Amsterdam, 08/02/2016 (Agence Europe) - Les ministres européens des Affaires étrangères ont prôné la solidarité européenne, samedi 6 février, en ce qui concerne la crise des réfugiés et la zone Schengen. L'Autriche et la Hongrie ont cependant ouvertement blâmé la Grèce.
La session de la réunion informelle des ministres dédiée à la crise des migrants, qui a duré plus de trois heures, a servi à remettre l'accent sur la solidarité européenne, selon la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini. « Les principaux messages que j'ai reçus de tous les ministres ont été 'soutien', 'coordination' et 'approche européenne' et, sans doute, 'solidarité'».
« Nous avons besoin de politiques communes, d'instruments communs pour faire face et gérer un phénomène qui nous concerne tous », a-t-elle ajouté. Selon elle, les ministres, au cours de la réunion, ont travaillé sur des moyens « communs, et pas sur des manières multilatérales » de mieux gérer les frontières extérieures de l'UE, « à savoir la frontière que la Grèce a avec la Turquie, mais aussi avec la Bulgarie » et la gestion du flux de migrants sur tout le trajet. Déjà à son arrivée, Mme Mogherini avait expliqué qu'il est nécessaire d'avoir une « gestion unifiée des flux migratoires et des réfugiés, qui nous unisse plus qu'elle peut diviser ». Selon elle, la fermeture des frontières européennes « n'est pas une solution ».
« Il y a un risque d'élargir le vide entre les États membres si on ne montre pas de la solidarité et de l'unité », a expliqué le ministre néerlandais, M. Koenders, lors de la conférence de presse. Tout en disant comprendre l'urgence pour certains États membres de prendre des mesures nationales ou bilatérales pour surmonter la question de la migration, le ministre a souligné que l'UE devait offrir une approche européenne pour gérer ces flux. Il a aussi appelé les États membres à donner à la Grèce l'aide promise. « On doit remettre au centre du débat cet effort de solidarité, car les efforts unilatéraux ne servent pas à grand-chose », a aussi indiqué le ministre belge, Didier Reynders, à quelques organes de presse, dont EUROPE. Chaque pays doit assumer ses responsabilités, doit aider les pays de la région, verser les fonds promis à Londres, participer aux opérations militaires dans la région, mais aussi travailler sur son propre territoire, a-t-il ajouté, mettant en avant l'idée de « solidarité et de responsabilité ». « Il faut que tous ceux à qui on demande d'être solidaires se rendent compte que c'est pour leur propre intérêt, mais il faut aussi que tous ceux qui demandent et vont recevoir de la solidarité assurent leurs responsabilités », a-t-il ajouté.
« Il y a besoin d'une solution européenne. Si un pays prend une décision spéciale, cela peut avoir des efforts domino », a expliqué le commissaire Hahn (Voisinage et Négociations d'élargissement) à son arrivée au Conseil, ajoutant, une nouvelle, fois, que les pays des Balkans ne devaient pas devenir des parkings pour les réfugiés.
Vienne et Budapest critiquent ouvertement Athènes
Si la promotion de la solidarité semblait de rigueur, certains États membres ne se sont pas gênés pour se mettre en porte-à-faux concernant la Grèce. « Il nous faudra bien une solution pour les frontières extérieures », a souligné, après la réunion, le ministre des Affaires étrangères autrichien, Sebastian Kurz. « Si nous ne gérons pas la frontière entre la Turquie et la Grèce, la seule possibilité sera de coopérer avec la Slovénie, la Croatie, la Serbie et la Macédoine, pour protéger l'espace Schengen de notre mieux », a-t-il ajouté. L'Ancienne République yougoslave de Macédoine est le seul de ces pays à avoir une frontière avec la Grèce.
À son arrivée, le ministre hongrois, Peter Szijjarto, avait aussi clairement mis en cause Athènes. « Il est clair que la frontière sud de la zone Schengen n'est pas protégée. Et si la Grèce n'est pas prête ou capable de protéger la zone Schengen et d'accepter l'assistance de l'UE, il nous faut une autre ligne de défense qui est évidemment la Macédoine et la Bulgarie », avait-t-il ajouté. « Il y a une espèce de frustration, tout le monde parle de la nécessité de protéger les frontières extérieures, mais rien ne se passe. Nous devons arrêter cela », avait précisé le ministre. (Camille-Cerise Gessant)