*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: info@centroeinstein.it - Internet: http://www.federalist-debate.org ). 2015, n° 3, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €, 18 $.
L'heure n'est pas vraiment aux utopies, fussent-elles porteuses d'espoir, elle est plutôt celle des replis autour des clochers locaux, des retranchements à l'abri de nouveaux murs nationaux prétendument protecteurs, de la réhabilitation des États identitaires erronément placés sous le boisseau par les partisans d'une intégration européenne toujours plus ambitieuse. Le temps est donc au réveil des nationalismes, en tout cas à la rébellion de franges de plus en plus importantes des élites politiques nationales contre cette envahissante construction européenne qui révèlerait désormais au grand jour son inefficacité, voire même son inutilité. Dans tous les pays de l'Union européenne, les populistes et autres dévots de la souveraineté nationale ont le vent en poupe ; rares sont même ceux qui osent encore les contredire et contester leurs visions anachroniques de l'Europe, si tant est que leurs idées discordantes puissent trouver de quelconques vecteurs dans un univers politico-médiatique à la solde des maîtres nationaux, les seuls qui comptent...
Dans ce contexte angoissant, certains s'échinent pourtant à faire de la résistance, à regarder le monde sans les oeillères nationales qui tronquent la vue. Les artisans de cette revue sont de ceux-là. Ils puisent même dans l'adversité du temps présent des raisons supplémentaires de clamer le bien-fondé de leur credo fédéraliste. A contre-courant des simplismes qui prévalent et des pensées uniques nationales qui triomphent, leurs analyses sont incontestablement le fait de marginaux. Sont-elles stupides pour autant ?
A l'évidence, beaucoup se gausseront sans doute d'un éditorial qui affirme que « la migration peut sauver l'Europe du déclin », tant il est vrai que l'actuel flux de réfugiés pourrait lui venir en aide sur les plans démographique, économique et politique. D'une certaine manière, il pourrait être argué qu'au simplisme des uns répond ainsi le simplisme des autres. Pour autant, Lucio Levi a-t-il vraiment tort lorsqu'il rappelle que le désespoir des réfugiés est assez grand pour les inciter à courir « le risque du rejet et même de la mort » ? Après tout, ne l'oublions pas, c'est de femmes, d'enfants et d'hommes dont il est question ! Surtout, le patron de la revue a-t-il tort lorsqu'il accuse l'Union européenne de n'avoir agi en Méditerranée qu'en créant Frontex et, pire, en s'étant contenté, avec Schengen, d'une simple « intégration négative », c'est-à-dire d'avoir abattu les frontières intérieures « sans avoir construit en même temps une frontière extérieure placée sous le contrôle d'une force de police de l'Union » ? Le reconnaître serait, dans le chef des dirigeants européens, faire amende honorable, plutôt que de se défausser honteusement sur les pays de première ligne, de la Grèce à l'Italie. Dans le même esprit, différents intervenants ont-ils tort, dans la rubrique « débat sans frontières », de juger que les tourments de la zone euro et de la Grèce en particulier sont avant tout imputables à un manque d'intégration, Roberto Palea estimant par exemple que l'Union est désormais organisée « comme une confédération dans laquelle les choix politique sont fortement influencés par le pays le plus fort » ? Or, l'Europe communautaire n'avait-elle pas précisément été inventée afin que la raison du plus fort ne soit plus jamais la meilleure - ni la source d'un conflit ?
Il en découle, soulignent les auteurs d'autres contributions, que l'ouvrage doit d'urgence être remis sur le métier. Pas question par exemple, explique Andrew Duff, de céder à la demande de David Cameron que le concept d'union toujours plus étroite marquant la « finalité politique » de l'Union soit dénaturé, le Royaume-Uni ne pouvant avoir le droit de « subvertir le projet européen pour tout le monde ». Tout au contraire, plaide Josep Borrell, il importe de renforcer la légitimité de l'Union en la dotant de ressources propres qui lui permettent de passer d'une « solidarité limitée et conditionnelle entre les États à une solidarité entre les citoyens », l'objectif devant être notamment, selon cet ancien président espagnol du Parlement européen, « d'installer la zone euro comme une fédération semblable au modèle américain ». Quant à Jo Leinen, il détaille les idées du Comité des Affaires constitutionnelles du Parlement européen en vue d'européaniser le système électoral européen en vue des prochains rendez-vous avec les citoyens européens. Beaucoup dépendra des partis politiques nationaux, souligne-t-il. Sans faire preuve de pessimisme excessif, est-il sot de faire valoir que, hélas, les crispations nationales se cristalliseront à ce niveau-là longtemps encore, aussi longtemps que les partis politiques d'envergure européenne n'auront pas gagné leur totale indépendance par rapport aux formations nationales ? Sans l'ombre d'un doute, l'Union deviendra une réalité tangible pour les citoyens lorsque, politiquement, elle cessera d'être phagocytée par les partis politiques nationaux en fonction de leurs intérêts... exclusivement nationaux. L'affirmer, c'est seulement faire preuve de réalisme !
