Bruxelles, 13/01/2016 (Agence Europe) - La réponse de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) aux critiques scientifiques de son avis sur le glyphosate (un pesticide) ne s'est pas fait attendre puisqu'elle a été rendue publique mercredi 13 janvier. Elle devait être rapide, comme l'avait annoncé le commissaire européen à la Santé et la Sûreté alimentaire, Vytenis Andriukaitis, le 5 janvier (EUROPE 11461).
Accusée par le professeur suisse Christopher J. Portier d'avoir rendu un avis scientifique « biaisé et trompeur » en concluant, comme le Bfr allemand, que le glyphosate n'était « probablement pas cancérogène », l'EFSA s'est vigoureusement défendue, mercredi 13 janvier, en répondant point par point, dans un courrier signé par Bernd Url, directeur de l'EFSA, aux critiques du professeur suisse.
Christopher Portier est l'auteur d'une lettre ouverte au vitriol, datée du 27 novembre 2015, adressée au commissaire Andriukaitis et signée par 96 autres scientifiques de la communauté internationale. Ses critiques étaient d'autant plus vives qu'il a participé aux travaux de l'IARC (International Agency for Research on Cancer), laquelle avait conclu précédemment que le glyphosate était « probablement cancérogène » (EUROPE 11443).
Pour réfuter les critiques, l'EFSA avance principalement les arguments suivants:
L'EFSA a réalisé « une évaluation ouverte et transparente ». Réfutant que l'EFSA n'ait pas appliqué les critères d'ouverture et d'objectivité pour mener à bien cette évaluation, Bernd Url affirme que « l'EFSA a mis en oeuvre les exigences légales » en la matière, en coopération avec les États membres, les experts et en procédant à des consultations publiques. « Tous ceux qui ont participé, sauf la Suède, ont conlu qu'il est peu probable que le glyphosate présente un risque carcinogène pour les êtres humains », affirme le directeur de l'EFSA.
L'évaluation de l'IARC n'est qu'une première étape, comparée à celle, « plus complète », que l'EFSA a réalisée dans le cadre du réexamen par les pairs (c'est-à-dire par les États membres autres que l'Allemagne, État membre rapporteur, et l'EFSA) de l'évaluation du glyphosate. Selon l'OMS elle-même, les évaluations de l'IARC peuvent représenter une première étape dans les évaluations des risques de carcinogénicité à prendre en compte par les autorités nationales et internationales, lorsqu'elles procèdent à leurs propres évaluations. « Toutefois, il ne faudrait pas comparer cette première évaluation avec l'évaluation des risques plus complète réalisée par des autorités telles que l'EFSA qui ont vocation à soutenir le processus réglementaire pour les pesticides en coopération étroite avec les États membres dans l'UE », affirme l'EFSA en précisant qu'elle est une autorité internationale.
Le glyphosate n'est pas la seule substance chimique pour laquelle des divergences existent entre l'évaluation des risques par l'IARC et l'évaluation complète finale par les autorités réglementaires. « Si vous comparez les catégorisations de l'IARC et les classifications harmonisées de l'UE, vous trouverez des substances avec des classifications équivalentes et d'autres avec des classifications différentes », écrit Bernd Url.
Le système réglementaire de l'UE concernant les pesticides, dans lequel s'inscrit l'évaluation du glyphosate par l'EFSA, est « largement considéré comme l'un des plus stricts au monde » et les évaluations des risques réalisées par l'EFSA ont permis, depuis 2003, d'identifier des substances potentiellement préoccupantes pour la santé humaine et l'environnement. Cela « a permis à la Commission et aux États membres d'établir des exigences pour l'utilisation sûre des pesticides dans l'UE » et a conduit « au retrait du marché de l'UE de plus de 40 substances actives et de leurs formulations correspondantes », fait valoir l'EFSA en citant en exemple le moratoire partiel sur l'utilisation de trois pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles dans l'UE décidé en mai 2013 (EUROPE 11465 et 10852)
L'EFSA et l'IARC auront l'occasion de débattre des divergences entre leurs évaluations respetives lors d'une réunion conjointe qu'elles ont prévu d'organiser au début de cette année pour discuter des différentes preuves et des différentes méthodologies utilisées.
Alors que la réponse du commissaire Andriukaitis à M. Portier était plutôt courte, la Commission ayant laissé le soin à l'EFSA de défendre ses propres travaux, celle de l'EFSA est étayée d'une annexe scientifique de 18 pages. Outre le Professeur Portier, sont destinataires de cette réponse, en copie par courriel, le commissaire Andriukaitis, le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, le directeur général et le directeur adjoint de la DG Santé de la Commission européenne, Xavier Prats Monné et Ladislav Miko, le président de la commission de l'environnement du Parlement européen, Giovanni La Via, le ministre fédéral allemand de l'Alimentation et l'Agriculture, Chritian Schmidt, le président du Bvl, Helmut Tschiersky, le président du Bfr, Andreas Hensel, le directeur de l'IARC, Christopher Wild, et l'administrateur adjoint de la US EPA (United States Environmental Protection Agency). (Aminata Niang)