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Bulletin Quotidien Europe N° 11544
Sommaire Publication complète Par article 25 / 25
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1137

*** HUBERT VEDRINE: Le monde au défi. Librairie Arthème Fayard (13 rue Montparnasse, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45498200 - Courriel: info-fayard@editions-fayard.fr - Internet: http://www.fayared.fr ). 2016, 118 p., 15,15 €. ISBN 978-2-213-70089-2.

Cinq années durant ministre français des Affaires étrangères dans le gouvernement de Lionel Jospin sous la présidence de Jacques Chirac, Hubert Védrine n'a guère laissé le souvenir d'un grand défenseur de la cause européenne. Cet opuscule confirme qu'il n'y est toujours pas acquis. Il confirme aussi, par contre, que ce diplomate de profession reste un citoyen du monde perpétuellement aux aguets, cherchant à discerner où toutes les opportunités et vicissitudes du temps sont susceptibles de conduire les États de la planète. Ce petit pensum le retrouve à nouveau au chevet du patient mondial, établissant un diagnostic en demi-teintes, sans beaucoup d'illusions…

Notre monde, l'auteur l'appréhende à la lumière du concept de « communauté internationale » qui n'est rien d'autre, à ses yeux, qu'un « paradoxal tic de langage ». Dans un premier temps, il commence par expliquer que ce concept reste largement vide de sens, un objectif que s'assignent certains, les Occidentaux, mais qui reste loin d'être une réalité tangible, seules les élites internationales ayant la faiblesse de l'assimiler à leurs petits cénacles. En réalité, argue-t-il, les nations restent les seules réalités intangibles, seul l'Occident s'étant laissé à croire que ses valeurs étaient de nature universelle et que la mondialisation marchande « avait vocation à unifier le monde et à dissoudre les identités récalcitrantes comme de vulgaires calculs rénaux ». Or, il n'en est rien car les autres peuples et régions du monde font de la résistance, chacun à sa manière. Le regard qu'il porte à cet égard notamment sur les Russes (humiliés suite à la perte de l'Ukraine qui « était russe depuis plus longtemps que la Bretagne n'est française »), les Chinois et un monde musulman « rongé par l'amertume et le ressentiment » qui ne reconnaît que la communauté de l'Oumma est révélateur, à cet effet, des écueils qui jonchent la voie susceptible de mener à une communauté internationale vécue comme telle par tous. D'où, in fine, son pessimisme quant à la possibilité que celle-ci puisse naître à courte échéance, éventuellement par la grâce d'une « grande rupture » ou de « chocs créateurs ». Il n'y croit pas. Seule la prise de conscience de la nécessité vitale de conserver la planète Terre dans état habitable pour ses habitants, les hommes comme tous les autres êtres vivants, pourrait un jour, estime-t-il, conduire au miracle d'une humanité solidaire.

En conclusion, Hubert Védrine plaide donc pour que les décideurs mondiaux passent au plus vite « de la géopolitique à la géo-écologie ». Les arguments qu'il avance à cette fin sont convaincants. Toutefois, il y a malaise: certaines idées véhiculées plus tôt dans l'ouvrage à propos de l'Europe jettent une ombre sur sa crédibilité, sur sa capacité à observer le monde sans les oeillères dont aiment à s'affubler une certaine élite et l'ancienne diplomatie françaises. Ne donnons qu'un exemple: il salue « certains Européens, en général des Français », qui ont cherché à ce que l'Europe, « enfin sortie de la léthargie stratégique qui lui sert de cocon depuis 1945, se métamorphose en une vraie puissance », voulant même que puisse être enfin construite « une Europe de la Défense, inversant ainsi une tendance vieille de soixante-dix ans ». Ecrire ceci sans rappeler que c'est bel et bien l'Assemblée nationale française qui, grâce à l'action contre nature des gaullistes et des communistes, a signé l'arrêt de mort du projet de Communauté européenne de défense en 1954, voilà qui s'inscrit assurément dans la catégorie des énormes mensonges par omission ! Ne vous étonnez pas dès lors si notre homme puisse aussi imaginer que le Conseil de sécurité des Nations unies puisse, pour qu'il gagne en légitimité, être élargi mais sans qu'il soit porté atteinte au droit de veto des « membres permanents », affirmer qu'un plus grand usage du principe de subsidiarité « au sein de la confédération à 28 et de la fédération d'États-nations à 19 (zone euro) » aurait « peut-être rendu superflu le référendum britannique » et plaider pour une « pause dans l'intégration, sauf exception justifiée (exemple: refaire un Schengen crédible) ». En somme, si Hubert Védrine se veut médecin au chevet du monde, c'est un rebouteux qui apparaît lorsqu'il s'agit d'Europe !

