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Bulletin Quotidien Europe N° 11596
Sommaire Publication complète Par article 37 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1148

*** FREDERIC ALLEMAND, MATHIEU BION, JEAN-LUC SAURON: Gouverner la zone euro après la crise: l'exigence d'intégration. Gualino éditeur (Lextenso éditions, 70 rue du Gouverneur général Eboué, F-92131 Issy-les-Moulineaux cedex. Tél.: (33-1865) 40934000 - fax: 40518185 - Internet: http://www.lextenso-editions.fr ). 2016, 254 p., 26 €. ISBN 978-2-297-05270-2.

L'Union économique et monétaire a toujours été une construction baroque. Depuis le déclenchement de la crise systémique partie de Grèce qui l'ébranle depuis le début de la décennie, un nouvel enchevêtrement de règles, de mécanismes, d'organes et de procédures a vu le jour au coup par coup, dans l'urgence car toujours sous la pression d'événements risquant de tourner en crise fatale pour la monnaie unique. Du coup, une chatte n'y retrouverait plus ses petits, et il est légitime que la plupart des citoyens européens, même parmi les mieux formés et informés, se perdent dans le dédale. D'ailleurs, les auteurs de cet ouvrage n'ont pas été trop de trois pour clarifier les différentes strates de ce salmigondis institutionnel indigeste. Leur mérite est d'être parvenu à marier leurs savoirs et compétences dans un fort bel exercice de pédagogie pour le rendre tout à fait intelligible pour tout « honnête homme » soucieux de disposer d'explications claires et fiables quant à la manière dont la gestion de l'euro est assurée.

Frédéric Allemand (coordinateur des études européennes au Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe, à Luxembourg), Jean-Luc Sauron (délégué au droit européen au Conseil d'État français, professeur à l'Université Paris-Dauphine et auteur prolifique) et Mathieu Bion, bien connu par les lecteurs de l'Agence Europe puisque, outre le fait d'en être l'actuel rédacteur en chef, il couvre prioritairement l'info économique et financière, présentent dans un premier temps les modalités évolutives- et les insuffisances - de la coordination des politiques économiques, laquelle a longtemps constitué, « dans une large mesure, du whishful thinking » débouchant sur pas mal d'impasses. Jean Monnet avait donc raison, observent-ils, lorsqu'il dénonçait, dans ses Mémoires, les limites de la coordination en ces termes: « Elle ne permet pas de transformer les rapports entre les hommes et entre les pays dans les circonstances où l'Union est nécessaire. Elle est l'expression du pouvoir national, tel qu'il est ; elle ne peut pas le changer, elle ne créera jamais l'unité. » En dépit des progrès qu'ont notamment constitué le Six-Pack et le Two-Pack, ce verdict reste aujourd'hui valable car « aucun transfert de compétences n'a été réalisé du niveau national au niveau européen », ce qui laisse entière la question de la légitimité démocratique des décisions qui sont prises, tant il est vrai que « le Conseil, en tant qu'institution, n'est responsable devant personne ». Les auteurs abordent ensuite le chapitre de la discipline budgétaire, ce qui les amène notamment à expliquer pourquoi les sénateurs français Joël Bourdin et Yvon Collin n'avaient pas tort, en 2007, de « parler d'une incoordination des politiques budgétaire » plutôt que de leur coordination. Là aussi, Six-Pack, Two-Pack et d'autres instruments méthodiquement présentés au fil des pages sont venus un tantinet renforcer l'autorité de l'Union, mais ils restent insuffisants car ils « continuent à se déployer dans un cadre constitutionnel maastrichtien dépassé ». Les auteurs passent ensuite en revue « les instruments financiers de la solidarité » (Fonds européen de stabilité financière, Mécanisme européen de stabilité…) et les modalités de leurs interventions, notamment à travers le rôle joué en Grèce par la Troïka. Leur verdict est ouvertement critique: « Tout pays ayant bénéficié d'une aide a vu sa dette publique monter en flèche, le chômage exploser et sa jeunesse s'exiler à d'autres endroits de la zone euro ; sans parler des inégalités sociales qui se sont creusées avec la crise, même dans les pays n'ayant pas fait l'objet d'un plan de sauvetage. » Et le contrôle démocratique n'y a pas davantage trouvé son compte…