Michel Theys
*** JAROSLAW SZYMANEK: Theory of Political Representation. Éditions Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2540 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Studies in Politics, Security and Society", n° 2. 2015, 221 p., 47,95 €. ISBN 978-3-631-65714-0.
La démocratie représentative n'est nulle part dans le monde au mieux de sa forme. Pourquoi ? La représentation ne serait-elle finalement, en politique, qu'une « idée abstraite » trouvant son incarnation dans la volonté du représentant plutôt dans celle du représenté, tant il est vrai que celui-ci ne peut rien sans celui-là ? Et d'ailleurs, qu'est exactement le « représentant »: un corps plus ou moins identifié - le peuple, la nation, les citoyens, l'électorat -, un individu, une communauté conceptualisée (district électoral ou groupe ethnique, professionnel, social, économique, régional), un État ou, désormais, une entité supranationale ? D'autre part, « dans quelle mesure le représentant est-il lié par la volonté du représenté » ou dispose-t-il, le cas échéant, d'une certaine liberté d'action ? Autre question touchant à l'essence même de la représentation, la volonté qu'exprime l'organe représentatif est-elle uniquement le fruit de l'addition des volontés exprimées par les personnes représentées ou, au contraire, est-elle une interprétation nouvelle, sublimée ou fantasmée, de ce que pourraient désirer les représentés ? D'ailleurs, que sont exactement la volonté générale, la volonté du grand public, la volonté de la nation ou du peuple ? Ne s'agit-il point de figures rhétoriques et de fictions juridiques « visant à couler le système dans les habits de la démocratie » afin de le légitimer ? Ce sont donc beaucoup de questions majeures et intellectuellement dérangeantes qui se trouvent soulevées dans ces pages très riches. Professeur à l'Institut de science politique de l'Université de Varsovie, Jaroslaw Szymanek y apporte des réponses ciselées scientifiquement et d'une très grande rigueur, mais sans prétendre parvenir pour autant à épuiser le sujet qui est, à ses yeux, fondamentalement inépuisable. Son but était seulement de clarifier l'état des recherches menées sur la question depuis plus de deux cents années, ce qui lui permet notamment de prouver que la représentation n'est pas le propre d'une seule idée politique, elle qui peut être accommodée de différentes manières dans les systèmes de gouvernement. L'auteur démontre aussi que les partis politiques sont des composantes nécessaires de la représentation politique, avant d'expliquer que c'est « la multiplication des revendications de représentation » qui est principalement à la base de la crise affectant la représentation politique de nos jours, ces revendications qui se multiplient étant aussi, paradoxalement, « une riposte sagace au mauvais fonctionnement des mécanismes classiques (parlementaires) de représentation ». Notons aussi que, pour l'auteur, une autre manière de sortir de l'actuelle crise de représentation serait de mettre en oeuvre un… « projet ambitieux de représentation supranationale qui puisse d'une certaine manière rétablir l'idée authentique ou originale de représentation ». Que ce soit un Polonais qui l'écrive n'est pas anodin par les temps qui courent !
(MT)
*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Janvier-février 2016, n° 410, 135 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-423-9.
Dans l'éditorial de ce numéro, le patron de cette revue prospective française faisant autorité dénonce « le vide politique » qui caractérise les pays européens et leur Union qui « semble plus que jamais menacée » à l'heure où prévaut « un climat général de défiance vis-à-vis des institutions et de leurs représentants », seuls les partis d'extrême droite profitant des contradictions et actions peu cohérentes des dirigeants actuels. « Réhabiliter la politique dans ses fonctions les plus nobles pourrait bien être une des tâches les plus urgentes des années à venir », observe ainsi Hugues de Jouvenel, tandis que Jean-François Drevet porte, dans son billet européen, un jugement sévère sur le dossier des réfugiés où « la gestion d'un espace commun en intergouvernementalité aboutit à l'impuissance » une fois encore. Et cet ancien fonctionnaire européen de se gausser non sans amertume de l'expulsion de « milliers d'inoffensifs sans-papiers » là où les Etats se révèlent incapables « d'agir contre les terroristes potentiels »…
(MT)
*** YANNIS BALABANIDIS: Eurocommunisme. De la gauche communiste à la gauche radicale européenne. Éditions Polis (33 rue Eolou, GR-10551 Athènes. Tél.: (30-210) 3643382 - fax: 3636501 - Courriel: info@polis-ed.gr - Internet: http://www.polis-ed.gr ). 2015, 618 p., 22 €. ISBN 978-960-435-493-1.
