Bruxelles, 05/07/2016 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'en est pris aux partisans d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne qui ont démissionné après leur victoire au référendum britannique, mardi 5 juillet, lors d'un débat en session plénière du Parlement européen à Strasbourg sur les résultats du sommet européen.
M. Juncker a ainsi fait allusion à Nigel Farage, chef du parti UKIP qui a déposé sa casquette de leader tout en choisissant de continuer de siéger au PE ainsi qu'à Boris Johnson, l'ancien maire de Londres qui a renoncé à briguer le poste de Premier ministre, trahi par son compagnon du camp 'Leave', Michael Gove. Il a pointé du doigt la lâcheté de ces « tristes héros ». « Ceux qui ont provoqué ce résultat en Grande-Bretagne quittent la scène les uns après les autres: Johnson, Farage, d'autres », a observé M. Juncker. « Ce sont à proprement parler des 'rétro-nationalistes', pas des patriotes. Les patriotes ne quittent pas le navire quand la situation devient difficile. Ils restent », a-t-il poursuivi.
L'ancien Premier ministre luxembourgeois et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont rappelé qu'aucune négociation avec le Royaume-Uni ne débuterait avant que Londres n'ait notifié la volonté du Royaume-Uni de quitter l'UE (EUROPE 11582). Aucune négociation sur la forme future de la relation entre les deux parties ne se tiendra non plus pendant la phase de divorce, a précisé M. Tusk. M. Juncker a aussi estimé que, dans le cadre de la réflexion sur l'avenir de l'UE à Vingt-Sept États membres, l'heure n'était pas à une réforme des traités européens mais à l'accélération de l'agenda européen de réformes (voir autre nouvelle).
Le président de la Commission a, par ailleurs, écarté les attaques lancées sur sa personne (EUROPE 11586). « Pourquoi me démettrais-je de mes fonctions ? », a-t-il questionné, ne voyant pas pourquoi la Commission serait responsable du 'Brexit'. Il s'est inscrit en faux contre les affirmations « simplistes », relayées par la presse britannique selon laquelle il aurait « demandé l'indépendance de l'Écosse » ou appelé à la disparition des États-Nations.
La 'Grande coalition' soutient M. Juncker
Manfred Weber (PPE, allemand) ne comprend pas les critiques à l'égard de M. Juncker. « Depuis deux ans, la Commission, sous la houlette de M. Juncker, a accompli du bon travail », a-t-il estimé. Et lors de la campagne du référendum britannique, tout le monde était d'accord pour demander à la Commission de ne pas intervenir dans le débat, a-t-il dit. « Critiquer 'Bruxelles' pour son silence, c'est incompréhensible. On ne peut pas rejeter la responsabilité sur 'Bruxelles' d'une décision britannique », a dit M. Weber. Au nom du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella a défendu M. Juncker, fervent partisan de la méthode communautaire. « Certains souhaitent installer à la place de cette Commission politique une simple Commission de bureaucrates téléguidés par leur capitale », a-t-il noté. Dénonçant « les rats qui quittent le navire », le Belge Guy Verhofstadt (ADLE) a promis un rapport du PE à la rentrée sur la façon de régénérer l'UE en revenant « aux idéaux des pères fondateurs ». Si l'UE ne change pas, elle mourra, a prédit le patron des libéraux au PE.
Syed Kamall, le patron du groupe CRE favorable à la sortie du Royaume-Uni, s'est insurgé contre le fait que l'UE poursuivait un agenda datant « des années 1950, avec les États-Unis d'Europe ». Les citoyens de 2016 veulent une Commission qui agisse sur les problèmes du présent, a-t-il fait valoir.
Les partisans de la sortie de l'UE ont eux dénoncé une Europe qui cède toujours plus à la tentation « intégrationniste » comme l'a dit l'élu du Front national, le Français Bruno Gollnish, ainsi qu'une confiscation des droits démocratiques, le député citant l'exemple de l'accord de libre-échange avec le Canada.
Un nouveau commissaire britannique
Selon le Financial Times, le Premier ministre britannique David Cameron serait sur le point de nommer l'actuel ambassadeur du Royaume-Uni en France, Sir Julian King, en remplacement du commissaire sortant, Jonathan Hill, dont la démission sera effective au 15 juillet (voir autre nouvelle). M. Cameron avait convenu avec M. Juncker, lors du dernier sommet, qu'un commissaire britannique serait nommé jusqu'à ce que le Royaume-Uni demeure dans l'UE. (Solenn Paulic et Lionel Changeur)