Bruxelles, 30/11/2015 (Agence Europe) - Pour rassurer les eurodéputés sur le volet agricole du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), le secrétaire américain à l'Agriculture, Tom Vilsack, a déclaré, lundi 30 novembre à Bruxelles, qu'il fallait trouver, dans ces négociations, des systèmes équivalents et pas forcément identiques.
Lors de son intervention devant la commission de l'agriculture du PE, Tom Vilsack a insisté surtout sur les points communs entre les agriculteurs européens et américains: la fierté en leurs racines, la croyance envers le dur labeur et la durabilité, la mission partagée de produire des aliments et de contribuer à la sécurité alimentaire, le besoin d'étendre les opportunités de marchés et de répondre au défi du changement climatique. Sur ce dernier point, les Américains pensent pouvoir « doubler » leur taux de réduction d'émissions dans l'agriculture (grâce à un système volontaire).
Il a insisté aussi sur le fait que l'agriculture américaine n'est pas « monolithique », mais très diversifiée (existence de structures familiales, beaucoup d'agriculteurs américains utilisent des OGM, mais de plus en plus produisent du bio, a-t-il notamment dit). Le chef du département de l'Agriculture des États-Unis a par ailleurs souligné le besoin de réduire le gaspillage alimentaire, qui représenterait presque un tiers des aliments produits dans le monde.
Il a vanté les mérites des accords commerciaux pour les agriculteurs américains, en évoquant l'accord récent de partenariat transpacifique (qui vise à intégrer les économies des régions Asie-Pacifique et américaine). Il estime que les agriculteurs, en Europe aussi, peuvent tirer parti du marché asiatique.
Tom Vilsack a reconnu qu'il y avait des « défis très sérieux » et des décisions difficiles à prendre dans le cadre des négociations sur le volet agricole du TTIP. « Nous envisageons la sûreté alimentaire d'une manière différente », a-t-il admis. L'UE a ses indications géographiques, tandis que les USA ont leurs marques commerciales, y compris le parmesan et la mozzarella. Il a évoqué aussi les divergences sur les matières sanitaires et phytosanitaires. « L'objectif n'est pas d'avoir des systèmes identiques, mais des systèmes équivalents », a résumé M. Vilsack, qui a insisté sur les objectifs qui sont semblables des deux côtés de l'Atlantique.
Albert Dess (PPE, allemand) a dit qu'il était pour un accord sur le TTIP, mais si les conditions sont bonnes. Il a fustigé la référence à des systèmes de licence d'importation. Paolo De Castro (S&D, italien) a défendu notamment un système d'étiquetage plus clair. Pour James Nicholson (CRE, britannique), le secteur agricole ne doit pas être une « monnaie d'échange » dans les négociations sur le TTIP. Il s'est montré inquiet par la possible disparition de pans entiers de secteurs agricoles en Europe (boeuf, betterave). Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a énuméré les points de friction: génie génétique, utilisation des hormones, étiquetage des animaux clonés, indications géographiques... John Stuart Agnew (ELDD, britannique) a parlé du secteur de la volaille et des pratiques différentes et difficilement acceptables pour les consommateurs de l'UE sur les antibiotiques, la décontamination des carcasses et la couleur des oeufs (blancs aux USA).
En répondant à des questions, M. Tom Vilsack a notamment évoqué: - la réaction positive des agriculteurs américains au nouveau 'Farm Bill' (systèmes de compensations en cas de catastrophes, aide aux producteurs de lait en cas de chute des prix…) ; - le fait que l'agriculture est le plus souvent le dernier volet à résoudre dans le cadre d'accords commerciaux (c'est quelque chose de « très personnel, qui tient au coeur » de chacun des pays qui produisent, a-t-il dit) ; - il n'y aura pas de TTIP excluant l'agriculture (cela ne passerait pas au Congrès américain) ; - si un agriculteur américain n'arrive pas à vendre un produit en Europe, il essaiera de vendre autre chose (c'est au consommateur de décider, pas au gouvernement). Enfin, il a justifié les taxes américaines sur le beurre (en raison d'une hausse importante des importations), qui expireront à la fin de l'année 2015, a-t-il précisé. (Lionel Changeur)