Michel Theys

*** THANOS DOKOS (sous la dir. de): Le livre blanc sur la politique extérieure grecque, la défense et la sécurité. Les défis, les possibilités et les propositions politiques. Éditions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. (30-210) 3833434 - fax: 3832294 - Courriel: contact@isideris.gr). 2016, 370 p., 30 €. ISBN 978-960-080727-1.

Par ce « livre blanc », Thanos Dokos a eu l'ambition d'offrir un document d'une haute valeur stratégique au service de la place de la Grèce dans le monde en répertoriant les objectifs et les constantes de la stratégie nationale grecque, les partenaires du pays et ses zones d'intérêt, ses priorités, ainsi que les problèmes, menaces, défis et opportunités qui se présentent à lui. Comme l'explique le coordinateur de l'ouvrage (enseignant au département des études internationales et européennes de l'Université du Pirée, mais aussi à l'Ecole de la Défense et à l'Ecole de la sécurité nationale, étant en outre directeur de recherche à la Fondation grecque pour la politique européenne et étrangère), les auteurs ont visé trois objectifs principaux: 1) décrire les caractéristiques des tendances émergentes et les défis de sécurité clés du 21ème siècle ; 2) relever les dilemmes actuels et prévisibles, les défis et les opportunités potentielles pour la politique étrangère, la défense et la sécurité de la Grèce ; 3) formuler des recommandations politiques pragmatiques pour que puissent être atteints les objectifs fixés en vue de parvenir à l'utilisation optimale des coefficients nationaux de résistance. Dans ce contexte, les trente contributions voient les auteurs, tous universitaires, examiner les relations de la Grèce avec l'Union européenne et les puissances mondiales, les zones d'intérêt du moment et du futur (États-Unis, Russie, Chine, Asie, Afrique, Amérique latine), la politique régionale grecque (avec des regards sur les Balkans, la Méditerranée, le Moyen-Orient et la mer Noire), les relations gréco-turques et la question chypriote. Il est aussi question d'un certain nombre de questions spécifiques et d'outils de la politique étrangère: politique de défense et de sécurité, sécurité intérieure, diplomatie économique, énergie, hellénisme, migrations, diplomatie multilatérale, diplomatie culturelle, etc.). Le cadre institutionnel de la politique étrangère grecque est lui aussi analysé, une vaste bibliographie ponctuant l'ouvrage. (AKa)

*** SOTIRIS DALLIS, CONSTANTINOS MAGLIVERAS (sous la dir. de): La Méditerranée, la Grèce et le monde. Hier et aujourd'hui. Éditions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 278 p., 18 €. ISBN 978-960-02-2985-1.

Ce beau travail collectif peut être considéré comme une réflexion sur la mémoire et l'héritage de la culture méditerranéenne, comme une invitation faite aux peuples de la Méditerranée de gagner ou regagner le multiple, l'épique, le tragique de leur immense patrimoine. Une invitation qui fait suite à celle du penseur français Edgar Morin qui prônait l'acceptation de la diversité méditerranéenne, la volonté de ne pas être reconduit à la division mais de chercher à comprendre afin de, finalement, faire l'union. Jusqu'où va la Méditerranée ? Personne ne le sait avec certitude car ses frontières ne sont figées ni dans l'espace ni dans le temps. Comment et par rapport à quoi les définir ? Ces frontières ne sont ni historiques, ni nationales, ni ethniques. S'il est difficile de connaître toute la Méditerranée, quelque chose d'inexplicable nous pousse à l'évidence toujours à essayer de remodeler la mosaïque qu'elle est. L'Europe est née en Méditerranée, au Maghreb, au Proche et au Moyen-Orient, du judaïsme, du christianisme et de l'islam, à Athènes comme à Rome, à Jérusalem comme à Alexandrie, à Constantinople comme à Venise et à Gênes. Elle est fille de la dialectique, de la démocratie et de l'art de la Grèce, de l'État romain, du droit romain qui s'en allait jusqu'aux marches de l'empire, de la vieille science arabe et de bien d'autres choses encore. Dans ce livre dont les auteurs sont tous enseignants dans des Universités grecques et dont Sotiris Dallis (maître de conférences en relations internationales et politique internationale au Département d'études méditerranéennes de l'Université de l'Egée) et Constantinos Magliveras (professeur qui enseigne le droit des organisations internationales dans le même département de la même Université) ont été les maîtres d'oeuvre, il est montré aussi que la Méditerranée a été diminuée suite à l'essor de l'Atlantique et, plus tard, du Pacifique, qu'elle est depuis devenue un grand lac qui est une zone sismique et où les religions se confrontent les unes aux autres, comme la laïcité et la religion, les riches et les pauvres, l'Ouest et l'Est, le Nord et le Sud... Aujourd'hui, notre Méditerranée nous fait mal à tous parce que les oasis cosmopolites, multinationales ou multiconfessionnelles se sont évanouies comme des mirages. Néanmoins, le souvenir de ces oasis doit nous inspirer, clament les auteurs: nous devons retrouver l'essence de la Méditerranée, située dans l'ouverture, dans la communication, dans la tolérance. Edgar Morin nous invitait à trouver dans la Méditerranée la substance mère, rappelant que sans la maternité, il ne peut y avoir de fraternité. Les auteurs de ce beau livre s'associent à son exhortation que la mer commune soit redécouverte et redevienne notre source de vie, de beauté et de poésie. (AKa)

