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Bulletin Quotidien Europe N° 11596
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) turquie

Les Européens dénoncent le coup d'État, mais appellent M. Erdogan à respecter l'État de droit

Bruxelles, 18/07/2016 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères ont condamné, à leur arrivée au Conseil, lundi 18 juillet, la tentative avortée de coup d'État en Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet, tout en appelant au respect de l'État de droit. Une fois n'est pas coutume, l'UE a été la première à réagir au coup d'État dans la nuit même, alors que les événements n'étaient pas encore clairs.

Dans les conclusions qu'ils ont adoptées lors de leur Conseil, à l'occasion duquel la situation en Turquie avait été ajoutée à l'ordre du jour après la tentative de coup d'État, les ministres condamnent fermement cette tentative et réitèrent leur plein soutien aux institutions légitimes du pays. Parallèlement, ils appellent les autorités turques, y compris « les forces de police et de sécurité », à faire preuve de retenue. « Tout doit être fait pour éviter de nouvelles violences, afin de protéger des vies et de rétablir le calme », estime le Conseil.

Les ministres appellent par ailleurs au « plein respect » de l'ordre constitutionnel turc, soulignant qu'il est important que l'État de droit prévale. Selon eux, « il est crucial d'assurer le plein respect de toutes les institutions démocratiques du pays, y compris le gouvernement élu et la Grande Assemblée nationale turque ». Les ministres rappellent aussi « la nécessité de respecter la démocratie, les droits de l'homme et des libertés fondamentales et le droit de chacun à un procès équitable en pleine conformité avec la Convention européenne pour la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales, y compris le Protocole 13 sur l'abolition de la peine de mort ».

Lors de leurs différentes interventions publiques, lundi, la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, le commissaire aux Négociations d'élargissement, Johannes Hahn, et les ministres ont d'ailleurs insisté sur le respect de l'État de droit. « Il n'y a pas d'excuse pour éloigner un pays des droits fondamentaux et de l'État de droit », a souligné Mme Mogherini, lors d'une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d'État américain, John Kerry.

« On ne peut pas accepter la dictature militaire, mais, en même temps, nous devons être vigilants pour que les autorités turques ne mettent pas en place un système politique qui se détourne de la démocratie », a expliqué le ministre français, Jean-Marc Ayrault. « Après l'échec de la tentative de coup d'État, la réponse ne doit pas être moins de démocratie, mais plus de démocratie. Ce qu'il faut c'est que les libertés fondamentales soient respectées, que ceux qui ont pris la responsabilité du coup d'État soient présentés à la justice dans le cadre de l'État de droit », a-t-il aussi expliqué, précisant que « la Turquie devait sortir plus forte et plus démocratique de ce qu'il s'est passé ». Pour le Belge Didier Reynders, s'il faut condamner le coup d'État, « il faut aussi demander aux autorités turques de réagir de manière proportionnée en respectant l'État de droit ». « Il ne faut pas qu'une dérive s'installe », a-t-il ajouté, citant la purge des magistrats. Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a annoncé lundi que plus de 7 500 personnes (plus de 600 militaires, 755 magistrats et 100 policiers) avaient déjà été placées en garde à vue après le coup d'État manqué, et que près de 9 000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, en majorité des policiers, ont été limogés. Pour M. Hahn, il semble que quelque chose ait été préparé. « Les listes sont disponibles, ce qui indique que cela a été préparé et pour être utilisé à un certain stade», a-t-il expliqué. « Je suis très inquiet, c'est exactement ce que nous craignions », a-t-il ajouté.

La Haute Représentante et les ministres ont dénoncé en particulier l'annonce du président turc, Recep Tayyip Erdogan, d'un possible retour à l'utilisation de la peine de mort. « Le rejet sans équivoque de la peine de mort est un élément essentiel de l'acquis de l'Union », préviennent les ministres dans leurs conclusions. « Aucun pays ne peut devenir membre de l'UE s'il introduit la peine de mort. C'est très clair dans notre acquis », a rappelé Mme Mogherini. Pour M. Reyders, « ce n'est pas acceptable dans le contexte d'un rapprochement avec l'UE ».

Enfin, les conclusions du Conseil rappelle que « la Turquie est un pays candidat et un partenaire clé pour l'UE. Celle-ci reste déterminée à travailler de concert avec une Turquie démocratique, inclusive et stable pour s'occuper des défis communs ». « L'avenir direct de la Turquie se joue ces jours-ci », a ainsi estimé le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn. « L'UE peut jouer un rôle important pour avertir - pas donner des leçons - mais essayer de calmer le jeu pour que la stabilité revienne, qu'on puisse vraiment essayer, avec tous les moyens à notre disposition, de montrer qu'il est très important que la relation entre l'UE et la Turquie, dans l'intérêt des deux, ne soit pas détruite », a-t-il expliqué.

Et une des interrogations qui se posent porte sur l'avenir de l'accord UE/Turquie du 18 mars. La Commission européenne a insisté, lundi, sur le fait que la tentative de coup d'État avortée en Turquie ne remettait pas en cause l'accord ou déclaration du 18 mars négocié entre l'UE et les autorités d'Ankara sur le retour des migrants irréguliers depuis la Grèce vers la Turquie. La Commission n'a pas non plus spécifié si les évènements sanglants du week-end auraient pour conséquence de ralentir la mise en oeuvre de cette partie de l'accord, qui concerne aussi des chapitres d'adhésion. Interrogé sur ce point, le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, a déclaré que la mise en oeuvre réussie de cet accord « dépendait de la détermination de toutes les parties concernées » et que celles-ci devaient « respecter leurs engagements respectifs ». L'Union européenne « va respecter sa part et va continuer à mettre en oeuvre cet accord », a ajouté M. Schinas. « En contrepartie, on espère que la Turquie fera de même ». Le porte-parole a encore expliqué que plusieurs travaux continuaient d'être en cours, notamment sur la libéralisation des visas, des travaux qui sont presque « bouclés », a même avancé M. Schinas.

En vertu de l'accord UE/Turquie du 18 mars, les autorités grecques, après avoir réalisé un examen préalable des dossiers, sont autorisées à renvoyer en Turquie des demandeurs d'asile arrivés de manière irrégulière en Grèce. La Grèce, pour ce faire, doit ainsi décréter que la Turquie est un pays tiers sûr. En échange, l'UE s'est engagée à réinstaller sur son sol des réfugiés syriens abrités dans des camps en Turquie (855 personnes avaient été réinstallées au 15 juillet) et finance aussi, à hauteur de 3 milliards d'euros pour commencer, des projets humanitaires en Turquie. Des sources de la Commission ont expliqué lundi à midi qu'aucun retour de migrant ou demandeur d'asile vers la Turquie n'avait eu lieu ces derniers jours. (Camille-Cerise Gessant et Solenn Paulic)

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