*** RENAUD DENUIT : Politique culturelle européenne. Editions Bruylant (Groupe Larcier, Espace Jacqmotte, 139 rue Haute, Loft 6, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5480713 – fax : 5480714 – Courriel : contact@larciergroup.com – Internet : http://www.larciergroup.com ). Collection "Idées d’Europe". 2016, 446 p., 60 €. ISBN 978-2-8027-5347-6.
Existe-t-il réellement une politique, au sens plein du terme, en matière culturelle au niveau européen ? Cette question est le fil conducteur de cet ouvrage qui fait le point de manière exhaustive en ce domaine, son auteur examinant toutes les facettes des actions culturelles de l’Union européenne, mais aussi du Conseil de l’Europe. A la fois conseiller honoraire de la Commission européenne et ancien journaliste, Renaud Denuit offre ainsi un volume « tout en un » sur la politique culturelle européenne qui tient plus du récit pédagogique que du répertoire ou du compendium, ce sur la base des cours qu’il dispense depuis plusieurs années à l’Institut d’études européennes de l’Université Saint-Louis de Bruxelles. L’impressionnante fresque ainsi brossée est à jour jusqu’au 31 décembre de l’année dernière.
Même si, en bon journaliste, il a le plus souvent cherché à appliquer une technique narrative de nature à faciliter la plus grande lisibilité, son souci de ne rien sacrifier à l’impératif de rigueur induisent qu’une certaine austérité scientifique, voire même une forme de sécheresse technocratique affleurent dans les vingt chapitres, seules les conclusions laissant le champ libre à une plume qui tournoie au-dessus des convenances politiques et pique où les travers et autres carences se révèlent. Toutefois, au départ, c’est plutôt au notaire consciencieux que joue l’auteur, son premier chapitre le voyant définir ce qu’il entend par culture afin que le lecteur ne se méprenne pas sur le sens de ses analyses. La première porte sur l’action culturelle du Conseil de l’Europe qui, pour être relativement mineure, n’en est pas moins celle d’un « enthousiaste pionnier » qui a même manifesté « une vision plus prospective et plus audacieuse » que celle dont a fait preuve jusqu’à présent l’Union lorsqu’il était question des rapports entre culture et démocratie, culture et intégration sociale, culture et lutte contre le réchauffement climatique. C’est d’ailleurs « l’avènement laborieux » de la culture dans l’Union qui est ensuite mis en lumière par un survol historique, avant qu’une approche sociologique ne cerne les citoyens européens par rapport à la culture. Après avoir placé les apports des différents traités sous la loupe, l’auteur met ensuite en lumière les forces et les faiblesses du secteur culturel européen, destinataire effectif des mesures de l’Union, avant de s’attaquer au marché unique et à ses « impératifs contestés », tant il est vrai notamment, commente-t-il, que la « puissance publique », que celle-ci soit étatique ou supra-étatique, ne sert pas fatalement, « à tous les coups, l’intérêt général ». Les chapitres suivants sont ensuite focalisés sur le « cas toujours particulier » qu’est le livre, la fiscalité s’appliquant aux biens et services culturels, le droit d’auteur « sous haute tension » (avec une dénonciation des atermoiements de la Commission à exercer son droit d’initiative en la matière), « l’acte législatif majeur » qu’a été la directive « télévision sans frontières », puis les financements culturels européens (programmes Media, Culture, capitales européennes de la culture…). Après un détour par « le cadre mondial et sa diversité culturelle », l’auteur revient ensuite sur les initiatives et réalisations récentes, qu’il s’agisse du patrimoine ou de l’actuel programme-cadre « Europe créative » (qui, grince l’auteur, se présente sur un portail « accessible exclusivement en langue anglaise, sans doute par souci de diversité culturelle »…), deux derniers chapitres voyant Renaud Denuit s’interroger sur l’européanisation de la culture et tenter une évaluation critique qui, entre autres, n’épargne par la méthode ouverte de coordination privilégiée dans le domaine culturel, soit une méthode intergouvernementale dont tous les mots clés sont « tirés du lexique du management privé » et qui lèse tout particulièrement le Parlement européen.
