Bruxelles, 25/07/2016 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a estimé, lundi 25 juillet, que la Turquie n'était pas en mesure d'adhérer pour le moment, ni dans un futur proche, à l'UE. Depuis une tentative de coup d'État ratée le 15 juillet, le pays fait face à des purges de grande ampleur dans l'armée, la police, la magistrature, l'enseignement et les médias. Dernier exemple en date, les médias turcs ont annoncé ce lundi que des mandats d'arrêt avaient été délivrés à l'encontre de 42 journalistes.
« Je crois que la Turquie, dans l'état où elle se trouve, n'est pas en situation de pouvoir adhérer sous peu, ni d'ailleurs sur une plus longue période » à l'UE, a annoncé M. Juncker lors d'une interview diffusée sur la chaîne de télévision publique française France 2. « Nous aborderons bientôt, si nous le faisons, le chapitre (de négociations, NDLR) consacré à la justice, la liberté d'expression, la liberté d'opinion (chapitre 23 sur la justice et les droits fondamentaux, actuellement bloqué par Chypre, NDLR) (…) Il est utile de poursuivre ce débat avec la Turquie », a expliqué le président de la Commission. « Mais si la Turquie, demain matin, devait réintroduire la peine de mort, nous arrêterions immédiatement les négociations parce qu'un pays qui dispose dans son arsenal législatif de la peine de mort n'a pas sa place au sein de l'Union européenne », a-t-il prévenu.
L'UE appelée à faire pression pour le retour de l'État de droit.
Par ailleurs, 70 personnalités, dont la moitié sont des députés européens des groupes politiques GUE/NGL, Verts/ALE, ADLE, ELDD, S&D, CRE et PPE, mais aussi des universitaires, des journalistes, et l'ancien ministre grec Yanis Varoufakis, ont appelé les dirigeants européens à intervenir auprès du gouvernement turc pour qu'il maintienne l'État de droit dans le pays, dans une tribune publiée dans plusieurs médias à destination de la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et au secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland.
Dans cet appel, s'ils condamnent « toute tentative de renverser l'ordre démocratique par un coup d'État militaire », les signataires condamnent « tout autant les purges décidées par le gouvernement turc en violation des droits de l'homme et de la légalité ». « Nous demandons à tous les États membres de l'UE d'intervenir auprès du gouvernement turc pour exiger la restauration de l'État de droit et des principes démocratiques dans le pays, condition fondamentale pour la continuité des relations diplomatiques normales et la poursuite des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE », préviennent les signataires. Ils demandent à Mme Mogherini et à M. Jagland, de suivre « de très près » l'évolution de la situation « en matière de respect des droits de l'homme et de la légalité » et d'exiger la libération immédiate de tous ceux qui ont été « arbitrairement arrêtés et détenus » à la suite du coup d'État. Les signataires « insistent » aussi pour que la Haute Représentante, « à la lumière des récents développements, recommande au Conseil européen la suspension immédiate de l'accord du 18 Mars entre la Turquie et l'UE ». « Il est en effet apparu (…) que la Turquie ne peut pas être considérée comme un 'pays sûr' pour les réfugiés et demandeurs d'asile », justifient-ils. (Camille-Cerise Gessant)