Bruxelles, 28/06/2016 (Agence Europe) - L'Union européenne a réalisé des « progrès notables » pour l'intégration des Roms, selon deux rapports publiés mardi 28 juin, l'un de la Cour des comptes européenne et l'autre de la Commission européenne. Des problèmes persistent toutefois, comme l'absence de données statistiques sur l'appartenance ethnique au niveau européen et d'initiatives nationales pour veiller à ce que les évacuations forcées se fassent dans le respect du droit de l'UE.
C'est l'un des problèmes importants qu'a identifiés la Cour des comptes: de quelle manière évaluer les progrès réels réalisés dans l'Union pour l'intégration des Roms sans disposer de données statistiques sur les Roms ? « En l'état actuel des choses, nous ne savons pas véritablement dans quelle mesure les Roms sont bien intégrés, parce que nous ne disposons pas de données fiables. Nous ne connaissons même pas leur nombre avec certitude », a ainsi constaté Henri Grethen, responsable du rapport de la Cour, qui a porté sur les initiatives et le soutien financier de l'UE pour l'intégration des Roms ces dix dernières années, en particulier en Bulgarie, en Espagne, en Hongrie et en Roumanie.
Parmi les nombreuses autres recommandations formulées, cela amène la Cour à demander que la Commission oeuvre, avec les États membres, à l'élaboration d'une méthodologie commune pour obtenir des données sur l'origine ethnique qui permettent de suivre l'intégration sociale des Roms. Les États membres sont ensuite encouragés à collecter, au cours des deux prochaines années, toutes les données statistiques qu'il sera possible d'obtenir sur l'appartenance ethnique. M. Grethen est conscient du fait que « l'origine ethnique est un sujet sensible ». Mais, l'absence de données fiables « constitue un obstacle qui, s'il n'est pas levé, entravera l'élaboration des politiques jusqu'en 2020 », a-t-il prévenu.
La Commission a, de son côté, publié le même jour son premier rapport d'évaluation des mesures prises par les États membres pour donner suite à la recommandation du Conseil de 2013, relative à des mesures efficaces d'intégration des Roms (EUROPE 10875). Le bilan qu'elle en tire est plutôt positif, observant une hausse des investissements dans l'éducation en tant que moyen d'intégration, une meilleure utilisation des fonds de l'UE et une coopération plus étroite entre société civile et autorités locales. Il ne faut toutefois pas s'asseoir sur ses lauriers, mais « faire preuve d'une plus grande détermination politique » et engager « des mesures supplémentaires » dans « tous les domaines », insiste la Commission. La Cour a dressé finalement un constat similaire, tout en appelant notamment à préciser le niveau de financement en faveur de l'intégration des Roms.
Des politiques discriminatoires continuent toutefois d'exister, a rappelé la Commission, en faisant référence à la récente ouverture d'une procédure d'infraction à l'encontre de la Hongrie qui confinerait sciemment les enfants roms dans des instituts pour handicapés mentaux (EUROPE 11559). Par ailleurs, dans la longue liste des « mesures horizontales de lutte contre la discrimination » recommandées en 2013 par le Conseil, il est à noter que, à l'heure actuelle, pas un seul État membre n'a notifié avoir fait quelque chose pour « veiller à ce que les évacuations forcées se fassent en pleine conformité avec le droit de l'UE et avec les obligations internationales en matière de droits de l'homme ». C'est là l'unique recommandation que personne ne s'est empressé de concrétiser. (Jan Kordys)