Le ton est ainsi donné pour les conclusions. L’auteur juge compréhensible que la politique culturelle de l’Union ne puisse être dissociée de son humus économique et industriel, mais est-il pertinent de laisser entendre que la culture européenne se réduirait désormais aux « industries culturelles et créatives » et serait, par elles, « porteuse du réflexe innovant, chargée de le distiller dans toute la société » ? Dans le même ordre d’idées, est-il raisonnable d’idéaliser le « marché numérique » alors que, « hélas, la technolâtrie ne tient pas toujours ses promesses d’un futur transfiguré » ? Non, juge Renaud Denuit, cette doxa européenne passe à côté d’enjeux plus fondamentaux pour nos sociétés, des « progrès inexorables de la pauvreté et de l’exclusion sociale » à « l’audience inquiétante des démagogues, des charlatans aux solutions simplistes, des mouvements nationalistes ou fascisants, qui imposent leurs vues dans l’agenda public, brisant les réflexes européens des familles politiques démocratiques ». Or, à ses yeux, aucun de ces problèmes et d’autres encore ne pourra être résolu « sans que se répande à grande échelle le réflexe, individuel et massif, de porter assistance aux autres et de s’intéresser à la culture des autres ». Il importe par conséquent de favoriser d’urgence une « politique de l’interculturalité » qui pourrait permettre aux Européens de mieux se comprendre. Or, cet aspect est dramatiquement absent car, d’Amsterdam à Nice et à Lisbonne, les Etats s’en sont tenus « à leur conception étriquée de la culture, le statu quo borné » s’habillant « du respect des identités nationales et de l’ambiguë diversité ». La citoyenneté européenne n’eût-elle pas justifié une action pédagogique majeure à l’occasion de chacun des élargissements de l’Union, afin que les citoyens puissent se découvrir les uns les autres ? Parce qu’il en est convaincu et qu’il estime ce besoin plus grand et plus impérieux que jamais, Renaud Denuit avance des pistes pour que, in fine, l’intelligence prévale, ce en déconstruisant notamment l’article « Culture » du traité afin qu’un dirigeant nationaliste ne puisse s’en revendiquer pour en détourner l’esprit au nom de ses obsessions. Michel Theys
*** ELENI KARANTZOLA : Les politiques linguistiques dans les pays méditerranéens. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). 2016, 21 €. ISBN 978-960-458-596-0.
La Méditerranée est un lieu de rencontre de différentes traditions culturelles et de projets politiques divers. C’est un de ces lieux du monde où se côtoient une multitude de langues et de communautés, où s’établissent de multiples relations entre elle. Ces relations sont sujettes à des changements constants du fait que ces communautés linguistiques vivent et évoluent au gré de politiques linguistiques spécifiques. Professeur agrégé de linguistique au Département d'études méditerranéennes de l'Université de l'Egée, Eleni Karantzola examine dans cet ouvrage, dans une perspective comparative et historique, les variétés linguistiques de facto ou de jure reconnues comme langues officielles nationales de vingt-trois pays de la Méditerranée, ainsi que les droits linguistiques qui sont prévus pour d'autres langues minoritaires et les citoyens qui les parlent individuellement ou collectivement. Elle s’emploie ainsi à comprendre notamment les efforts délibérés consentis pour influencer le comportement linguistique des individus ou des groupes, d’où provient le glissement vers la langue arabe dans les pays du Maghreb, les cas modernes de sélection d’un système d’écriture et d’orthographe, ainsi que les politiques linguistiques qui découlent des trois principales religions monothéistes dans la région. (AKa)
*** GEORGE GIANNOULOPOULOS : Trois essais sur l'idéologie moderne grecque. Editions Polis (33 rue Eolou, GR-10551 Athènes. Tél. : (30-210) 3643382 – fax : 3636501 – Courriel : info@polis-ed.gr – Internet : http://www.polis-ed.gr ). 2016, 136 p., 12 €. ISBN 978-960-435-521-1.
Au 19ème siècle, le « grec moderne » a remplacé le « grec ancien » et a, en même temps, introduit une distance indéterminée interposée entre les Grecs contemporains et les Grecs de l’antiquité. Cette substitution est désormais parfaitement admise et intégrée, mais elle n’en continue pas moins à susciter différentes questions sensibles, notamment celle de savoir pourquoi et comment il a été possible de procéder à cette modification sans porter atteinte à un hellénisme inchangé. Pendant des années, directeur de la section grecque de la BBC, George Giannoulopoulos (collaborateur de la revue Questions contemporaines et du quotidien athénien Journal des journalistes) y consacre ce livre qui, explique-t-il, doit être lu comme une visite aux circonstances historiques et aux conditions idéologiques qui ont été à la source de l'identité grecque moderne. A ses yeux, aucun autre peuple au monde ne parle autant de son passé et ne s’oppose avec autant d’ardeur à toute tentative de lire de manière rationnelle et, surtout, critique le passage du temps sur l’hellénisme. Il s’agit d’une spécificité qui concerne tous les Grecs, que ceux-ci en soient conscients ou non, l’objectif de son livre étant d’en faire prendre conscience. (AKa)
*** Dokumente / Documents. Zeitschrift für den deutsch-französischen Dialog / Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (1 j Birker Strasse, D-53797 Lohmar. Tél. : (49-2246) 9499220 – fax : 9499222 – Courriel : aboservice@dokumente-documents.info – Internet : http://www.dokumente-documents.info ). 2016, n° 3, 7 €. Abonnement : 18,90 €.
