Bruxelles, 04/11/2015 (Agence Europe) - Le groupe Volkswagen a révélé, mardi 3 novembre, avoir manipulé les émissions de dioxyde de carbone (CO2) en plus de celles d'oxyde d'azote (NOX).
La fraude concernerait au moins 800 000 véhicules supplémentaires, comprenant, pour la première fois, des véhicules à essence, ce qui représenterait pour le groupe allemand un coût additionnel de 2 milliards d'euros, en plus des 7,3 milliards déjà provisionnés, principalement pour financer le rappel des véhicules.
« Le conseil d'administration est profondément préoccupé par la découverte d'irrégularités constatées lors de la détermination des niveaux de CO2 pour l'homologation des véhicules du groupe de Volkswagen », a déclaré le groupe dans un communiqué de presse, qui a indiqué faire tout son possible pour remédier à ces irrégularités afin de rétablir la confiance.
Ces derniers développements ne constituent aucunement une surprise. Dès septembre, Transport & Environment (T&E) avait publié une étude montrant qu'il existait une différence de plus en plus grande en matière d'émissions de CO2 entre les tests menés en laboratoire et ceux en conditions réelles de conduite (EUROPE 11399). « Les premières révélations (sur les pratiques frauduleuses de Volkswagen mises à jour en septembre) ne représentaient que le sommet de l'iceberg. Maintenant l'iceberg est en train d'émerger et ce n'est pas fini », a assuré Greg Archer de T&E, avant de rappeler que Seat, Audi, Porsche ou encore Opel, les trois premières marques appartenant au groupe emblématique allemand, faisaient également l'objet de forts soupçons. En outre, cette affaire prouverait, à ses yeux, l'échec des autorités nationales de contrôle, en particulier celle allemande, et qu'il est par conséquent nécessaire de créer une autorité européenne de contrôle qui chapeaute leurs activités et suive les procédures de test « pour s'assurer qu'elles font le boulot ».
Pour Lucia Caudet, porte-parole de la commissaire européenne au Marché intérieur et à l'Industrie, « ce qui importe, c'est d'établir les faits très clairement. Nous demandons à Volkswagen d'accélérer les enquêtes internes. Nous devons savoir exactement quelles irrégularités ont été trouvées, quelles voitures ont été affectées, où se trouvent les voitures concernées et ce que le groupe entend faire pour rectifier le tir ». L'avancée de l'enquête menée par l'Office fédéral allemand pour la circulation des véhicules à moteur (Kraftfahrt-Bundesamt - KBA) sera abordée jeudi 5 novembre, lors du déplacement de la commissaire à l'Industrie à Berlin.
Par ailleurs, alors que la Conférence climatique onusienne de Paris (COP 21) se profile, selon la porte-parole, les manipulations des tests d'émissions de CO2 ne remettraient absolument pas en cause les projections de l'UE en matière de gaz à effet de serre pour l'horizon 2020. « Nous devrions même les dépasser », s'est-elle félicitée. Pour Greg Archer, il est encore tout à fait possible de remplir ces objectifs, étant donné qu'il reste un peu plus de 4 ans. Mais pour ce faire, les constructeurs automobiles devraient introduire au plus vite des nouvelles technologies.
Ces dernières révélations sont faites moins d'un jour après que l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a publié un deuxième avis d'infraction contre le groupe allemand pour avoir également truqué ses véhicules haut de gamme (EUROPE 11423). Pour l'eurodéputée Karima Delli (Vert/ALE, française) il est temps de lancer une vaste opération « mains propres ». « Il est profondément choquant de constater que, pendant que les autorités américaines font leur travail de protection de la santé des Américains en enquêtant, les autorités nationales et la Commission européenne semblent par-dessus tout intéressées à couvrir les agissements frauduleux de leurs constructeurs », s'est-elle indignée.
Les irrégularités sur les émissions de CO2 ne sont pas nouvelles. Déjà l'année dernière, les constructeurs automobiles coréens Hyundai et Kia s'étaient vu infliger une amende de 300 millions de dollars pour avoir déformé les niveaux de consommation d'environ 1,2 million de véhicules, là aussi à la suite d'une enquête de l'Agence américaine de protection de l'environnement ('Environmental Protection Agency' - EPA), selon le New York Times.(Pascal Hansens)