Bruxelles, 18/03/2016 (Agence Europe) - Réunis jeudi 17 mars à Bruxelles pour la troisième fois en un mois, les Vingt-huit ont dégagé une position commune vis-à-vis de la Turquie, avec qui ils tenteront de sceller ce vendredi un accord destiné à juguler la crise migratoire.
Cette position commune va permettre aux Vingt-huit d'entamer dès le matin des négociations en format réduit entre les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, et le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu. Les Vingt-huit espèrent ensuite être en mesure de valider définitivement l'accord dans la journée.
La position arrêtée jeudi par les Vingt-huit porte sur les six points qui avaient été dégagés le 7 mars, lors d'un premier Sommet avec la Turquie. Elle repose principalement sur le renvoi des migrants arrivés irrégulièrement en Grèce vers la Turquie et la mise en œuvre quasi automatique d'un programme de réinstallation de Syriens depuis la Turquie vers l'UE, sur la base d'un mécanisme '1 pour 1' (un migrant syrien renvoyé pour un réfugié syrien réinstallé dans l'UE) (EUROPE 11506 et 11513).
Jeudi soir, les Vingt-huit se sont accordés sur le fait que ce mécanisme de renvoi des migrants et demandeurs d'asile vers la Turquie devait être en pleine conformité avec le droit international d'asile et les procédures existantes. Ils ont aussi souligné l'importance d'impliquer le Haut-commissariat aux Réfugiés des Nations Unies et de mettre en œuvre des moyens logistiques pour aider la Grèce à traiter les demandes d'asile et opérer ces retours vers la Turquie.
« Il y a un grand travail logistique pour mettre en œuvre cet accord », a expliqué le Premier ministre belge, Charles Michel, prêt à mobiliser du personnel pour la Grèce. La France s'est dite prête à faire de même, selon le président français François Hollande, qui a insisté sur la nécessité d'appliquer des procédures qui puissent se faire « dans un délai très court ».
Il faut qu'il y ait un traitement individuel pour les réfugiés arrivant sur les îles grecques, a expliqué la chancelière allemande. Angela Merkel a reconnu que cela posait de lourdes questions logistiques, les États membres devant soumettre des propositions. Les chiffres exacts arriveront ce vendredi ou dans les jours qui viennent, a-t-elle ajouté.
Parmi les autres questions soulevées, figure le statut de pays tiers sûr pour la Turquie. La Grèce a ainsi demandé que les États membres la soutiennent juridiquement dans la reconnaissance de la Turquie en tant que pays sûr.
Dans les faits, plusieurs États membres ont en tout cas insisté sur la nécessité de faire fonctionner la réinstallation, condition majeure de la réussite de cet accord. Selon Mme Merkel, une fois le retour des réfugiés amorcé, il faut que le système d'échange '1 pour 1' s'enclenche. Nous n'avons pas encore arrêté de date précise, mais une fois que l'étape de réadmission de migrants vers la Turquie aura débuté, il faut que le système de réinstallation de la Turquie vers l'UE se mette en place quelques jours après, a-t-elle estimé. Sinon, la Turquie va se trouver submergée, avec d'un côté, les réfugiés provenant d'Europe et de l'autre ceux en provenance de la frontière syrienne.
Les Vingt-huit ne se sont en revanche pas engagés sur une somme précise à ajouter à l'enveloppe initiale de 3 milliards d'euros débloquée en février pour venir en aide aux réfugiés syriens actuellement en Turquie. Ce volet devrait être discuté aujourd'hui. Les Vingt-huit sont toutefois prêts à apporter une aide supplémentaire, après avoir constaté que la première enveloppe a produit des résultats positifs.
Visas. Les Vingt-huit se sont entendus sur le fait que le régime de libéralisation des visas, dont Ankara espère bénéficier à partir de juin, ne soit octroyé qu'en vertu du respect des 72 critères fixés par la Commission. Pour Mme Merkel, il faudra voir si le retour des réfugiés vers la Turquie se déroule comme l'UE le souhaite, avant la libéralisation des visas des ressortissants turcs. Cela peut prendre plusieurs mois, a-t-elle prévenu. Pour M. Michel, il n'est en tout cas pas question d'assouplir les critères. « Les conditions devront en effet rester très précises », a ajouté le président français, François Hollande.
Adhésion à l'UE. Sur les chapitres des négociations de l'adhésion à l'UE, les leaders européens se contentent de reprendre strictement les termes employés lors du sommet du 7 mars, soulignant que l'UE va préparer la décision pour l'ouverture de nouveaux chapitres aussi vite que possible, en se basant sur les conclusions du Conseil européen d'octobre 2015. Si le premier projet de conclusion mentionnait que la décision serait préparée « ensemble avec la Turquie », la position convenue entre les Vingt-huit, jeudi soir, ne le mentionnait plus. Par ailleurs, alors que la Turquie insiste sur l'ouverture de cinq chapitres particuliers, aucun n'est précisément cité.
Le sommet a été l'occasion également pour les dirigeants de manifester leurs craintes quant à l'apparition de nouvelles routes migratoires, notamment un nouveau front entre la Libye et l'Italie. « Il y a eu une attention de la part de l'Italie et de Malte sur les problématiques de l'Afrique, pas seulement la Libye. Si on veut réduire l'immigration sauvage, l'unique chose à faire est de promouvoir les investissements dans les pays d'origine et de pratiquer une politique de retours rémunérés », a dit le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Il existe un « risque très sérieux, si le chaos demeure (en Libye), qu'il y ait des mouvements de populations », a noté M. Hollande. (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant, Sophie Petitjean, Pascal Hansens et Mathieu Bion)