Bruxelles, 02/05/2016 (Agence Europe) - Cees Veerman, le président de la task force sur les marchés agricoles, a souligné le 26 avril qu'il ne souhaitait pas réviser la politique agricole commune (PAC), mais uniquement renforcer la position des agriculteurs de l'UE dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire.
Czeslaw Adam Siekierski (PPE, polonais), le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, a accueilli l'ancien ministre néerlandais de l'Agriculture de la manière suivante: « M. Hogan vous considère comme le chevalier blanc qui va nous sortir de la crise ».
La commission de l'agriculture du Parlement européen a reçu Cees Veerman, le président de la 'task force' sur les marchés agricoles. Elle a été mise en place par le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, pour trouver des solutions au manque de pouvoirs des agriculteurs au sein de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Cette task force a déjà eu trois réunions et publiera son rapport avec des recommandations « en octobre ou en novembre », a indiqué M. Veerman.
« Nous n'avons pas l'intention de réviser la PAC. Nous voulons améliorer la position de l'agriculteur dans la production alimentaire », a souligné M. Veerman. Il a présenté les experts des pays de l'UE qui sont membres de cette instance et les quatre axes de travail: 1) la transparence et les données des marchés: l'idée est de voir comment les agriculteurs peuvent profiter de données fiables et transparentes au moment de décider de vendre, acheter, labourer, planter ou traire ; 2) les marchés à terme: ces marchés doivent-ils être plus présents pour limiter les risques de fluctuations de prix sur un marché mondialisé. « Les prix sont plus volatiles et les marchés à terme aident sans doute à lisser les risques pour les agriculteurs et les acheteurs et éviter les imprévus », a précisé M. Veerman ; 3) la contractualisation (comment les contrats peuvent-ils garantir des revenus et contribuer à faire face à la volatilité des prix et comment rendre ces contrats davantage échangeables ?) ; 4) l'accès aux fonds d'investissement (comme le 'fonds Juncker'). M. Veerman a promis de tenir compte des remarques des eurodéputés dans les travaux de la task force.
Clara Eugenia Aguilera Garcia (S&D, espagnole) a estimé que l'agriculteur était le « maillon faible » dans la chaîne alimentaire. Elle ne croit pas à la réserve agricole de crise (qui est financée en réduisant les aides agricoles). Les contrats sur le lait qui existent notamment en Espagne n'empêchent pas la crise, a-t-elle constaté. James Nicholson (CRE, britannique) a espéré que ce rapport de la task force ne sera pas « classé sans suite ». Comment faire accepter aux agriculteurs ces marchés à terme et ces nouveaux marchés, il y a une défiance des agriculteurs vis-à-vis des transformateurs, a poursuivi M. Nicholson. Jan Huitema (ADLE, néerlandais) a évoqué les systèmes d'assurances et les liens avec les instruments financiers. Maria Lidia Senra Rodriguez (GUE/NGL, espagnole) a estimé que le fait de proposer aux agriculteurs de se tourner vers les marchés internationaux n'est qu'une « rustine ». Il faut, selon elle, s'intéresser aux problèmes des petites et moyennes exploitations sur notre marché intérieur. Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) s'est montré assez dubitatif sur les résultats à attendre de ce groupe. Il a critiqué la composition de ce groupe d'experts (pas de représentant du secteur agricole, sauf M. Veerman) et a demandé que l'on s'attaque à la concurrence déloyale sur les marchés. John Stuart Agnew (ELDD, britannique) a indiqué que les Canadiens ont utilisé un système d'assurances qui semble fonctionner. Mairead McGuinness (PPE, irlandaise), rapporteur sur la chaîne alimentaire, a souligné le besoin de légiférer au niveau européen pour lutter contre les pratiques déloyales. Il faudrait parler aussi, selon elle, d'enlever du pouvoir aux tout-puissants de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Angélique Delahaye (PPE, française), rapporteur sur la volatilité des prix, s'est interrogée sur ce que l'on entend par transparence. Elle a dit avoir souvent constaté que « la transparence menait l'acteur dominant du marché à être finalement le prédateur de l'acteur le plus faible du marché ». Michel Dantin (PPE, français) s'est interrogé sur l'évolution du droit de la concurrence (la part du droit qui doit satisfaire l'intérêt du travailleur par rapport à l'intérêt du consommateur). Pour Daniel Buda (PPE, roumain), il faut aider les agriculteurs à calibrer leurs productions. Albert Dess (PPE, allemand) a plaidé pour des mesures fortes, comme diminuer à 10% la part d'un seul intervenant dans le cadre de la contractualisation. « On ne peut pas continuer comme cela ! », a-t-il lancé.
En répondant aux questions et remarques des eurodéputés, M. Veerman a estimé qu'il y avait « une grande différence » entre la stabilisation des prix et le niveau (la formation) des prix. On peut trouver des instruments pour lutter contre la volatilité (assurances, marchés à terme…). Pour modifier le niveau des prix, il faut entreprendre des démarches structurelles et intervenir sur les marchés. Or, selon lui, il faut au contraire « que le système soit de moins en moins interventionniste et de moins en moins géré par les pouvoirs publics », a-t-il prévenu.
Le président de la task force est d'avis que les aides publiques doivent uniquement servir à rémunérer des services connexes fournis par les petites exploitations agricoles, comme la protection de l'environnement ou l'aménagement du territoire. « Les instruments dont nous parlons au sein de la task force profiteront surtout aux grandes entreprises qui veulent opérer sur le marché mondial », a-t-il reconnu. Pour les petites ou moyennes exploitations, on a besoin d'autres instruments.
Avant de parler du droit de la concurrence, il faut s'interroger sur la volonté des agriculteurs de se regrouper, afin de former des groupements de producteurs: « C'est là que commence le droit de la concurrence », a lancé M. Veerman. (Lionel Changeur)