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Bulletin Quotidien Europe N° 11582
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) royaume-uni

Le PE prône « une feuille de route pour une Union meilleure »

Bruxelles, 28/06/2016 (Agence Europe) - Le Parlement européen s'est prononcé majoritairement pour l'élaboration d'« une feuille de route pour une Union meilleure » dans une résolution qu'il a adoptée, mardi 28 juin, lors d'une session plénière extraordinaire convoquée après que le référendum au Royaume-Uni a été remporté par les Britanniques partisans d'une sortie de leur pays de l'Union européenne.

Rappelant que « l'approbation du Parlement est requise en vertu des traités », les députés veulent être « pleinement associés à toutes les étapes des procédures » concernant, à la fois, l'accord de retrait du Royaume-Uni et toute relation future entre celui-ci et la future Union à vingt-sept États membres. Alors qu'ils prônaient au départ une activation immédiate de l'article 50 du traité initiant la procédure de retrait de l'UE (EUROPE 11581), ils demandent finalement que le lancement des négociations entre l'UE et le Royaume-Uni soit « aussi rapide que possible », puisque le Premier ministre britannique sortant, David Cameron, ne devait pas déclencher la procédure de retrait lors du Conseil européen qui s'est ouvert mardi (voir autre nouvelle).

Lors du débat en présence de la quasi totalité du collège des commissaires européens, dont le Britannique Jonathan Hill démissionnaire (EUROPE 11581), le président du Parlement, l'Allemand Martin Schulz, a estimé que la volonté de sortir de l'UE exprimée par une majorité des Britanniques devait être respectée. Au nom de la présidence néerlandaise du Conseil de l'UE, Jeanine Hennis-Plasschaert a estimé que « le Royaume-Uni est et restera une nation européenne, car nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes espoirs ». « L'Europe n'est pas une affaire seulement cérébrale. Il faut savoir raison garder, mais aussi dire qu'on est triste après ce vote. Je ne suis pas un technocrate, j'ai été élu par cette assemblée. (…) Je ne suis pas un robot, je suis Européen », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Touché dans ses convictions, l'ancien dirigeant luxembourgeois a assuré qu'il n'était « ni fatigué, ni malade », promettant de se battre « jusqu'à son dernier souffle » pour une Europe unie, qui préserve la paix et nourrisse la prospérité.

Avenir de l'Union européenne

Alors que les chefs d'État ou de gouvernement se réuniront mercredi à vingt-sept sans le Royaume-Uni pour évoquer l'avenir de leurs relations, le Parlement souligne dans sa résolution que « les défis actuels nécessitent une réflexion sur l'avenir de l'Union européenne » afin de rendre l'Union « plus démocratique » et capable de surmonter « l'incertitude économique et sociale persistante », conformément aux attentes des citoyens. « Si certains États membres peuvent décider d'intégrer l'Union selon un processus plus lent, ou à un degré moindre, le noyau dur de l'Union doit quant à lui être renforcé et les solutions à la carte devraient être évitées », estiment aussi les députés.

Les forces politiques pro-européennes ont réitéré leur vision de l'Europe qu'ils ont exprimée à chaud, vendredi 24 juin, après l'annonce des résultats du référendum britannique (EUROPE 11580).

« Nous devons nous lever et nous battre pour défendre le projet européen », a indiqué l'Allemand Manfred Weber au nom du groupe PPE, se disant « Bavarois, citoyen allemand et Européen convaincu ». Le président du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella, a jugé indispensable de « réaffirmer le pouvoir de la démocratie sur les pouvoirs cachés de la caste financière ». Il a prôné une Europe socialement irréprochable via la lutte contre le 'dumping' fiscal et social, une position aussi défendue par Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande). Et M. Pittella de remettre sur la table l'élection du président de la Commission européenne au suffrage universel direct. Pour Guy Verhofstadt (ADLE, belge), esquisser l'avenir du Vieux continent est somme toute facile. « Pas besoin de faire preuve d'imagination, mais d'une bonne mémoire pour revenir aux idéaux des Pères fondateurs », a-t-il estimé, plaidant pour « un gouvernement pour la zone euro, des gardes-frontières européens, une capacité européenne pour lutter contre le terrorisme, une communauté européenne de défense, car les Américains ne sont plus prêts à payer ». Au nom du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts a listé trois options: un repli nationaliste et xénophobe prêché par Nigel Farage (ELDD, britannique) et Marine Le Pen (ENL, française), le maintien de « l'orthodoxie néolibérale » qui bride la capacité des États et libère les forces du marché, et, enfin, une « option résolument pro-européenne en rupture avec la pensée unique » qui remette la dignité humaine au coeur de la politique. « Aucun mur ne sera assez haut ni assez épais pour isoler l'Europe des défis du XXIème siècle », a-t-il lancé.

