Plusieurs forces politiques européennes ont fait part de leur tristesse, lundi 3 octobre, après l’annonce des résultats du référendum colombien, remporté de justesse par les partisans du rejet de l’accord de paix signé entre le gouvernement colombien et les FARC.
« Nous respectons le vote du peuple colombien et la décision qui sera prise sur la manière d’aller de l’avant », a déclaré la porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, Maja Kocijancic. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, devait s’entretenir dans la journée avec le président colombien, Juan Manuel Santos, sur la suite que le gouvernement colombien entend donner au processus de paix, avant de communiquer davantage.
Ayant pris tous les observateurs de court, le résultat de ce référendum, qui n'est pas contraignant pour les autorités colombiennes, ne modifie pas juridiquement les décisions prises par les Européens pour soutenir le processus de paix. La récente décision du Conseil de l’UE de suspendre jusqu’à mars 2017 les sanctions prises à l’encontre des FARC reste ainsi valable d’un point de vue juridique, a indiqué une source au Conseil (EUROPE 11633). Quant aux 575 millions d'euros mobilisés par l'UE et destinés à soutenir l’effort de paix en Colombie, la lumière doit être faite pour savoir si et comment ces fonds peuvent être engagés.
Le président français, François Hollande, a apporté son soutien à M. Santos et salué son courage pour mettre fin au conflit en Colombie. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo, a appelé les parties à ne pas succomber à la tentation de retomber dans la violence. Pour le Parti socialiste européen, « il s’agit d’une déconvenue, mais nous ne sommes pas revenus à la case départ ». « Je suis sûr que tout le processus de négociation n’est pas vain », a déclaré son président, Sergei Stanishev. La co-présidente du Parti écologiste européen, Monica Frassoni, a vu d’un bon œil les déclarations du gouvernement colombien et des FARC selon lesquelles « le résultat négatif du référendum ne modifie pas le cheminement irréversible vers la paix ».
Présente à Bogota jusqu’à lundi, une délégation du Parlement a demandé à toutes les parties de continuer les négociations pour trouver une solution durable en faveur de la paix. « Tout le monde doit être à la hauteur des circonstances pour que la volonté commune en faveur de la paix puisse se concrétiser », a déclaré Luis de Grandes (PPE, espagnol), co-président de la délégation. « La victoire du ‘non’ oblige à renégocier les accords de paix », a souligné Ramón Jáuregui (S&D, espagnol), pour qui le cessez-le-feu en vigueur est la condition pour que le dialogue se poursuive.
Lors du référendum du dimanche 2 octobre, 50,23 % des Colombiens ont rejeté l’accord de paix, contre 49,76 % en faveur du 'oui', avec un taux de participation de 37,28 %. Ils estiment notamment que l’accord de paix est trop favorable aux membres de la guerrilla qui seraient peu inquiétés pour les crimes qu’ils auraient pu avoir commis une fois les armes déposées.
Le président colombien, Juan Manuel Santos, qui s’est entretenu lundi avec les forces politiques du pays dont celle de l’ex-président Uribe qui avait fait campagne pour le rejet de l’accord de paix, est d'avis que cet accord « reste valide et restera en vigueur ». Depuis Cuba, les leaders des FARC ont réitéré leur souhait d’en finir avec une guérrilla vieille de 50 ans. (Mathieu Bion)