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Bulletin Quotidien Europe N° 11661
ACTION EXTÉRIEURE / Turquie

L’UE se dit « extrêmement inquiète » de l'arrestation de députés du HDP, mais défend l'accord pour gérer les flux migratoires

L'UE a souhaité exprimer, vendredi 4 novembre, ses vives préoccupations concernant la détention, depuis la veille au soir, de plusieurs députés du Parti démocratique des peuples (HDP) en Turquie, mais tout en défendant l'accord qu'elle a passé avec le pays pour gérer les flux migratoires. 

Les autorités turques ont arrêté plusieurs députés du HDP - la troisième force au Parlement turc avec 59 députés sur 550 -, dont les deux coprésidents, Selahattin Demirta et Figen Yüksekda, accusés d’appuyer des activités terroristes. Or, ceux-ci sont « tous deux des dirigeants démocratiquement élus » et « interlocuteurs de confiance et de valeur », ont souligné dans leur communiqué conjoint la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn.

Mme Mogherini et M. Hahn ont affirmé attendre de la Turquie qu’elle sauvegarde sa démocratie parlementaire, y compris le respect des droits de l'homme et de l'État de droit. « Nous transmettons ces attentes directement aux autorités turques », ont-ils ajouté. Ils ont aussi déclaré que l’UE, en coordination avec les États membres et le Conseil de l’Europe, allait continuer à suivre et évaluer la situation.

Mme Mogherini a annoncé, via Twitter, qu’elle était en contact avec les autorités turques et qu’elle avait demandé qu'une réunion des ambassadeurs européens soit organisée à Ankara. De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a convoqué le chargé d'affaires turc dans son pays « en raison des derniers développements en Turquie ».

Selon Mme Mogherini et M. Hahn, ces arrestations de députés s’ajoutent aux inquiétudes exprimées après que l'immunité de plus de 130 députés démocratiquement élus a été levée en mai. Ces actions « compromettent la démocratie parlementaire en Turquie et exacerbent la situation déjà très tendue dans le Sud-Est du pays, pour laquelle il ne peut y avoir qu'une solution politique », ont-ils estimé. 

La tension observée dans le Sud-Est du pays est d'ailleurs revenue au-devant de la scène le même jour en raison de l'attentat à la voiture piégée qui s'y est produit, près d'un poste de police de la ville de Diyarbakır, et qui a été revendiqué par le PKK. Il aurait fait au moins huit morts et 100 blessés. Mme Mogherini l'a condamné et a affirmé que l'UE était « très inquiète de la violence en cours dans le sud-est (du pays) au cours de ces douze derniers mois ». Cette violence « ne peut pas continuer », a-t-elle ajouté. Plus tôt dans la journée, elle avait considéré, avec M. Hahn, comme légitimes les actions contre le PKK, mais en insistant que de telles actions ne devaient « jamais miner les principes fondamentaux de la démocratie ».

Les détentions des députés du HDP ont également fait réagir le président du Parlement européen, Martin Schulz. Il les a qualifiées de « signal alarmant sur l'état du pluralisme politique en Turquie ». « Les autorités turques n’éloignent pas seulement la Turquie de la démocratie, mais elles tournent aussi le dos aux valeurs, principes, normes et règles qui sous-tendent les relations UE-Turquie », a-t-il ajouté, précisant être en contact permanent avec Mme Mogherini, M. Hahn et les responsables des groupes politiques au Parlement concernant les derniers développements en Turquie.

Le Parti socialiste européen (PSE) s’est dit, lui aussi, « profondément préoccupé par la détention des dirigeants de son parti membre associé, le HDP ». « Nous sommes pleinement solidaires envers le HDP et ses dirigeants qui, en plus de s'être opposés à la tentative de coup d'État cet été, ont toujours soutenu la démocratie contre les attaques de tous les côtés », a souligné le président du PSE, Sergei Stanishev.

Même son de cloche chez la coprésidente des Verts européens, Monica Frassoni. « Nous exprimons une inquiétude croissante à propos de l'effusion de sang de Diyarbakir (grande ville kurde) et des développements purement autoritaires en Turquie, qui, loin d'atténuer les tensions et de faciliter la paix, ciblent sans pitié les mauvais ennemis », a-t-elle dit. Elle a ajouté que l’UE et ses États membres « seraient mal avisés de continuer à fermer les yeux sur ces événements en Turquie dans l'illusion de maintenir » l’accord migratoire.

Dans un courriel envoyé entre autres à EUROPE, le conseiller de presse de l’ambassade de Turquie à Bruxelles, Veysel Filiz, a justifié l’arrestation des députés en expliquant qu’ils n’avaient pas répondu à des convocations de justice et avaient été « mis en garde à vue sur demande des procureurs », « mises en garde à vue (…) réalisées dans le cadre d'un respect total des lois en vigueur ».

Les arrestations interviennent après d’importantes purges mises en place suite à la tentative du coup d’État du 15 juillet, purges qui se poursuivent toujours, notamment dans les médias. Si Mme Mogherini a publié une déclaration à ce sujet sur le réseau social Twitter, celui-ci, tout comme la messagerie WhatsApp et Youtube étaient très difficilement accessibles en Turquie vendredi.

Le rapport sur les ‘progrès’ de la Turquie dans sa voie vers l’adhésion à l’UE devrait d'ailleurs être dévoilé par la Commission mercredi 9 novembre.

La Commission a néanmoins défendu, vendredi, l’accord passé entre l'UE et la Turquie pour gérer les flux de migrants qui tentent de rejoindre l'Europe, disant avoir toutes les raisons de penser que « cet accord (tenait) bon », selon les termes employés par la porte-parole de l'institution, Mina Andreeva. Elle a affirmé que, six mois après son entrée en vigueur, cet accord a permis d'éviter que « 720 000 personnes (arrivent) de Turquie vers la Grèce ».

Elle a encore déclaré que la Commission était « confiante » que les deux parties allaient continuer d’assumer leur part des responsabilités qui découlent de l’accord, en dépit du fait que le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, avait encore une fois menacé, mercredi 2 novembre, de dénoncer cet accord si l’UE n’accordait pas aux Turcs le régime de libéralisation des visas d'ici à la fin de l'année. Sur cette question, Mme Andreeva a rappelé l'existence d'une série de critères que le pays devait respecter. « Une fois qu’ils (les critères, NDLR) seront remplis, on pourra passer à la libéralisation », a-t-elle conclu. (Camille-Cerise Gessant, Solenn Paulic et Jan Kordys)

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