La revue bilingue voulue par le jésuite Jean du Riveau au sortir de la Seconde Guerre mondiale afin que les Allemands et les Français apprennent à mieux se connaître et à dialoguer entre eux en vue de nouer un partenariat comporte, dans ce numéro automnal, un dossier consacré au vin, un breuvage qui, sur le plan culturel, n’a pas la même importance en France qu’en Allemagne, mais qui ne laisse dans aucun de ces deux pays les économistes, écrivains, historiens et autres chercheurs indifférents. La diversité des regards portés par les auteurs des contributions en témoigne : aux proverbes, dictons, aphorismes et citations sur le vin qui sont passés en revue succèdent ainsi, entre autres, une mise en vitrine des vignobles allemands, la manière dont les Allemands voient les rapports des Français au vin, un rappel du bon usage du vin selon Rabelais, un retour sur le contrôle de la production de vin français sous l’Occupation et, à savourer, une contribution de la journaliste Marie Baumgartner sur Marx et la dive bouteille intitulée « Manifestement capital ». Hormis ce dossier, des sujets tels que le Brexit et les autres défis posés à l’Union font l’objet de plusieurs articles, un diplomate honoraire suggérant même de trouver la parade au désamour citoyen en envisageant que la composition du Parlement européen provienne… « en tout ou partie des Parlements nationaux ». Ce qui, à tout le moins, prouve qu’une revue sérieuse peut être parfois porteuse d’âneries. (MT)
*** Etudier ou enseigner à l'étranger. Guide des échanges internationaux dans les domaines de l’enseignement, de la formation et de la recherche. Wallonie-Bruxelles International (2 place Sainctelette, B-1080 Bruxelles. Tél. : (32-2) 4218211 – fax : 4218787 – Courriel : wbi@wbi.be – Internet : http://www.wbi.be ). 2013, 188 p..
Destinée aux jeunes francophones de Belgique, cette brochure publiée par un département de la Communauté française Wallonie-Bruxelles est de nature de donner des idées à tous les jeunes d'Europe tentés par la mobilité. Consultable sur Internet (http://www.wbi.be/etudierouenseigner ), ce guide présente différentes bourses d'études et postes d’enseignants disponibles. Outre les programmes nationaux, des informations utiles sont données sur différents programmes des institutions européennes et sur les facilités offertes par d'autres institutions internationales. (PBo)
*** JEAN-LUC SAURON : Procédures devant les juridictions de l’Union européenne et devant la CEDH. Les juridictions de l’Union européenne (Cour de justice, Tribunal) / La Cour européenne des droits de l’homme. Gualino éditeur (Lextenso éditions, 70 rue du Gouverneur Général Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux cedex. Tél. : (33-1) 40934000 – fax : 40518185 – Internet : http://www.lextenso-editions.fr ). 2016, 380 p., 36 €. ISBN 978-2-297-05576-5.
Cet ouvrage en est à sa quatrième édition, mais son actualité n’a jamais été aussi évidente. Dans son avant-propos, l’auteur commence par rappeler que René Cassin avait qualifié la Seconde Guerre mondiale de « guerre des droits de l’homme » avant de poser aussitôt ce constat inquiétant : 70 ans plus tard, « pas une semaine où les journaux ne font état des bons scores électoraux de mouvements nationalistes en Europe, dont certains cachent mal, derrière une xénophobie ouvertement revendiquée, des positions plus insidieusement antisémites et racistes »… Sachant que tant à Londres que parmi les candidats à la primaire de la droite en France, certains prônent que des libertés soient prises avec la Convention européenne des droits de l’homme, ce livre est en réalité une invitation lancée à tous les juristes de ne jamais oublier que leur métier ne peut être exercé « sans état d’âme », tant il est vrai que la mise en œuvre du droit relève toujours de la responsabilité et de l’éthique personnelles de tous ceux qui, détenteurs du pouvoir exécutif, parlementaires, fonctionnaires, universitaires, magistrats et auxiliaires de justice, en sont les servants. C’est dans cet esprit que le conseiller d’Etat Jean-Luc Sauron a, avec la collaboration de Léa Reguer-Petit, a mis à jour ce livre qui procède de sa conviction qu’il n’est plus possible pour un juriste français – et cela vaut évidemment pour les juristes de tous les pays de l’Union – de ne pas avoir une connaissance précise des procédures devant les juridictions de celle-ci et devant la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg. Egalement enseignant à l’Université Paris-Dauphine, il donne ainsi aux justiciables, particuliers comme entreprises, et aux professionnels – présents ou en devenir – de la justice de ces procédures. Enrichi par de nombreux tableaux et schémas, son manuel est un sésame pour ceux qui cherchent à comprendre et maîtriser rapidement une matière à la fois difficile et incontournable. (MT)