*** CHARIS MYLONAS: Les compatriotes, les réfugiés, les minorités. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256146 - fax: 0256148 - Courriel: http://www.epikentro.gr ). 2016, 18 €. ISBN 978-960-458525-0

Qu'est-ce qui pousse un État à choisir d'intégrer un groupe ethnique ou, tout au contraire, de le bloquer ? Pourquoi peut-il décider de le reconnaitre officiellement comme une minorité ? Dans cette étude, Charris Mylonas examine de manière novatrice les effets des relations géopolitiques dans la conception des politiques publiques de reconnaissance des groupes ethniques non-traditionnels, à savoir chaque groupe de personnes que l'élite dirigeante nationale considère comme non-assimilé. Grâce à des recherches approfondies sur les Balkans, ce professeur de politique comparée à l'Université George Washington à Washington montre que la manière dont un État est confronté à un groupe ethnique non-dominant au sein de ses frontières est largement déterminée par la politique étrangère, à la lumière de la façon dont le statut qui lui est reconnu pourrait influencer les équilibres internationaux environnants et selon que ce groupe bénéficie de soutiens ou d'ennemis extérieurs. Etablissant un pont entre les relations internationales et la politique comparée, ce livre jette ainsi un regard novateur sur la manière dont des interventions internationales et des conflits ethniques au-delà des frontières nationales peuvent influencer des États lorsqu'il leur faut reconnaître un statut à des populations minoritaires. Il est à noter que la version anglaise du livre a reçu l'European Studies Book Award du Council for European Studies en 2014, ainsi que le Peter Katzenstein Book Prize du Council University en 2013. (AKa)

*** PIERRE CHABAL (sous la dir. de): Concurrences interrégionales Europe-Asie au XXIe siècle. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Enjeux internationaux", n° 33. 2015, 393 p.. ISBN 978-2-87574-277-3.

Cet ouvrage est issu des conférences Europe-Asie « L'interrégional dans tous ses états: concurrences Europe-Asie au XXIe siècle » organisées en 2012 au Havre et en 2014 à Almaty par les universités du Havre, de Xiamen (Chine), d'InHa (Corée), de Mongolie (MUIS) et du Kazakhstan (KazNU al-Farabi). Il rassemble une trentaine de chapitres rédigés par des auteurs en poste dans la plupart des pays couverts par cette approche plurielle, donnant la parole à des analystes qui mènent leurs recherches dans des pays situés au coeur de la construction de l'Asie régionale. Leur démarche collective consiste à vouloir comprendre l'Asie de l'après-guerre froide en mêlant approches institutionnelles, culturelles, historiques, politiques, économiques, lesquelles sont comparées a?n de résister à deux biais: l'ethnocentrisme, qui consisterait à juger l'Asie à partir d'un a priori, par exemple européen ; et le réductionnisme, qui suggèrerait de voir dans les institutions régionales la forme « essentielle » des relations et des concurrences entre les régions. Dans l'après-guerre froide, les régions mondiales ne relèvent pas d'une dynamique conjoncturelle depuis 1991 ou même depuis 1945. La « dynamique régionale », qui prend le relais des alliances du XIXe et d'avant, façonne le monde de manière profonde depuis les années 20, de l'Entente Baltique et de l'Entente Balkanique au Benelux qui devait inspirer l'Europe bientôt « communautaire ». Au-delà de la connaissance des régions, les auteurs réfléchissent à la signi?cation d'une institutionnalisation multilatérale plurirégionale qui relie les sous-continents entre eux, à commencer par les « dialogues » ou « sommets » interrégionaux eurasiens ou eurasiatiques. (PLa)

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