trump] a une fois de plus exposé les siennes. Et lorsqu'il sera en fonction, nous travaillerons naturellement avec le nouveau gouvernement américain et nous verrons bien quels accords nous trouverons », a-t-elle ajouté, rejetant aussi tout amalgame entre la menace terroriste en Europe et les réfugiés fuyant la guerre en Syrie.
« La meilleure façon de défendre l’Europe - et c’est l’invitation que nous fait M. Trump - c’est de rester unis, de faire bloc, de ne pas oublier que la force des Européens, c’est leur unité », a estimé, de son côté, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles lundi. « Gérer les affaires du monde demande de plus en plus de régulation, de concertation, c’est-à-dire de faire vivre concrètement le multilatéralisme, et non pas le retour au nationalisme et le chacun pour soi », a-t-il ajouté. « On devra prouver [à M. Trump] la plus-value de l’UE », a renchéri son homologue belge, Didier Reynders. (Emmanuel Hagry)