Les europhobes jubilent

« Comme c'est drôle, n'est-ce pas ? », a ironisé Nigel Farage. Quand je suis arrivé, il y a 17 ans, j'avais dit que je militais pour la sortie de mon pays de l'Union: « Plus personne ne rigole maintenant ! », a-t-il raillé. Il a fustigé l'attitude des pro-Européens qui s'enfoncent « dans le déni »: votre monnaie a échoué, vous imposez la pauvreté à la Grèce, l'arrivée massive des réfugiés avec l'appel d'air de Mme Merkel a semé les dissensions ! Et bien, les Britanniques ont dit 'stop' car « vous leur avez imposé une Union politique », a-t-il ajouté, énumérant les précédents référendums français, néerlandais et irlandais. Vigoureusement sifflé dans l'hémicycle, il a prédit que « le Royaume-Uni ne sera pas le dernier État membre à quitter l'UE ». Quant aux négociations sur le retrait de l'Union, mieux vaut ne pas trop attendre, a-t-il reconnu, convaincu qu'une absence d'accord sur les nouvelles relations entre le Royaume-Uni et l'Union ne serait « pas plus mal que l'accord pourri qu'on a actuellement ».

Plusieurs dirigeants - parmi lesquels M. Weber, M. Verhofstadt et M. Juncker - ont accusé l'eurodéputé d'avoir menti à ses compatriotes, notamment à propos de l'adhésion prochaine de la Turquie à l'UE et des millions de livres sterling versés au budget communautaire et qui seraient réinvestis dans le secteur social au Royaume-Uni. M. Verhofstadt a comparé les affiches de campagne du parti UKIP de M. Farage à de la propagande nazie. « L'histoire jugera les vendeurs de fumée » qui ont fait plonger leur pays dans le « chaos institutionnel », a tranché M. Pittella. Mme Zimmer a dénoncé la vision « encore plus néolibérale » de M. Farage que celle du gouvernement britannique actuel. Ce qui restera à long terme, « c'est la peur », a-t-elle ajouté.

Les résultats du référendum britannique font pousser des ailes aux europhobes. Pour Marine Le Pen (ENL, française), la volonté d'une majorité de Britanniques est « le triomphe de la volonté d'un peuple », « un signal de liberté » envoyé au monde entier. Cet événement, « de loin » le plus important en Europe depuis la chute du Mur de Berlin, ce « cri d'amour » pour les Nations et le « patriotisme économique » constitue « une gifle » aux tenants du système européen fondé sur la peur et les mensonges, à ceux qui imposent « la pauvreté à perpétuité » et l'immigration « massive ». « Rangez vos discours de rageux, réjouissez-vous ! », a lancé l'élue d'extrême-droite, prête à organiser un référendum similaire en France si elle est élue présidente de la République au printemps 2017.

« Vous n'avez rien compris », a lancé Ryszard Antoni Legutko (CRE, polonais) aux élus pro-européens qui, selon lui, usent de la même rengaine, aujourd'hui  « avec peut-être un peu plus d'émotion », pour critiquer les nationalistes et les chauvinistes. D'après lui, les résultats du référendum britannique sont « mauvais pour l'Union européenne, mais pas pour les Britanniques qui s'en sortiront très bien ».

Plus mesuré, le président du groupe CRE, le conservateur britannique Syed Kamall, qui avait appelé à voter pour la sortie de l'UE, a exhorté ses interlocuteurs à « garder la tête froide » afin d'aboutir in fine à un « accord bénéfique » pour le Royaume-Uni et l'Union. Il a espéré que les Britanniques pourront s'accorder pour dire qu'ils restent « une nation tolérante » et « devenir de bons voisins » de l'Union européenne. « Il faut désormais faire au mieux dans la situation où nous nous trouvons », a philosophé le commissaire sortant, Jonathan Hill, qui s'est dit « très ému par la générosité du Parlement européen », via son compte Twitter.

Appel à l'aide des Écossais et des Irlandais du Nord

Quoi que disent les vainqueurs du référendum britannique, la perspective d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE a plongé celui-ci dans une crise institutionnelle profonde. Après que 62% des Écossais ont voté pour le statu quo, le Parti national écossais (SNP), au pouvoir en Écosse, planche sur les voies institutionnelles qui permettraient d'empêcher un 'Brexit', et il a entamé les préparatifs d'un deuxième référendum sur l'indépendance après celui perdu en septembre 2014.

L'élu du SNP, Alyn Smith (Verts/ALE, britannique) s'est dit « fier d'être Ecossais et Européen ». « Les populations écossaise et de l'Irlande du Nord ont voté pour rester au sein de la famille des nations européennes. Je demande que leur statut soit respecté ! », a-t-il plaidé, devant un hémicycle acquis à sa cause. Et d'ajouter: « L'Écosse ne vous a pas laissé tomber, alors ne laissez pas tomber l'Écosse maintenant ! ».

Dans la même veine, l'élue du parti Sinn Fein, Martina Anderson (GUE/NGL, britannique), a rappelé que les Nord-Irlandais avaient majoritairement voté pour rester dans l'UE. « Nous vous demandons de respecter notre voix. La dernière chose dont l'Irlande a besoin est d'une frontière européenne au-milieu de l'Irlande », a-t-elle souligné. Et de critiquer la Commission et les États membres pour n'avoir pas écouté les avertissements formulés contre les « pratiques antisociales et antidémocratiques » de l'Europe. « Changez de cap ! », a-t-elle exhorté. (Mathieu Bion)

 

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