Bruxelles, 08/02/2016 (Agence Europe) - La chancelière allemande, Angela Merkel, s'est rendue en Turquie, lundi 8 février, afin d'évoquer avec les autorités du pays l'état d'avancement du plan d'action sur la migration conclu en novembre entre l'Union européenne et Ankara.
Mme Merkel a annoncé la création d'une force de coopération policière turco-allemande pour lutter contre les passeurs. Elle a évoqué avec le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, l'hypothèse d'une implication de l'OTAN pour surveiller les côtes turques. « Nous allons utiliser la rencontre des ministres de la Défense de l'OTAN », mercredi et jeudi à Bruxelles, « pour parler des possibilités et de la mesure dans laquelle l'OTAN peut aider en matière de surveillance en mer pour soutenir le travail de (l'agence européenne aux frontières) Frontex et des garde-côtes turcs », a déclaré la chancelière, selon l'AFP. Elle n'a pas précisé quelles propositions allaient être formulées lors de cette réunion ministérielle, qui abordera également « la situation en Syrie d'une manière générale ».
M. Davutoglu a prévenu que son pays ne supporterait pas, à lui seul, « tout le fardeau » de l'accueil des réfugiés syriens.
Mercredi 10 février, la Commission européenne publiera un rapport sur les progrès réalisés dans le cadre du plan d'action UE/Turquie. La semaine dernière, les États membres s'étaient mis d'accord sur les modalités du versement à Ankara d'une enveloppe de 3 milliards d'euros sur deux ans, destinée à aider la Turquie à mieux accueillir et insérer les réfugiés syriens présents sur son sol (EUROPE 11482).
Les efforts des Turcs visant à réguler les flux de migrants vers la Grèce avaient été jugés modérés en janvier par plusieurs responsables européens, comme le Premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans. Ce week-end, le commissaire à la Politique de voisinage, Johannes Hahn, a estimé que la Turquie pouvait « faire plus ». L'UE a en tout cas intimé l'ordre à Ankara, via sa Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, de laisser entrer sur son sol les Syriens fuyant actuellement Alep et bloqués à la frontière turque (lire nouvelle séparée).
Quelque 30 000 civils syriens étaient massés lundi à la frontière turque, toujours fermée, après avoir fui la récente offensive du régime de Damas autour de la ville d'Alep, a annoncé M. Davutoglu. Le plan d'action négocié entre l'UE et la Turquie demande à celle-ci d'imposer des restrictions de visas aux ressortissants syriens mais seulement s'ils viennent depuis la Jordanie et le Liban et non directement de Syrie.
Le président français, François Hollande, et Mme Merkel se sont vus, dimanche soir à Strasbourg à l'invitation du président du Parlement européen, Martin Schulz, pour faire le point sur la crise migratoire. Ils se sont dit « déterminés à défendre l'espace 'Schengen' » de libre circulation des personnes, a rapporté l'AFP citant une source diplomatique. M. Hollande et Mme Merkel souhaitent élaborer une solution européenne à cette crise qui passe par les centres ('hotspots') d'accueil et d'enregistrement des migrants, la politique de renvoi des personnes en situation irrégulière, des contrôles accrus à la frontière gréco-turque et la répartition des réfugiés dans l'UE. (Solenn Paulic)