Bruxelles, 04/11/2015 (Agence Europe) - Alors que plus de 800 000 « entrées illégales » ont été constatées dans l'Union européenne depuis début 2015 selon l'agence Frontex, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a convoqué, mardi 3 novembre, un nouveau sommet européen informel destiné à accélérer la réponse de l'UE au défi migratoire, le 12 novembre à La Valette dans la foulée du Sommet UE-Afrique (11-12 novembre) lui aussi consacré au dossier de l'immigration (EUROPE 11423).
Plus tôt dans la semaine, les ministres de l'Intérieur de l'UE se seront réunis le 9 novembre à Bruxelles pour une autre réunion extraordinaire convoquée à la demande de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE. Ils devraient essayer d'accélérer la mise en oeuvre des décisions prises, en particulier les décisions de relocalisation de 160 000 personnes adoptées en septembre mais aussi les dispositifs 'hotspots', en Grèce et en Italie, qui conditionnent ces relocalisations (EUROPE 11394 et 11395).
À ce jour, seules 116 personnes ont été relocalisées depuis l'Italie (86) et la Grèce (30 Irakiens et Syriens ont rejoint le Luxembourg le 4 novembre) vers d'autres pays de l'UE. Les engagements des pays membres s'élèvent à 2 314 places (sur 160 000 prévues) après une annonce de la France, a expliqué la Commission mercredi 4 novembre. Pour M. Tusk, l'urgence de la situation exige la tenue d'une 3ème réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement depuis le 23 avril et la 5ème depuis l'intensification de la crise au printemps dernier. « Les flux migratoires se poursuivent à un rythme sans précédent », a-t-il souligné dans sa lettre d'invitation aux leaders européens, rappelant qu'en octobre 218 000 réfugiés avaient traversé la Méditerranée. La Suède a, d'ailleurs, demandé à l'UE de pouvoir bénéficier d'un système de relocalisation des migrants arrivés sur son sol, une réserve de 54 000 places ayant été laissée par le Conseil Affaires intérieures dans le cadre de l'accueil de 120 000 demandeurs d'asile. La Suède attend jusqu'à 190 000 réfugiés cette année.
Le président du Conseil européen s'est inquiété des répercussions sur l'espace de libre circulation Schengen et des mesures prises par les États membres à leurs frontières intérieures, entre rétablissement des contrôles et érection de barrières comme l'Autriche l'a récemment évoqué pour sa frontière avec la Slovénie. « Comme je l'ai averti avant, la seule façon de ne pas démanteler Schengen est d'assurer la gestion efficace des frontières extérieures de l'UE. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour garder Schengen intact », a-t-il écrit, convaincu que, « si nous voulons éviter le pire, nous devons accélérer nos actions ».
L'objectif de cette réunion informelle de La Valette sera, entre autres, de renforcer la coopération avec les pays tiers et, notamment avec la Turquie. L'UE prépare avec ces pays un plan d'action destiné à réguler les flux de migrants, à mettre en oeuvre les décisions de relocalisation, à renforcer les 'hotspots' mais aussi les capacités de Frontex et de l'EASO alors que les États membres ne respectent pas leurs engagements (EUROPE 11404). Il s'agira aussi de discuter des moyens de renforcer efficacement le contrôle des frontières extérieures.
Le Sommet de La Valette consacré à la coopération avec les pays africains servira, lui, à dresser un cadre de conditionnalité, l'UE étant prête à renforcer son aide financière et à ouvrir quelques canaux de migration légale pour les étudiants ou les chercheurs en échange d'efforts pour maîtriser les flux de migrants vers l'UE et pour créer les conditions pour que ces personnes restent au pays. Selon un dernier projet de déclaration du sommet UE/Afrique daté du 26 octobre, il ne serait plus question de demander aux pays africains de créer des centres de demandeurs d'asile afin de les identifier avant éventuellement de partir vers l'UE, un point qui irritait beaucoup les Africains.
De son côté, la Présidence luxembourgeoise n'avait pas encore arrêté, mercredi, l'agenda de la réunion ministérielle du 9 novembre. Les débats des ministres devraient se concentrer sur l'urgence de mettre en oeuvre les mesures de relocalisation et de rendre pleinement opérationnels les 'hotspots'. La réflexion porte aussi sur le fait de demander à la Commission d'accélérer ou non certaines mesures législatives annoncées comme celle visant à renforcer le mandat de Frontex, notamment pour lui donner davantage de compétences en matière de retour des migrants irréguliers vers leur pays.
La liste des pays sûrs proposée en septembre par la Commission qui vise à accélérer les procédures d'asile des ressortissants des pays des Balkans - voire de Turquie si ce pays reste inscrit sur cette liste - sera probablement discutée au Conseil JAI de décembre, a jugé une source de la présidence. L'un des points essentiels de la réunion devrait en tout cas porter sur la façon dont les Européens contrôlent les entrées sur leur territoire au niveau des frontières extérieures et vérifient si tous les États membres sont en mesure de le faire.
« Nous ne sommes pas en mesure d'apporter de nouvelles propositions. Nous allons informer le Conseil européen sur l'état de mise en oeuvre de toutes les commandes que le Conseil nous a passées », a expliqué pour sa part la Commission. Mercredi, le président Juncker devait s'entretenir de ces échéances avec les chanceliers allemand et autrichien, Angela Merkel et Werner Faymann. (Solenn Paulic)