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Bulletin Quotidien Europe N° 11447
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) climat

La deuxième semaine décisive débute sous le signe de l'urgence à la COP 21

Paris-Le Bourget, 07/12/2015 (Agence Europe) - Premier pari tenu à la COP 21. Sur la base d'un texte de compromis, présenté à temps, samedi 5 décembre au soir, les négociations climatiques internationales sont entrées, lundi 7 décembre, dans leur phase politique décisive avec l'entrée dans le jeu des ministres de l'Environnement et de l'Énergie des 196 parties aux négociations, dont l'Union européenne et ses 28 États membres.

Les interventions, à l'ouverture de cette deuxième semaine de négociation, ont exprimé la volonté politique de conclure, à laquelle les avait invités Ban Ki-moon pour parvenir à un accord universel, robuste et équitable dans un esprit de compromis.

« Les intérêts nationaux seront mieux servis si nous travaillons pour le bien commun », a averti le secrétaire général de l'ONU en appelant à « une vision mondiale » et à « la solidarité mondiale», comme l'avait fait samedi le président François Hollande en appelant à « dépasser les intérêts » particuliers.

Encouragé par les progrès accomplis jusqu'ici, M. Ban Ki-moon s'est dit confiant dans la Présidence française de la COP 21 et dans les 14 facilitateurs nommés par Laurent Fabius pour l'assister tout au long de cette semaine et favoriser des compromis sur les sujets les plus difficiles. Le 'comité de Paris', instance ouverte pour faire le point quotidiennement des avancées et permettre aux parties de disposer d'une vue d'ensemble sur les discussions en cours, devait se réunir dès lundi soir.

« J'invite les négociateurs à comprendre que le mieux est l'ennemi du bien. Il y aura un examen des engagements tous les 5 ans, il y aura un mécanisme de déclaration, de surveillance de vérification Il sera toujours possible de renforcer le texte », a-t-il dit, en appelant les négociateurs à accélérer le rythme de leurs travaux.

Car c'est une course contre la montre qui s'engage avec le calendrier très serré que Laurent Fabius, président de la COP 21, a fixé aux ministres pour cette semaine qui marque « le début de l'espoir ». Le texte est plus court, contient moins d'options, mais encore de nombreux crochets. Le niveau d'ambition, la différenciation, le financement font partie des questions les plus épineuses. Or, il reste quatre jours de négociation. « Nous avons peu de jours pour conclure l'accord que le monde attend. Il faut un texte dès jeudi pour l'adopter vendredi », a averti M. Fabius, jugeant « l'esprit positif, au travail, à la concentration ».

Les travaux, entamés dès dimanche au sein de quatre groupes de travail - présidés chacun par deux ministres facilitateurs et portant respectivement sur la différentiation (Singapour-Brésil), l'ambition (Norvège-Sainte Lucie), les moyens de mise en oeuvre (finances, technologies, capacités/Gabon-Allemagne), l'action pré-2020 hors finances (Gambie-Royaume-Uni) - se sont poursuivis lundi, tandis que commençaient les consultations informelles sur l'adaptation.

Parmi les « bonnes nouvelles pour le financement », Christiana Figueres a souligné l'annonce par la Commission qu'elle porterait son financement jusqu'à 2 milliards par an jusqu'en 2020. Elle a également cité le Fonds vert pour le climat, doté au départ de 10,1 milliards et qui pourra désormais compter sur les contributions des villes (la ville de Paris a annoncé 1 million de dollars), mais aussi sur le Vietnam, un pays en développement qui a promis 1 million de dollars. D'autres petits fonds ont également vu leurs ressources augmenter comme le fonds pour les pays les moins développés (48 millions de dollars).

Évoquant « une semaine critique », Miguel Arias Canete, commissaire européen à l'Action pour le Climat et l'Énergie et négociateur en chef pour l'UE, a réitéré l'engagement de l'UE de se battre pour un « accord universel, ambitieux, durable, dynamique, robuste et suffisamment crédible ». Il a insisté sur les trois éléments essentiels, pour l'UE, « pour rester sur la trajectoire de moins de 2° »: - un objectif clair de long terme (pas seulement 2100, mais 2050 aussi) en ligne avec la science pour adresser au monde, à l'industrie, aux investisseurs, le signal qu'on est prêt ; - un mécanisme de révision quinquennal, car les 186 parties qui ont déposé leur offre de contribution nationale représentant 96,5% des émissions mondiales ne sont pas suffisantes et qu'il faut faire plus ; - des règles claires de transparence, de vérification et de responsabilité. Sur ces points, « Il y a un grand degré de consensus, c'est encourageant », a-t-il confié à la presse. Et de souligner que les pays qui craignent pour leur croissance sont dans l'erreur car « une action ambitieuse stimule la croissance » comme en témoigne le fait que l'UE a réduit de 23% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2014 en enregistrant, sur la même période, une croissance de 14,6%.