Spécialiste de politique comparée et chercheur à l'Université Panteion d'Athènes, Yannis Balabanidis revient dans ce livre sur l'essor de l'eurocommunisme, puis sur son déclin et sur l'héritage qu'il a laissé. Son étude est naturellement focalisée sur les Partis communistes en Italie, en France et en Espagne, mais le Parti communiste grec dit « de l'intérieur » n'est pas oublié. Il revisite à cette fin la période allant de Mai 68 jusqu'à peu de temps avant l'effondrement du système communiste dans l'est de l'Europe. Pour lui, il s'est agi d'un phénomène déterminant pour l'évolution de la gauche européenne, sa position de base étant que l'eurocommunisme était un projet politique audacieux qui visait à établir une orientation stratégique et la cohérence durable du mouvement communiste européen alors que s'annonçait la crise… finale de l'exemple soviétique. Faire concilier « le parti de la Lutte et le parti de gouvernement », telle était l'ambition politique originale des Eurocommunistes qui visaient à concilier des aspects du radicalisme révolutionnaire avec un changement pragmatique, la transformation socialiste avec la démocratie libérale et une société pluraliste, à travers la relation de concurrence et de symbiose avec la social-démocratie et la perspective d'un projet politique au niveau européen. D'après l'auteur, l'Eurocommunisme est un noeud qui remet de connecter le passé avec le présent de la Gauche européenne. Malgré sa défaite historique, il reste plus que jamais l'identification symbolique, et bien sûr controversée, du patrimoine de postcommuniste dont la gauche radicale est aujourd'hui l'héritière en Europe.
(AKa)
*** NIKOS KOTZIAS: Le patriotisme et la gauche. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2015, 208 p., 9,70 €. ISBN: 978-960-166066-0.
Dans ce livre, l'actuel ministre des Affaires étrangères du gouvernement Tsipras compose avec le professeur de théories politiques qu'il est à l'Université du Pirée pour définir le sens qu'il donne au patriotisme et l'appréhender sur des bases rationnelles radicales. Le sujet est particulièrement sensible en Grèce, pays que certains présentent comme une "Colonie de la dette" vivant sous les diktats des Mémorandums et la tutelle internationale. Le patriotisme ne peut tourner en nationalisme, explique Nikos Kotzias, la gauche jugeant ce dernier « antipatriotique ». Après être remonté aux sources de la nation et du nationalisme, il soumet à une critique rigoureuse le nationalisme réactionnaire qui, à ses yeux, favorise l'exclusion politique des plus faibles et se double obligatoirement d'une allégeance politique très poussée à l'Occident. En réalité, le nationalisme, le patriotisme, l'internationalisme et le cosmopolitisme sont des concepts qui reflètent un large éventail de luttes sociales et de significations, le choix de l'un ou l'autre de ces concepts montrant comment et par qui est déterminé le contenu des valeurs dominantes dans une société. Le patriotisme signifie, aux yeux de l'auteur, la lutte politique pour préserver et renforcer: a) les droits démocratiques et sociaux du peuple ; b) les droits et des chances du pays dans le système international. Il est un critère essentiel pour déterminer les « intérêts nationaux » à défendre par le biais de la politique étrangère et au nom de la démocratie bien comprise. Il dit sa conviction que la gauche a tout à gagner de se battre sur le front patriotique, ce qui renforce ses chances de pouvoir conclure des alliances et même, le cas échéant, de pouvoir mettre en place, s'il le faut, un gouvernement de salut national.
(AKa)
*** YANNIS PAPADOGIANNIS: De la grande fête à la faillite: 2009-2015. La démagogie et les choix fatidiques. Éditions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi. Tél.: (30-210) 2846074 - fax: 2817127 - Courriel: info@epbooks.gr - Internet: http://www.epbooks.gr ). 2015, 288 p., 13,99 €. ISBN 978-960-569-528-6.
Depuis de nombreuses années, la vie en Grèce semblait couler sans soucis, de manière quasiment insouciante. Tout à coup, en 2009, quelques années après le triomphe qu'avait constitué l'entrée de la Grèce dans la zone euro, la crise est survenue, brutale. Et pas n'importe quelle crise, pas une simple crise économique, mais bien un désastre socio-économique sans précédent. Pourquoi ? Que s'est-il passé exactement ? Pourquoi le pays s'est-il retrouvé hors de contrôle ? C'est à ces questions et à bien d'autres encore que l'économiste Yannis Papadogiannis, journaliste au sein de la rédaction économique du quotidien grec « Kathimerini », apporte des réponses dans ce livre. Il passe ainsi en revue et analyse sept années de déni de la réalité, sept années d'aveugle démagogie, d'instabilité et d'incertitude qui ont amené la Grèce jusqu'à être menacée d'une expulsion humiliante de l'Europe monétaire. Il montre ainsi les fondements de la crise et les responsabilités qui en incombent au personnel politique, aux divers tenants du leadership en particulier. De la déclaration de l'ancien Premier ministre George Papandreou « il y a de l'argent » en 2009 aux Mémorandums prétendument « déchirés » par Alexis Tsipras en 2015, l'auteur offre une analyse approfondie des différentes étapes connues par le pays au cours des dernières années et des attitudes adoptées par les dirigeants politiques grecs.
(AKa)