Bruxelles, 30/11/2015 (Agence Europe) - Pour sauver la planète d'un réchauffement climatique irréversible, c'est maintenant ou jamais. En trois minutes chacun, 151 chefs d'État et de gouvernement de la planète ont donné, le 30 novembre au Bourget, le coup d'envoi de la COP 21, avec de subtiles variations sur le même thème.
La volonté de donner l'impulsion politique aux ministres négociateurs, qui ont en principe 11 jours pour sceller un accord climatique universel, ambitieux, juridiquement contraignant, dynamique, équitable et décisif pour l'avenir de la planète et des générations futures, semblait partagée. C'est exactement la position de négociation de l'Union européenne telle qu'arrêtée le 18 septembre et complétée en novembre par les ministres des Finances (EUROPE 11438, 11428 et EUROPE 11392).
Urgence climatique, devoir moral de solidarité avec les pays les plus vulnérables, responsabilité historique des pays industrialisés, responsabilité collective d'agir sont revenus comme des leitmotiv, dans la bouche des décideurs, convaincus que le changement climatique appelle une réponse collective. Le succès de cette COP dépendra de la capacité des négociateurs à surmonter le clivage Nord/Sud pour ce qui concerne les exigences de financement d'ici à 2020 et au-delà, le niveau d'ambition et d'équité de l'accord, et le droit des pays en développement et émergents à se développer.
« S'attaquer au changement climatique ne doit pas dénier aux pays en développement leurs besoins légitimes de réduire la pauvreté et d'améliorer les conditions de vie », a rappelé le Premier ministre chinois, Xi Jiping.
« Nous ne pouvons nous permettre l'indécision, les demi-mesures ou des approches à peine progressives. Notre objectif doit être la transformation », a averti le Secrétaire général de l'ONU, Ban-Ki moon « Vous avez l'opportunité, ou plutôt la responsabilité de finaliser un accord qui permettra d'attendre les objectifs climatiques nationaux, qui fournira le soutien nécessaire au monde en développement et servira de catalyseur à la monté en puissance constante de l'ambition et de l'action de tous », a renchéri Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCCC) en rappelant que des millions de citoyens ont les yeux rivés sur la COP 21.
Les 184 contributions nationales (INDC), publiées à ce jour et représentant plus de 95% des émissions mondiales, sont un tournant majeur, « mais tout n'est pas joué », a-telle averti. Il est déjà acquis que ces contributions ne permettront pas de contenir la hausse de la température mondiale sous la barre des 2 degrés Celsius
La conférence de l'espoir. « Votre présence soulève un immense espoir que nous n'avons pas le droit de décevoir. Car ce sont des peuples et des milliards d'être humains qui comptent sur nous », a prévenu François Hollande, le président de la France, pays qui préside la COP21. Au lendemain des attentats terroristes du 13 novembre qui ont frappé Paris, M. Hollande, voit dans ce rassemblement mondial sur « l'avenir de la planète, l'avenir de la vie » la conférence de l'espoir, en totale opposition aux desseins mortifères « d'un groupe de fanatiques ». Le président s'est fait aussi l'avocat de la « justice climatique », car « aucun pays, aucune région n'est à l'abri des effets du dérèglement climatique causé par les activités humaines, mais comment accepter que ce soit les pays les plus pauvres, ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre qui soient les plus vulnérables ? ».
Et d'appeler à l'action pour résoudre la crise climatique. « Le 12 décembre, un Accord de Paris universel, contraignant, et différencié doit être conclu », a-t-il dit. Selon lui « Paris doit être le point de départ d'une profonde mutation énergétique, économique, sociétale (…) Cette transformation est à la fois une obligation morale et une opportunité mondiale ». Et de citer les trois conditions d'un succès: - dessiner « une trajectoire crédible permettant de contenir le réchauffement global en dessous des 2 ° Celsius, ou 1,5 C si possible », avec un objectif de long terme, une évaluation régulière des progrès au regard des dernières conclusions de la science et « un mécanisme de révision à la hausse des engagement, avec des rendez-vous tous les 5 ans » ; - apporter au défi climatique « une réponse solidaire » ; - mettre en mouvement l'ensemble des sociétés. De l'avis de Laurent Fabius, président de la COP21, le plus difficile sera: « dans onze petits jours, de parvenir à un accord climatique universel et ambitieux, différencié, juste, durable, dynamique, juridiquement contraignant ». Pour cela, « La solidarité climatique doit encore progresser ; la mobilisation des financements et des technologies en faveur des pays du Sud également. L'accord de Paris doit être aussi un pacte pour la justice et contre les inégalités ». Le texte sur la table contient « une cinquantaine de points de désaccords, 200 crochets sur 50 pages » (contre 300 pages à Copenhague lors de la COP 15 qui avait échoué). Sur la radio française France Inter, lundi matin, il annonçait vouloir qu'un texte simplifié et nettoyé soit présenté pour permettre aux ministres de l'Environnement du monde entier de « trancher ». Le Président des États-Unis, Barack Obama, dont on sait qu'il ne pourra obtenir le soutien du Congrès américain à un accord contraignant, a appelé à un avenir sobre en carbone. Jagoda Munic, présidente de l'ONG Friends of the Earth International, rappelle, quant à elle, que « les citoyens appellent urgemment à un présent sobre en carbone ». (Aminata Niang)