Bruxelles, 07/12/2015 (Agence Europe) - À défaut d'un accord sur les quotas de femmes (voir autre nouvelle), les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales ont adopté, lundi 7 décembre, des conclusions sur l'égalité dans la prise de décision politique, économique et sociale. Ils ont également appelé la Commission européenne à adopter une stratégie pour l'égalité entre les genres pour la période 2016-2019. La commissaire Vera Jourova (Justice) leur a cependant opposé une fin de non-recevoir.
Division sur la forme de la stratégie 'égalité'. Les ministres de l'UE ont procédé à un premier échange de vues sur l'engagement stratégique de la Commission pour l'égalité des genres post-2015, publié le 3 décembre dernier. Ce document suggère de maintenir les cinq objectifs de la stratégie de 2010, à savoir: (1) augmenter la participation des femmes au marché du travail et atteindre une indépendance économique pour les deux sexes ; (2) réduire l'écart de rémunération, de moyens financiers et de retraites ainsi que combattre la pauvreté chez les femmes ; (3) promouvoir l'égalité dans la prise de décision; (4) combattre la violence basée sur le genre et soutenir les victimes ; (5) promouvoir l'égalité des genres et les droits des femmes dans le monde. Il identifie clairement les objectifs, les actions, les responsabilités et les indicateurs liés à ces thématiques. Globalement, les États membres ont indiqué soutenir ces objectifs. Mais ils ont largement critiqué la forme choisie par la Commission: ils auraient préféré une « stratégie » (communication), plutôt qu'un « engagement stratégique » (document de travail). Seuls la Finlande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l'Estonie et la Pologne n'ont pas participé à cet appel. La réponse de la commissaire Vera Jourova a été sans appel: « Nous avons publié un document organisationnel pour amener des changements. Il s'agit d'un format plus pratique, plutôt qu'une grosse stratégie qui n'aboutit à aucune action. (…) Cela ne veut pas dire que la politique du genre constitue une priorité de second ordre », a-t-elle répondu aux ministres.
Et des conclusions… Dans la foulée, les ministres ont également adopté des conclusions sur l'égalité des femmes et des hommes dans la prise de décision politique, économique et sociale. Ce texte appelle les États membres et la Commission à surveiller la place des femmes dans les postes de décision en utilisant les indicateurs de l'Institut européen pour l'égalité des genres, y compris les nouveaux indicateurs relatifs à la proportion de femmes en politique et dans les entreprises. Il apporte aussi son soutien au « système de la tirette », qui prévoit une alternance des candidats des deux sexes sur les listes, lors des élections européennes de 2019, de la nomination d'une nouvelle Commission ainsi que de la présentation de candidats à des postes de haut niveau au sein des institutions européennes.
L'égalité en pratique. L'égalité entre les hommes et les femmes est loin d'être une réalité, comme en témoigne une étude publiée le même jour par l'Institut européen pour l'égalité des genres. « Les hommes sont majoritaires dans les banques centrales, les ministères des Finances et les conseils d'administration en Europe, avec seulement 1 femme sur 25 à ces postes », indique l'organisation dans un communiqué de presse. Son rapport porte sur les postes dans les secteurs publics, économiques et sociaux dans l'UE-28 pendant la période 2003 à 2014. En ce qui concerne le domaine de la finance par exemple, il montre que toutes les banques centrales, à l'exception de celle de Chypre, sont dirigées par des hommes. Et qu'il y a seulement deux ministres des Finances (en Roumanie et en Suède) et 4% des directeurs généraux des plus grosses sociétés qui sont des femmes. L'Institut conclut son rapport en indiquant que « la sensibilisation et les quotas - contraignants ou volontaires - sont parmi les options à la disposition des États membres pour promouvoir les femmes aux postes à responsabilité ». (Sophie Petitjean)