Le financement climatique sera, selon lui, « un élément critique » car les pays en développement les plus vulnérables auront besoin de soutien pour pouvoir mettre en oeuvre leur contribution à l'accord global. « L'Union européenne est ici pleinement préparée à jouer son rôle », a-t-il assuré, en rappelant toutefois que les pays en développement contribuent à 35% des émissions, l'UE à 9% , et en invitant les pays émettant les 56% restants à « agir urgemment ». Il a rappelé aussi que « l'UE est le plus grand bailleur de fonds du monde pour le financement climatique et l'aide publique au développement et nous sommes engagés à accroître notre financement climatique». L'UE et ses États membres fournissent en effet la moitié des 120 milliards de dollars dépensés par an en matière de financement climatique et les États membres ont fourni en 2014 plus de 14,5 milliards d'euros aux pays en voie de développement pour lutter contre le changement climatique, soit 80% des dépenses des pays les moins développés et des moyens du Fonds spécial pour le changement climatique, et plus de 90% du Fonds d'adaptation. Les dépenses pour l'adaptation sont passées en deux ans de 334 millions d'euros à 559 millions. En tout, 800 millions d'euros d'aides ont été versés par an pour le financement climatique, a-t-il rappelé. Balayant les critiques des ONG à l'égard de l'attitude de l'UE, le commissaire a précisé que « tous les pays qui le peuvent doivent aider les pays les moins avancés » et que l'UE attend des pays émergents, qui furent classés comme pays en développement, mais « qui ont aujourd'hui les capacités de financement qu'ils n'avaient pas en 1992 », qu'ils mettent la main à la poche.

Sachant que les USA ne veulent pas lier leur INDC à un engagement juridiquement contraignant, le commissaire a réitéré que l'UE était prête à discuter d'« alternatives » qui établissent la confiance quant au fait que tous vont agir selon les termes de leurs engagements. « Nous voulons que les USA soient à bord. Nous ne voulons pas que Kyoto se répète. L'accord doit être universel ».

Au nom de la Présidence du Conseil de l'UE, Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement du Luxembourg, qui négocie main dans la main avec le commissaire pour le compte de l'UE, a salué « quelques progrès réalisés au cours de la première semaine ». Malgré « l'ébauche de texte encore trop complexe », le trop grand nombre d'options et le fait que « toutes les questions majeures sont encore ouvertes », elle s'est dite « confiante qu'un accord est à portée de main ». Préoccupée en revanche par le fait que la révision scientifique de l'objectif d'un réchauffement climatique mondial moyen entre 1,5° et 2° C soit bloquée par un petit nombre de parties, Mme Dieschbourg a affirmé que l'UE était très active pour garantir « un accord ambitieux, solide, qui protège les plus vulnérables », et travaillait « en étroite collaboration » avec les pays vulnérables pour trouver des solutions. Elle a par ailleurs salué comme un « bon signe » le fait que les règles pour la seconde période d'engagement du protocole de Kyoto aient été approuvées la veille.

En ce 7 décembre, journée de l'accès des pays en développement à l'énergie durable, 10 milliards d'euros ont été promis à l'Afrique d'ici à 2020 pour 10 gigawats supplémentaires. Neven Mimica, commissaire à la Coopération internationale et au Développement, a signé des déclarations conjointes sur l'énergie avec le Nigéria, le Bénin, le Sénégal, le Kenya, Madagascar et le Cameroun.

La délégation du Parlement européen, composée de 15 députés, commençait à arriver lundi dans l'après-midi, avec l'intention de pousser à l'inclusion des émissions de l'aviation civile internationale et des transports maritimes internationaux dans le futur accord (une option dans le projet de texte ouvre un espoir). Ils comptaient aussi mettre l'accent sur le marché européen du carbone (ETS) et sur la disponibilité de l'UE à partager son expérience (des marchés analogues se mettent en place en Californie, en Corée du Sud, dans les villes chinoises). Le Parlement fait valoir que les recettes des enchères pourraient être utilisées comme une source de financement pour alimenter le Fonds vert pour le climat. «Le financement pourra être un faiseur d'accord ou un fossoyeur d'accord », a souligné l'eurodéputé Giovanni La Via (PPE, italien), qui conduit la délégation. (Aminata Niang)

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