Finalement, seule la Banque centrale européenne, avec son « pragmatisme forcé », trouve grâce aux yeux des auteurs, lesquels consacrent enfin leur dernier chapitre à la laborieuse gestation de l'union bancaire. Toutes ces données « cliniques », assorties d'encadrés explicatifs sur des points précieux et d'un glossaire, conduisent à cette évidence: « l'Union et les États membres ont cherché - et continuent à le faire - un tiers chemin entre une coordination qui ne fournit plus les moyens de penser son avenir et un transfert accru de compétences à l'Union trop audacieux pour trouver sa place en période de crise. » Voilà pourquoi, expliquent-ils, la gouvernance de la zone euro « tourne en un exercice d'équilibrisme juridique et politique », elle qui reste encore et toujours « complexe, illisible et difficilement compréhensible, y compris pour le public averti ». Grâce à ce livre, peut-être sera-ce un peu moins vrai pour ceux qui l'ont lu. Il n'empêche que le commissaire Pierre Moscovici n'a pas tort lorsqu'il explique, dans sa préface, qu'il en faudra beaucoup plus pour arriver enfin à faire prévaloir l'intérêt général européen, lequel « n'est pas nécessairement, et même rarement, la somme totale d'intérêts nationaux par essence divergents ». Pour le coup, il a tout à fait raison, mais pensait-il vraiment la même chose lorsqu'il était le ministre français des Finances ? Poser la question, c'est sans doute, hélas, y répondre…

Michel Theys

*** ZAFIRIS TZANNATOS: La Grèce des mémorandums 2010-2012. Les chiffres, le programme et l'expérience internationale depuis 1980. Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3642003 - fax: 3642030 - Courriel: info@dardanosnet.gr). 2016, 248 p., 10 €. ISBN 978-960-011-768-4.

Le simple examen des résultats et des tendances financières enregistrés en Grèce depuis 2010 conduit à la conclusion, sans même avoir à prendre en compte les faiblesses institutionnelles et l'état dysfonctionnel du pays, que les hypothèses et les attentes qui ont fondé les mémorandums étaient fallacieuses, ce que l'expérience internationale enseignait. En tenir compte aurait permis que la Grèce, mais aussi l'Europe tout entière, se porte mieux aujourd'hui. Selon l'auteur, professeur d'économie à l'Université américaine de Beyrouth, mais aussi conseiller de la Banque mondiale et de l'Organisation internationale du travail, les mémorandums ont procédé, à tort, de la conviction que la Grèce souffrait d'un problème occasionnel de liquidité, alors que le pays était en réalité insolvable. Les mesures « curatives » ont été nombreuses, mais introduites par à-coups, de façon sporadique, et ont été mises en oeuvre en l'absence d'une stratégie de développement cohérente, entraînant vite un excès d'austérité et son lot d'implications sociales. Après une description du contexte historique, Zafiris Tzannatos analyse les causes de la crise grecque à la lumière des leçons à tirer de l'expérience internationale en matière de dette publique. Il analyse également les données spécifiques à l'économie grecque, telle que l'importance du secteur public, avant de présenter de manière détaillée les différentes étapes du programme d'ajustement, à savoir le Mémorandum I (mai 2010-juillet 2011), le Mémorandum II (juillet-octobre 2011) et le Mémorandum II révisé (octobre 2011-mai 2012). Au fil des pages, l'auteur pose et apporte des réponses à certaines questions-clé: la réduction du déficit doit-elle être obtenue par le biais de réductions de dépenses ou par des augmentations d'impôt ? Les pensions avaient-elles à être prises en compte comme un facteur déterminant en vue de réduire la pauvreté ? L'économie souterraine a-t-elle été correctement prise en compte ? Le dialogue social a-t-il été négligé ? La Grèce est-elle une économie de coûts de main-d'oeuvre élevés ou plutôt une économie de coût élevé ? L'analyse et les conclusions qu'en tire l'auteur conduisent à la formulation de politiques alternatives de nature à mettre fin à la crise actuelle en Grèce et en Europe. Le livre est enrichi par une vaste bibliographie, des diagrammes, des tableaux et des annexes statistiques.

(AKa)

*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Mai/juin 2016, n° 95, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.

Ce numéro de la revue progressiste belge francophone revient sur les conséquences des attentats tant à Paris qu'à Bruxelles en observant que le racisme et la chasse aux musulmans ne règleront rien au problème des inégalités, l'ennemi étant « les véritables profiteurs » qui « ne sont que 1% dans la société ». Un Dossier très complet est aussi consacré aux « mutations de l'information à l'ère numérique », deux sociologues jetant aussi un regard éclairant sur les dessous de l'économie « collaborative ». A noter aussi une analyse au vitriol de la manière dont la Banque mondiale s'attaque aux droits humains.

(MT)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Juin 2016, n° 172, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.

Dans ce numéro d'une revue fédéraliste française toujours pugnace, une attention toute particulière est accordée au « Brexit » et à ses conséquences. Dès l'éditorial, il est constaté, à la suite de Cohn-Bendit, que cet événement funeste a le mérite de faire apparaître « les contradictions du populisme », tandis que Jean-Pierre Gouzy perçoit un « jeu de farces et attrapes » qui doit amener « les partisans d'une Europe fédérale » à sortir de leur torpeur. La question des langues fait aussi l'objet de quelques contributions, parmi bien d'autres.

(MT)

La prochaine Bibliothèque européenne, le n° 1149, sera publiée le mardi 6 septembre

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