Bruxelles, 16/12/2015 (Agence Europe) - La gestion de l'immigration sera à nouveau un sujet phare de la réunion des chefs d'État ou de gouvernement, jeudi 17 décembre. Les débats porteront essentiellement sur l'échec jusqu'ici de l'application des décisions de relocalisation des demandeurs d'asile, sur les centres ('hotspots') d'enregistrement des migrants et sur les dernières propositions de la Commission relatives au renforcement de la surveillance des frontières extérieures de l'UE (EUROPE 11454).
Les leaders se concentreront sur la « mise en oeuvre des décisions » et les instruments actuellement disponibles visant à limiter le flux de migrants dans l'UE, a indiqué une source européenne mercredi 16 décembre. La veille, le président du Conseil européen avait donné le ton des discussions dans son invitation aux leaders européens. « En septembre, nous avons élaboré une stratégie globale pour faire face à la crise migratoire, mais sa mise en oeuvre est toujours en retard. Nous devons accélérer sur tous les fronts, y compris la protection des frontières extérieures de l'UE. Notre objectif est clair: nous devons reprendre le contrôle de nos frontières extérieures pour endiguer les flux migratoires et préserver 'Schengen' », a exhorté Donald Tusk.
« Outre le débat sur les solutions futures, nous devons gérer la crise en cours avec les outils dont nous disposons. L'agence Frontex doit être en mesure de procéder à des contrôles de toutes les bases de données pertinentes, y compris les contrôles de sécurité, que ce soit SIS ou Europol. En réponse à la demande du gouvernement grec pour l'aider sous la forme d'une équipe d'intervention rapide aux frontières, les États membres et les institutions de l'UE devront faire tout ce qui est en leur pouvoir pour aider la Grèce dans cette tâche difficile », a poursuivi le président du Conseil européen.
Mardi, la Commission a publié plusieurs rapports de mises en oeuvre des décisions visant notamment à répartir entre les États membres 160 000 réfugiés actuellement en Italie et en Grèce et à mettre en place 6 'hostpots' en Italie et 5 en Grèce (voir autre nouvelle). Elle constate que seules 208 personnes ont été relocalisées et que seuls deux 'hotspots' sont opérationnels, l'un en Grèce et l'autre en Italie. Elle a aussi publié le bilan semestriel de l'espace 'Schengen' dans lequel elle note les tensions que suscitent les flux migratoires pour l'espace de libre circulation des personnes, une série d'États membres ayant recours aux contrôles temporaires à leurs frontières intérieures.
« Restaurer la maîtrise des contrôles aux frontières extérieures est une condition sine qua non de retour à la maîtrise globale de la situation », a confirmé mercredi un diplomate d'un grand pays, pour qui aucun mécanisme (de relocalisation par exemple) ne marchera si les flux restent intenses. Jeudi, il faudra « faire une évaluation sans complaisance de ce qui a été fait jusqu'ici », a ajouté cette source.
Selon un projet de conclusions daté du 16 décembre, les leaders européens devraient souligner à nouveau la nécessité de procéder à des contrôles systématiques aux frontières extérieures de l'espace 'Schengen' et à l'enregistrement systématique des migrants et d'appliquer les décisions de relocalisation qui pourraient être étendues à d'autres pays.
Jeudi, les leaders auront un premier échange de vues sur les propositions consistant à créer une nouvelle Agence de gardes-côtes et gardes-frontières européens même si la discussion devrait rester superficielle, l'examen du texte n'ayant pas encore commencé au Conseil. À ce titre, le 'droit d'intervenir' proposé par la Commission pourrait déjà susciter des réactions. Un tel dispositif intrusif pourrait tout simplement « sauter » lors de l'examen par le Conseil, a expliqué un diplomate de haut rang d'un pays de l'Est. Des pays comme la Pologne ou la Hongrie, mais aussi l'Espagne, se montrent en effet « très prudents », a expliqué cette source, pour qui certains États « ne s'imaginent pas qu'un Allemand surveille leurs frontières ». Pour l'autre source diplomatique, cette capacité d'intervenir dans un pays sans son consentement à un point jugé sensible de sa frontière nationale n'est en effet pas concevable.
Turquie. Le plan d'action UE/Turquie sur la migration sera aussi abordé, jeudi, mais sous la forme d'un mini-sommet de huit pays convoqué en matinée à l'ambassade de l'Autriche à Bruxelles (EUROPE 11441). Cette réunion vise à discuter des volontés allemandes de mettre en place un programme volontaire de réinstallation de réfugiés syriens actuellement en Turquie. Les dirigeants de l'Allemagne, l'Autriche, les pays du Bénélux, la Finlande, la Suède et la Grèce ainsi que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, seront présents, la France n'ayant pas encore confirmé sa participation. Il pourrait être question de rapprocher les programmes de relocalisation et de réinstallation.
« La relocalisation n'a pas marché », « cette méthode est morte » et « on doit chercher autre chose », a estimé la source du pays de l'Est. « Ce qu'on n'a pas réussi à faire avec la relocalisation, on va le tenter avec les réfugiés en Turquie », juge-t-elle. Ce basculement d'un programme à l'autre pourrait faire le bonheur de la Pologne et de la Hongrie, farouchement opposées aux mécanismes de relocalisation.
Quant aux 3 milliards d'euros qui financeront le plan d'action UE/Turquie, l'enveloppe devrait être finalisée en janvier avec une participation du budget de l'UE d'1 milliard d'euros (EUROPE 11449).
Terrorisme. Les leaders européens discuteront aussi de la lutte contre le terrorisme, vendredi, même si certains pays voudraient aborder le sujet la veille. Ils reviendront sur l'accord obtenu avec le Parlement européen sur le 'PNR européen' de transfert de données des passagers aériens (EUROPE 11450), sur la réforme ciblée du Code Frontières Schengen, sur le renforcement de la coopération entre leurs services ou entre Frontex et Europol. Ils insisteront aussi sur les mesures de lutte contre le trafic des armes à feu et sur le financement du terrorisme. (Solenn Paulic et Jan Kordys)